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Unionism in Canada and the United States in the 21st Century: The Prospects for Revival

Joseph B. Rose et Gary N. Chaison

Abstract

Based on a review and comparison of recent developments in organizing, collective bargaining and political action, this paper considers the potential for union revival in Canada and the United States. Although unions have devoted considerable energy and resources to new initiatives, the overall evidence leads us to generally pessimistic conclusions. The level and direction of union density rates indicates the two labour movements lack the institutional frameworks and public policies to achieve sustained revival. Significant gains in union membership and density levels will require nothing less than a paradigm shift in the industrial relations systems—a broadening of the scope and depth of membership recruitment, workplace representation and political activities.

Résumé

Le syndicalisme au Canada et aux États-Unis au XXIe siècle : les avenues d’un renouveau

Le but de cet article consiste à apprécier les chances d’une renaissance du syndicalisme au Canada et aux États-Unis. Les définitions d’un tel concept de renouveau syndical sont nombreuses, allant de la transformation des institutions syndicales en organisations vouées à la promotion du changement social à des visées plus étroites et immédiates, telles l’amélioration des stratégies d’organisation et une meilleure « gouvernance » des syndicats. De plus, la renaissance du syndicalisme peut porter sur des composantes externes, comme le calibrage de la relation de pouvoir qu’il entretient avec l’État et les employeurs, aussi bien qu’internes, comme la formulation de nouvelles priorités ou un meilleur usage des ressources.

Nous soutenons ici qu’une telle renaissance implique plus que l’adoption de nouveaux programmes syndicaux ou des changements dans l’attitude et la participation du membership, mais qu’elle doit poursuivre des résultats clairs, mesurables, concrets. Elle doit englober des gains durables et significatifs au niveau du membership et de la densité syndicale qui se traduisent par une plus grande influence politique et un plus grand pouvoir de négociation. En nous appuyant sur cette formulation du concept, nous procédons à son analyse en retenant les trois dimensions suivantes qui sont intimement reliées : l’effort d’organisation, la négociation collective et l’action politique.

Les perspectives d’un renouveau syndical nord-américain doivent tenir compte des taux de densité syndicale qu’on a connus au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Au milieu des années 1950, ces taux demeuraient comparables dans les deux pays (autour du tiers de la population hors-agriculture). Au cours des années subséquentes, les taux se sont effondrés pour atteindre 14 % et moins en 1999 aux États-Unis et, au Canada, ils se sont élevés de façon modeste au cours des années 1980 pour se stabiliser entre 32 et 35 % dans les années 1990. La signification de ces taux de densité est étroitement liée à l’efficacité de l’action syndicale. Ainsi, la performance du syndicalisme dans l’effort d’organisation, la négociation collective et l’action politique s’est avérée plus faible aux États-Unis qu’au Canada. En dépit de ces différences, les syndicats des deux côtés de la frontière font face à des défis fort significatifs. De fait, le besoin pour les syndicats américains de contrer le déclin de la syndicalisation et pour les syndicats canadiens de se développer au-delà d’une certaine stabilité relative devient l’élément-clef d’un renouveau syndical.

Des études comparatives révèlent que des niveaux élevés de syndicalisation sont associés au succès électoral des partis à tendance sociodémocratique et à l’adoption de lois qui favorisent l’effort de syndicalisation et qui encouragent la participation syndicale à la formulation des politiques économiques et sociales. Nous croyons que le regain du syndicalisme exigera des gains sensibles au plan de l’effort de syndicalisation, de la négociation collective et de l’influence politique. Le fait de reconnaître un nombre d’initiatives significatives dans ces trois secteurs de la vie syndicale ne nous empêche pas de demeurer pessimiste au moment d’apprécier les perspectives d’un renouveau soutenu dans les deux pays.

Au sujet de l’organisation syndicale, il manque aux syndicats des deux pays les cadres institutionnels et les politiques publiques leur permettant de réaliser des gains substantiels au plan du membership. De plus, l’adoption de procédures d’organisation syndicale plus favorables aux syndicats apparaît peu probable. Par ailleurs, les tendances dans la négociation collective démontrent que les syndicats ont adopté une position surtout défensive. Ceci se manifeste dans le fait que les priorités de négociation mettent l’accent sur la protection des acquis au lieu d’effectuer une trouée importante aux tables de négociation qui aurait pu attirer de nouveaux membres. De plus, la négociation collective est décentralisée au point d’empêcher une action coordonnée au plan national qui aurait fait en sorte de protéger la sécurité d’emploi des membres à long terme et qui aurait permis une pénétration du syndicalisme dans des secteurs non traditionnels, c’est-à-dire les secteurs en forte croissance. Sur le front politique, l’influence des syndicats demeure faible. Ceci peut être attribué, aux États-Unis du moins, à l’absence de partis politiques près de la social-démocratie et aux objectifs fortement défensifs inhérents aux stratégies syndicales. Au Canada, l’effritement de l’influence politique du syndicalisme est associé au recul électoral du NPD et à des rapports plutôt tendus entre les partis politiques et le monde syndiqué.

En conclusion, nous croyons qu’un regain du syndicalisme en termes d’un accroissement soutenu de l’effectif et de la densité ne nécessitera pas moins qu’un glissement de paradigme au sein des systèmes de relations industrielles des deux pays. Ceci peut inclure un véritable parrainage de la part des gouvernements du droit des travailleurs à la syndicalisation et à la négociation (en association avec les droits civiques fondamentaux), la protection des marchés intérieurs et des institutions contre les effets négatifs de la mondialisation et l’occasion pour les travailleurs d’avoir une plus grande voix dans le domaine de la gestion de l’économie. Il faudrait aussi assister à un effort plus intense d’élargissement de la portée de la syndicalisation en s’adressant, par exemple, aux travailleurs temporaires ou à temps partiel, en adoptant de nouvelles formes de représentation chez les chômeurs et les travailleurs à bas salaires qui n’ont pas accès à la négociation (par exemple, en recourant au lobbying et à la mise en place de droits à l’emploi). De plus, il faudrait connaître un regain de l’action politique. Ceci exigerait l’engagement de ressources plus grandes, de même qu’une recherche de nouvelles manières d’exercer une influence politique, en mettant par exemple moins l’accent sur les alliances politiques traditionnelles et en créant des coalitions avec d’autres mouvements qui veulent rejoindre la base qu’elle soit syndiquée ou non. En l’absence de changements majeurs au plan de l’action syndicale, nous demeurons pessimistes face à un renouveau éventuel du syndicalisme des deux côtés de la frontière.

Resumen

El sindicalismo en Canada y Estados Unidos en el siglo XXI : perspectivas de renovación

Basado en la revisión y la comparación de desarrollos recientes en materia de organización, negociación colectiva y acción politica, este documento considera el potencial para una renovación del sindicalismo en Canada y en los Estados Unidos. Aunque los sindicatos han dedicado mucha energía y recursos considerables a las nuevas iniciativas, el conjunto de evidencias nos lleva a conclusiones generalemente pesimistas. El nivel y la dirección de la tasa de densidad sindical indica que los dos movimientos obreros requieren de un encadramiento institucional y de politicas publicas para lograr un resurgimiento sustantivo. Realizar logros importantes en el numero de miembros y en el nivel de densidad sindical exigiría nada menos que un cambio de paradigma en los sistemas de relaciones industriales de manera tal que se amplíe el ambito y la intensidad del recrutamiento de miembros, la representación de los centros de trabajo y las actividades politicas.