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Insights into Labour History in Canada

Eugène Forsey

Abstract

For the very early period, down to about 1860, there is very little to say, and it is almost all on purely local unions. From 1860 to 1871, the thing is still pretty simple. In 1871, however, a new chapter opens: the organization of the first central bodies. The 1880's open another chapter in Canadian history, a chapter which lasted till just after the turn of the century.

Résumé

Considérations sur l’histoire du syndicalisme canadien

LES ORIGINES DU MOUVEMENT OUVRIER

A peu près toutes les considérations principales sur le mouvement ouvrier canadien que j'ai à vous offrir sont décourageantes : quelques unes sont presque désastreuses. Commençons par la seule qui n'entre pas dans l'une ou l'autre de ces tristes catégories, à savoir que l'histoire remonte beaucoup plus loin qu'on ne s'y serait attendu.

En tant qu'originaire des provinces atlantiques, je subis la tentation de dire que la première organisation ouvrière dans ce qu'est aujourd'hui le Canada fut la « Brother Carpenters' Society of Halifax », fondée en 1798, et qui existait toujours en 1850, date de son incorporation par une loi provinciale.1 * Mais cette société était fort probablement une simple mutuelle; en effet, quand les charpentiers d'Halifax se réunirent en 1863 afin de constituer la « House-Joiners Union Society of Halifax », les journaux ont remarqué qu'il était « quelque peu bizarre » qu'il n'y eût pas de telles organisations jusque-là. 2 Mais ceci n'enlève pas aux provinces maritimes l'honneur d'avoir possédé les premiers syndicats de notre pays; il paraît certain que, avant la fin de la guerre de 1812, des artisans de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick avaient formé des syndicats. 3 En Nouvelle-Ecosse, en 1816, ceux-ci seraient devenus assez puissants, car la Législature passa une loi férocement anti-syndicale dont le préambule contient une plainte à l'effet qu'« un très grand nombre d'ouvriers de la ville d'Halifax, et de d'autres régions de la province, avaient, par des réunions illégales, essayé de régir le taux des salaires et d'atteindre des buts illégaux » 4

Selon Coats, il y avait un syndicat de typographes à Québec en 1827, mais il ne mentionne pas la source de ce renseignement. 6 D'après certaines indications, on avait fondé, en 1836, un deuxième syndicat du genre. 6 Il y avait peut-être des syndicats de cordonniers à Montréal dans les années 1840; 7 il y avait certes un syndicat de charpentiers, la « Mechanical Protective Society », en 1834; 8 il y avait un syndicat de tailleurs de pierre en 1844. 9 Logan dit que les typographes de York organisèrent un syndicat à cet endroit, et un autre à Hamilton en 1833; mais lui non plus ne fait pas mention de ses sources. 10 II y avait un syndicat de typographes quelque part en Nouvelle-Ecosse en 1837, 11 et le syndicat torontois des typographes remonte à 1844, bien qu'il ne se soit affilié à un syndicat international qu'en 1866. 12 II y avait probablement à Québec une organisation de marins connue par ses ennemis sous le nom des « Crimps », avant 1847, et assez forte pour provoquer une loi répressive cette année-là. 13 La « Québec Ship Labourers Benevolent Association » (débardeurs) fut fondée en 1857. Le syndicat des débardeurs de Saint-Jean (N.-B.) existe depuis 1849, bien qu'il ne se soit affilié à la « International Longshoremen's Association » qu'en 1911. 14 Selon Coats, toujours sans mention des sources, les charpentiers de navires et calfats s'organisèrent pendant les années 1848-1850; 15 II y avait certes un syndicat de charpentiers de navires organisé à Saint-Jean (N.-B.)16 en 1853. Des indications laissent croire à l'existence d'un syndicat de tailleurs de pierre à Toronto en 1840, 17 et de syndicats de cordonniers et d'ouvriers de fonderie à Hamilton entre 1827 et 1842, 18 bien que les témoignages à cet effet ne soient pas trop solides.

