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Un encadrement de proximité en recomposition : Les « managers de rayon » dans la grande distribution

Florent Racine

Résumé

Cet article porte sur les salariés des grandes surfaces alimentaires en France. Si la littérature existante sur le secteur porte essentiellement sur les caissières et utilise la monographie, notre approche s’intéresse aux managers de rayon. Porter le regard sur les managers de rayon, premier niveau d’encadrement en magasin, permet de mieux comprendre les logiques qui traversent le secteur. Mais contrairement à l’approche habituelle qui utilise la monographie, notre approche combine les échelles d’analyse (micro, méso et macro) afin d’ancrer les observations du terrain au sein de l’histoire sectorielle et de la conjoncture.

Cela nous conduits à associer la sociologie du travail et de l’emploi avec la sociologie des groupes professionnels pour montrer que les managers travaillent au sein de deux principaux segments professionnels : les rayons alimentaires, d’une part, et les rayons non alimentaires, d’autre part. Sur chaque segment, les conditions de travail ne sont pas tout à fait les mêmes : la situation économique des groupes intégrés étant préoccupante, ces derniers ont procédé à une réorganisation des rayons. Par conséquent, les conditions d’emploi sont également différentes.

En effet, si le processus de centralisation-décentralisation des tâches et la sélection d’un nouveau profil de managers sont bien mis en oeuvre de façon homogène dans les rayons alimentaires, deux rayons non alimentaires conservent leur particularité. Au rayon parapharmacie tout d’abord, le titre de docteur constitue une barrière à l’entrée dans ce marché du travail fermé. Parallèlement, les récentes réorganisations permettent à ce dernier de s’emparer des rayons des collègues, faisant de ce manager le grand gagnant des mutations actuelles. Aux rayons brun-blanc-gris ensuite, les managers sont dans une situation plus difficile : plus que partout ailleurs, ces rayons qui perdent de l’argent ont été réorganisés ou supprimés, annonçant la « mort » progressive de ce groupe.

Abstract

This article offers a new perspective on the study of supermarket employees in France. Until now, publications have mainly focused on cashiers. Focusing on department managers, i.e., the first level of management in stores, allows a better understanding of the methods in this industry. Contrary to the usual approach, which relies on monographs and focuses on the same types of employees, our approach combines different scales of analysis (micro, meso and macro) in order to understand field observations in relation to the history of the sector and the economic context.

This approach led us to bring together the sociology of work and employment with the sociology of occupational groups in order to show that the managers work in two major professional segments: food departments on the one hand and non-food departments on the other. In each segment, the working conditions are not exactly the same. Because integrated groups are in an economically worrisome situation, they have reorganized supermarket departments. Consequently, working conditions are also different.

Although the process of centralization-decentralization of tasks and the selection of a new management profile have both been uniformly implemented in the food departments, two non-food departments have retained their specific characteristics. First, in the drugstore department the title of doctor constitutes a barrier to entry into this closed labour market. Second, in departments for brown-white-gray goods (consumer electronics, major appliances, small appliances), managers could disappear due to financial losses.