• mockupRIIR

    Le volume 80-3 est maintenant en ligne!

    Le dernier numéro (80-3) est maintenant en ligne et disponible en libre accès.

  • Ordinateur montrant Google - crédit firmbee . com Unsplash

    RI/IR classée 18e dans le top Google scholar francophone

    Relations industrielles/Industrial Relations : La plus ancienne revue au monde dans notre domaine, maintenant classée 18e dans le top francophone Google Scholar, toute discipline confondue!

  • Campus Hiver

    Présentation vidéo de la revue

    Visionnez cette courte capsule vidéo qui présente la revue, ses accomplissements récents ainsi que nos ambitions futures!

1965-1974 : Une revue en mutation face à un monde du travail en ébullition

1965-1974 : Une revue en mutation face à un monde du travail en ébullition

RIIR_1965-1974

Par Pier-Luc Bilodeau, professeur au Département des relations industrielles, Université Laval

La décennie 1965-1974 couvre à la fois l’apogée et la fin de ce que l’on a qualifié d’âge d’or des relations industrielles. Cette époque demeure celle au cours de laquelle notre champ d’études, dont l’existence est indissociable de la résolution des problèmes sociaux du travail et de l’emploi (labor problem), a certainement eu le plus d’influence sur les pratiques des acteurs collectifs du travail et sur les politiques publiques de l’emploi au Canada (Arthurs, 2014), bien que cette influence ait pu être exagérée. 

Si les articles portant sur le monde du travail québécois, souvent destinés aux intervenants des organisations de ce dernier, et les références à la doctrine sociale de l’Église sont toujours au cœur d’une large part des numéros publiés jusqu’au milieu des années 1960, la période qui nous intéresse est, quant à elle, marquée par une orientation moins confessionnelle, se rapprochant davantage des contenus publiés par d’autres revues savantes. 

La revue conserve néanmoins un contenu orienté vers la pratique, ou du moins vers les politiques publiques, en accordant une place importante aux développements récents en droit du travail de même qu’aux commissions et comités mandatés par les pouvoirs publics pour enquêter sur les relations du travail. La période et les quelques années qui la précèdent sont en effet marquées par la syndicalisation massive des employés de l’État, tant au Québec qu’ailleurs au Canada, et à une croissance des conflits de travail, qui s’apprêtent à franchir des sommets inégalés depuis. Ce contexte de bouleversements entraîne une évolution des institutions encadrant les relations du travail, à commencer par l’adoption du Code du travail (1964) et du Code canadien du travail (1964-1970), mais aussi d’autres lois, telles que la Loi sur la fonction publique (1965) ainsi que des régimes particuliers, tel que celui visant les travailleurs de la construction (1968). Tel que nous l’avons évoqué plus tôt, dans leur travail d’adoption et de réforme législatives, les pouvoirs publics font couramment appel aux chercheurs en relations industrielles, et cela s’observe dans les pages de la revue, où l’on rend compte ou débat des travaux de comités et commissions tels que la commission (fédérale) des prix et revenus, l’enquête Rand sur les conflits de travail en Ontario, et bien sûr l’équipe spécialisée sur les relations du travail dirigée par H. D. Woods, dont l’Abbé Dion fut membre. Au moins sept textes ont été publiés dans la revue sur cette enquête majeure, dont une présentation rédigée par le professeur Woods lui-même et un article sur les enquêtes publiques où le professeur Jean-Charles Bonenfant compare l’enquête Woods à la Commission Donovan, dont les travaux ont eu lieu en Grande-Bretagne quelques mois plus tôt.    

En plus de l’attention accordée aux enquêtes commandées par les pouvoirs publics, la revue consacre une portion de chacun de ses numéros à une section présentant des jugements ainsi que des commentaires d’arrêts et de législation. Plusieurs juristes collaborent à cette section, placée sous la responsabilité des professeurs Pierre Verge et Fernand Morin de l’Université Laval, avec la collaboration occasionnelle du professeur Bernard Adell de Queen’s. 