Une deuxième considération, la première des « décourageantes », en autant que j'ai pu le découvrir jusqu'à maintenant, c'est que très peu d'études ont été faites sur l'histoire du mouvement ouvrier canadien. Quiconque essaie d'en faire une histoire globale, pour le pays entier, et pour toute la période de 1812 à 1965, a besoin, en effet, d'une série de monographies sur des syndicats particuliers, des endroits ou des régions particuliers, des périodes particulières, des aspects particuliers du sujet. Mais de tels ouvrages sont assez rares. Il y a l'excellente brochure du docteur Fergusson,The Labour Movement in Nova Scotia before Confederation;19 il y a la monographie de Kennedy, The Knights of Labor in Canada; il y a les études sur la grève de l'amiante au Québec et sur plusieurs autres grèves de syndicats catholiques romains dans cette Province; il y a le travail de Master portant sur la grève générale de Winnipeg; 20 il y a quelques thèses non-publiées dans les universités, sur tel syndicat, tel endroit, telle activité du mouvement ouvrier (par exemple, l'action politique). Mais, le tout serait loin de nous fournir un « Five Foot Shelf ».

De plus, les monographies qui existent laissent souvent à désirer. L'ouvrage du docteur Fergusson semble être consciencieux et exact, bien que celui-ci ne découvrit pas ce syndicat de typographes de 1837. La brochure de Kennedy est utile, mais omet une partie substantielle de l'histoire et son contenu renferme plusieurs erreurs. Le seul fait qu'elle affirme que la première Assemblée des Chevaliers du Travail fut établie à Hamilton à l'automne 1881 en est un exemple frappant. Par accident, je découvris, dans une note inframarginale d'une histoire du mouvement ouvrier américain que, le 15 mai 1880, il y avait déjà une Assemblée canadienne, quelque part en « Ontario ». 21

Cette rareté de monographies est l'une des causes des lacunes marquant les histoires générales du mouvement ouvrier canadien qui existent, et notamment des deux volumes de Logan. La seconde cause de ces lacunes, c'est que chacun des historiens avait trop souvent l'habitude de se borner à recopier le travail de ses prédécesseurs, y compris les erreurs. La troisième est que les sources primaires sont assez rares, et que l'on ne les trouve qu'avec difficulté. On doit ajouter que les sources secondaires sont souvent très incomplètes, qu'elle ne sont pas fiables, et souvent se contredisent. Il en sera question plus loin. En attendant, je me bornerai à souligner que, pour quelque raison que ce soit, la plupart des travaux déjà faits sur l'histoire syndicale canadienne ne sont pas fiables. Il faut tout vérifier et revérifier, passer et repasser au crible.

On pourrait imaginer que, à partir des années 1860, des études sur certains syndicats américains et sur le syndicalisme américain combleraient quelques-uns des vides. En général, ce n'est pas le cas. Pour des raisons bien compréhensibles, ces études contiennent, pour la plupart, très peu de choses sur le Canada, et on ne peut pas toujours s'y fier. De plus, là où une organisation a disparu aux Etats-Unis ou est devenue insignifiante, mais a survécu au Canada pendant une période plus prolongée, les historiens américains en sont quelquefois inconscients. Par exemple, la monographie, en général excellente, de Lescohier sur les Chevaliers de St-Crépin, nous dit carrément que même ce qu'il appelle la « seconde organisation des Crépins », 1875-1878, « réellement un mouvement distinct », disparut en 1878. 22 Or, les Crépins étaient parmi les syndicats fondateurs du Conseil des Métiers et du Travail de Toronto en 1881, et y existaient toujours en avril 1883, quand ils se retirèrent du Conseil. 23

Face à une telle situation, l'historien qui espère éviter la nécessité de partir à zéro, c'est-à-dire des documents primaires, qui au mieux sont éparpillés à travers un continent et qui sont loin d'être accessibles même aux chercheurs locaux, a tendance à recourir aux sources secondaires, tels les rapports gouvernementaux. Mais ici encore l'attendent la déception et le désenchantement.

