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New Dawn or Bad Moon Rising? Large Scale Government Administered Workplace Surveys and the Future of Canadian IR Research

John Godard

Abstract

This article discusses the potential advantages of large scale, government administered workplace surveys and the limitations of these surveys in the past. It then reviews the 1995 AWIRS (Australia), the 1998 WERS (U.K.), and the 1999 WES (Canada) in accordance with how well they appear to have succeeded in overcoming these limitations, and, more generally, with their implications for the conduct of industrial relations (IR) research. It is argued that the 1995 AWIRS does not appreciably overcome the limitations of previous surveys. In contrast, the 1998 WERS has yielded a substantially higher quality data set, although it also does not completely overcome the limitations of its predecessors. Finally, the 1999 WES promises an even higher quality data set, but is primarily a labour market and productivity survey rather than an IR survey, and could even portend a “bad moon rising” for Canadian IR research.

Résumé

Aurore nouvelle ou début d’une mauvaise lune ? Les enquêtes gouvernementales à l’échelle nationale sur les lieux de travail et l’avenir de la recherche en relations industrielles au Canada

Depuis 1995, Statistique Canada a conçu puis mené une enquête nationale visant à corriger le manque de données sur les lieux de travail et la première vague de collecte de données a été complétée en 1999. L’Enquête sur le lieu de travail et les employés (ELTE) recueille des données tant chez les salariés que chez les employeurs dans 6 000 lieux de travail au Canada, fournissant ainsi un ensemble de données sur une grande échelle permettant d’établir des liens entre les réponses fournies par les employés et les employeurs. Bien qu’elle soit unique en Amérique du Nord, de telles enquêtes ont été effectuées au Royaume-Uni et en Australie. Au Royaume-Uni, la plus récente est celle de 1998, intitulée Work and Employment Relations Survey (WERS), couvrant les travailleurs, les employeurs et des représentants des travailleurs (syndiqués et non syndiqués) dans près de 3 000 lieux de travail. En Australie, l’enquête Australian Work and Industrial Relations Survey (AWIRS) date de 1995 et elle couvrait des travailleurs, des employeurs et des représentants syndicaux dans plus de 3 000 lieux de travail.

Cet essai se veut une appréciation de l’utilité et des implications de ces enquêtes dans le champ des relations industrielles et cherche à vérifier dans quelle mesure cette enquête de Statistique Canada (ELTE) s’avèrera une « aurore nouvelle » ou le « début d’une mauvaise lune » pour la recherche dans le domaine au Canada. Ainsi, je poursuis cette appréciation dans une perspective de recherche et non du point de vue d’un décideur politique. Je retiens pour ce faire deux volets : (1) celui des relations du travail, c’est-à-dire des structures syndicales, du rôle et de l’efficacité des syndicats et de la négociation collective, et (2) celui de la relation d’emploi en général et, d’une manière plus spécifique, celui de l’organisation du travail et des pratiques de gestion des ressources humaines qui y sont reliées.

Je commence par une analyse des avantages des enquêtes sur une large échelle administrées par le gouvernement, des limites de quelques enquêtes antérieures, plus particulièrement celles du Royaume-Uni (WIRS) et de l’Australie (1990). Je continue avec celle de l’Australie (1995), du Royaume-Uni (1998), enfin celle du Canada (1999) en me demandant toujours si elles paraissent surmonter les limitations mentionnées ou, de façon plus générale, en m’interrogeant sur la qualité des données qu’elles génèrent pour la recherche en relations industrielles. Pour chacune d’entre elles, je fournis une esquisse de sa structure, donne une ventilation de son contenu et procède à son analyse pour enfin chercher à comprendre ses échecs et ses succès en conformité avec le processus qui a servi à son élaboration et également en conformité avec la composition de l’équipe de recherche, son mandat et sa structure d’imputabilité.

À mon avis, l’enquête australienne de 1995 (AWIRS) ne surmonte pas de façon appréciable les limites des enquêtes antérieures. Tout en présentant un contenu de relations du travail et de relations avec les employés très exhaustif, elle fournit des données descriptives utiles. Cependant, les données s’avéreraient plutôt de piètre qualité pour la conduite de recherches multivariées. Le mandat de l’équipe de recherche (AWIRS) semble avoir été conçu en vue de générer des données pour les décideurs politiques, sans peu d’implication pour la recherche universitaire.

Au contraire, l’enquête britannique de 1998 (WERS) a produit un ensemble de données de qualité beaucoup supérieure, tant au sujet des relations du travail que des relations avec les employés. Elle a aussi généré des données descriptives intéressantes et de meilleure qualité pour l’analyse multivariée, quoique des lacunes soient apparues au plan des variables contextuelles, telles celles reliées à la technologie et à la performance. La haute qualité de cet ensemble de données pour la recherche scientifique serait attribuable à l’implication remarquable des chercheurs universitaires dans la configuration de l’enquête.

Enfin, comme les résultats de l’enquête canadienne de 1999 (ELTE) commencent à être disponibles au moment de la rédaction du présent article, j’en fais donc une analyse à caractère prospectif. L’enquête promet un ensemble de données de meilleure qualité que celle de 1998 (WERS), mais elle s’adresse plus au marché du travail et à la productivité qu’aux relations industrielles, ce qui est conforme au paradigme « managérial » qui semble prédominer au gouvernement fédéral. Seulement 6 % de cette enquête aborde le sujet des relations du travail. Apparemment, ceci reflète la raison de l’enquête qui est de fournir des données jusqu’alors manquantes aux décideurs politiques. J’analyse quelques-unes des implications de cette enquête en argumentant que, bien qu’elle puisse représenter une « aurore nouvelle » pour les chercheurs qui s’intéressent aux politiques économiques et de marché du travail, elle peut aussi signifier un « début de mauvaise lune » pour la recherche au Canada en relations industrielles et dans le domaine en général.

Resumen

Nuevo amanecer o falso claro de luna. Las encuestas nacionales de gran escala en los centros de trabajo y el futuro de la investigación canadiense en Relaciones industriales

Este artículo discute las ventajas potenciales de las encuestas de gran escala administradas por el gobierno en los centros de trabajo y los limites que estas encuestas encontraron en el pasado. Se revisan así las encuestas AWIRS (Australia, 1995), WERS en el Reino Unido (1998) y WES en Canada (1999), según como ellas han logrado superar estas limitaciones, y de manera más general, las implicaciones respecto a la conducción de la investigación en Relaciones industriales. Se argumenta aquí, que la encuesta AWIES-1995 no superó considerablemente las limitaciones de las encuestas precedentes. En contraste, la encuesta WERS-1998 provee una calidad sustancialmente más elevada del conjunto de datos a pesar que tampoco logra superar los limites de sus predecesores. Finalmente, la encuesta WES-1999 anuncia una calidad de datos aun más elevada pero es ante todo una encuesta del mercado de trabajo y de la productividad mas que une encuesta de relaciones industriales, y puede ser augurio de un « falso claro de luna » para la investigación canadiense en relaciones industriales.