Quinze ans après son passage d’un bulletin mensuel à une revue trimestrielle, le développement du caractère scientifique de RI/IR au cours de la période qui nous intéresse se traduit notamment par l’adoption, en 1973, de l’évaluation par les pairs des articles publiés (Sexton, 1995). Son statut d’organe officiel de l’Institut canadien de recherche en relations industrielles (ICRRI) – aujourd’hui Association canadienne des relations industrielles (ACRI) – fondé en 1963 et dont le congrès de 1966 fait l’objet d’un numéro thématique constitue un autre indice de ce mouvement plus affirmé visant à faire de la revue une publication de recherche. Les thématiques abordées par les contributions de ce type sont néanmoins toujours en phase avec les enjeux de l’époque, signe d’un souci de pertinence sociale qui ne se dément pas dans notre domaine : syndicalisme et relations du travail des cols blancs, notamment des fonctionnaires, et des cadres, automatisation de la production, conflits du travail, négociation sectorielle, impacts des conditions économiques sur les salaires et l’emploi.

Autre contribution digne de mention, indice de la volonté de faire de RI/IR une revue canadienne et non seulement québécoise (mais aussi, à n’en point douter, du souci de l’Abbé Dion de promouvoir l’usage du français dans la pratique des relations industrielles au Québec), un Vocabulaire anglais-français des relations professionnelles est publié dans les numéros 1 et 2 du volume 27 (1972). Celui-ci sera ensuite publié séparément par l’auteur aux Presses de l’Université Laval, puis intégré à son Dictionnaire canadien des relations du travail

Enfin, la décennie 1965-1974 est marquée par un changement de garde alors que de nouveaux collaborateurs participent à la revue, toujours sous la maîtrise d’œuvre de Gérard Dion. Parmi ces nouveaux collaborateurs, on trouve Jean Sexton, qui devient directeur adjoint en 1972 et assumera cette fonction durant près de 20 ans, avant de succéder à l’Abbé Dion comme directeur de la revue en 1991, à la suite du décès de ce dernier. Outre le professeur Sexton, et les professeurs Verge et Morin, qui n’en sont pas à leurs premiers textes, mais dont l’activité devient beaucoup plus importante à partir de cette époque, on retrouve des noms qui ont marqué l’enseignement et la recherche en relations industrielles au Québec, parmi lesquels : Laurent Bélanger, Jean Bernier, Jean Boivin, Claude D’Aoust, Gilles Laflamme et Bernard Solasse. C’est aussi à cette période que le professeur H. D. Woods, de l’Université McGill, collabore le plus fréquemment à la revue. Enfin, il importe de souligner que cette décennie est également marquée par la publication de textes de l’une des premières femmes (sinon la première) à publier dans la revue : la professeure Shirley B. Goldenberg, également de l’Université McGill. 

Au-delà des auteurs plus réguliers, on retrouve à cette époque des textes publiés par des chercheurs étrangers de renom, dont les professeurs Solomon Barkin (UMass), G.-H. Camerlynck (Université de Paris), et Sir George S. Bain (Warwick), ainsi que par des praticiens occupant des postes de recherche ou de direction au sein de la fonction publique ou du mouvement syndical canadien. 

Cette troisième période de l’histoire de RI/IR en est donc une de mutation, où l’on délaisse sa forme du départ pour élargir sa portée et faire sa place parmi les publications périodiques savantes s’intéressant au travail et à l’emploi. La revue n’en demeure pas moins fidèle à l’orientation particulière du champ des relations industrielles, publiant des textes portant sur les enjeux majeurs du monde du travail de l’époque et animant les débats intellectuels au sujet des politiques du travail et de l’emploi. Pour ce faire, elle peut d’ailleurs compter sur une nouvelle génération de collaborateurs venant appuyer l’Abbé Dion dans cette entreprise intellectuelle déjà forte de plus d’un quart de siècle d’évolution.

 

Références

Arthurs, Harry (2014). From Theory and Research to Policy and Practice in Work and Employment—and Beyond? - De la théorie et de la recherche à la politique et à la pratique dans le travail et l’emploi — et au-delà?, Relations industrielles / Industrial Relations, 69(2), 423-446.

Dion, Gérard (1972). Vocabulaire anglais-français des relations professionnelles / Glossary of terms used in industrial relations, English-French, Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval.

Dion, Gérard (1986). Dictionnaire canadien des relations du travail, 2e édition, Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval

Sexton, Jean (1995). Face à l’avenir après cinquante ans : éditorial – Looking Ahead After Fifty Years, Relations industrielles / Industrial Relations, 50(1), 3-8.