Prenons les Rapports du Bureau des Industries d'Ontario, 1882-1900, et duBureau du Travail d'Ontario, depuis 1900, et de laGazette du Travail, depuis 1900. Leurs renseignements sur l'existence de tel syndicat à tel endroit semble être basés sur des rapports syndicaux, mais ceci ne fournit malheureusement aucune garantie de leur exactitude. Par exemple, tout le monde jusqu'à maintenant, se fiant (parait-il) auxRapports du Bureau du Travail d'Ontario, et à laGazette du Travail, a dit avec assurance que deux syndicats britanniques, la « Amalgamated Society of Engineers » et la « Amalgamated Society of Carpenters and Joiners », s'installèrent ici avant l'arrivée de n'importe quel syndicat américain. A maintes reprises, nous avons tous dit que les Ingénieurs arrivèrent au Canada aussi tôt que 1850 ou 1851, et les Charpentiers aussi tôt que 1860 : ceux-là à Toronto, Hamilton, London, Kingston, et Stratford, et ceux-ci à Toronto, Hamilton et London. Mais, il y a quelques mois, il me vint tout à coup à l'esprit qu'il y avait quelque chose de suspect dans la précision de quelques-unes de ces dates (par exemple, « le 1er janvier 1851 »), et encore plus dans le soit-disant fait que plusieurs locaux, assez éloignés les uns des autres, avaient été fondés à la même date précise. Je fouillai dansl'Histoire du syndicalisme (en Grande-Bretagne) de S. et B. Webb, et avec consternation je découvris que les dates données pour les locaux de ces deux syndicats au Canada étaient en fait celles de la formation de l'organisation-mère en Grande-Bretagne! Des recherches ultérieures me montrèrent que la même chose est probablement arrivée dans le cas d'au moins deux syndicats américains, les Mouleurs et les Tailleurs de pierre. 24

Une beauté additionnelle des Rapports du Bureau du Travail d'Ontario et de laGazette du Travail, c'est que les dates qu'ils donnent pour la formation d'un syndicat particulier varient souvent à un degré presque incroyable. Dans un cas, nous trouvons trois dates pour un seul local : 1873, 1877 et 189325; dans un second, 1860, 1862, 1869, 1880 et 1896 26; dans un troisième, 1859, 1899 et 1901 27. Quelques unes de ces divergences indiquent probablement une fondation originale, et une ré-organisation (ou plusieurs) ultérieure; mais, règle générale, on ne peut établir, ou réfuter ceci qu'en fouillant dans d'autres sources, principalement les quotidiens; et même ceci ne peut régler la question, surtout quand il y avait deux syndicats du même métier. Les hebdomadaires ouvriers sont, inutile de le dire, de la plus haute valeur, là où ils existaient; mais l'existence de la plupart d'entre eux a été courte, et trop souvent ils ont disparu sans laisser de trace, sauf une mention ici et là dans un autre journal ou dans des documents syndicaux quelconques.

Inutile de dire que les procès-verbaux ou autres documents syndicaux primaires sont la source idéale de renseignements; mais, hélas! cela ne fait que me rappeler un passage dans un tel document, lesProcès-verbaux de l’Assemblée des Métiers de Toronto, le 19 juin 1874 : « Qu'il soit résolu : que le trésorier paie le loyer, aussitôt qu'il l'aura obtenu ». En d'autres termes, les procès-verbaux sont la source idéale quand on peut les trouver : mais trop souvent on ne le peut pas. Pour les centrales ouvrières nationales telles que l'Union Canadienne du Travail, le Congrès des Métiers et du Travail, le Congrès National des Métiers et du Travail, la Fédération Canadienne du Travail, le Congrès Pan-Canadien du Travail, le Congrès Canadien du Travail, la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada, le Congrès du Travail du Canada, et la Confédération des Syndicats Nationaux, la plupart des Procès-verbaux des congrès et une bonne partie du reste de leur documentation ont survécu et sont passablement accessibles. Mais pour beaucoup de syndicats particuliers et de centrales de villes, les documents ne sont que fragmentaires, s'ils existent même. L'incendie et l'inondation en ont beaucoup détruits, pour ne pas mentionner la simple négligence. Il y a parfois des surprises agréables. Ainsi on me dit un jour que tous les procès-verbaux d'une certaine union jusqu'à 1922 avaient été perdus dans un incendie, mais je les ai trouvés, pour la plupart intacts, fourrés dans une armoire, avec des seaux, des balais, des époussettes et de vieilles chaussures du personnel préposé au ménage. Mais de tels incidents sont plus que compensés par d'autres : un de mes étudiants post-gradués arriva une fois dans les bureaux d'un certain Conseil du Travail, dont le personnel avait été averti deux fois d'assembler et de garder ses documents pour nos fins, pour se faire dire que les officiers du Conseil avaient en effet mis tous les documents dans des boîtes quelques semaines auparavant mais que le concierge âgé de 89 ans, dans un excès de zèle pour mettre un peu d'ordre dans le grenier, les avaient jetées par dessus bord, une semaine ou dix jours plus tôt.

Ce qui signifie que, dans beaucoup de cas, on est forcé de se rabattre sur les journaux quotidiens, qui, naturellement, ne donnaient d'habitude que très peu d'espace aux syndicats et à leurs activités, et le cas échéant, n'étaient pas toujours exacts ni impartiaux. Parfois aussi, il faut chercher ce qu'ils contiennent parmi des annonces des Liniments Minard ou autres remèdes pour maladies de la peau, parmi les nouvelles ou les potins du va-et-vient de la bourgeoisie locale, sur à peu près tout ce qu'il y a dans le monde. Quelquefois, des renseignements des plus précieux se trouvent sous la rubrique, l'opinion du lecteur, c'est le cas pour la grève importante des pêcheurs de phoques à Terre-Neuve en 1845.

Quand on a extrait tout ce que l'on a pu de toutes ces sources et d'autres (par exemple, les débats du Parlement et des Législatures, les rapports de Commissions royales, les documents et souvenirs personnels . . . pas trop utiles, ceux-ci, règle générale), on se demande quel usage on peut faire d'une telle masse de renseignements.

PÉRIODE 1860-71

Pour la toute première période, jusqu'en 1860, ce n'est pas un gros problème. Il n'y a pas grand'chose à dire, et c'est à peu près simplement au sujet de syndicats purement locaux, ou même d'organisationsad hoc qui se mirent en grève, gagnèrent des concessions, et disparurent. Il n'y avait pas de centrale nationale ni même locale. Il n'y avait pas, ou au plus très peu d'unions internationales (britanniques ou américaines); il n'y avait que très peu d'organisations, s'il y en avait en dehors de ce qui est actuellement l'Ontario, le Québec, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick (bien qu'il y ait peut-être eu quelque chose à Terre-Neuve). L'histoire que l'on peut faire se résume donc à pas grand'chose.

De 1860 à 1871, l'affaire reste toujours assez simple. Des immigrants britanniques ont commencé à amener avec eux leurs syndicats; différents syndicats locaux ont demandé aux nouveaux syndicats nationaux américains de leur permettre de s'y affilier; et on voit apparaître des syndicats en Colombie-Britannique. Mais, il n'existe toujours pas de centrales, provinciales, « canadiennes » ou nord-américaines. (Bien sûr, laGazette du Travail, dans une note inframarginale à sa liste de Conseils des Métiers et du Travail, en 1901, indique la présence à Hamilton d'une centrale syndicale vers le commencement des années 1860; mais, je n'ai pu en trouver aucune preuve solide, et ceci paraît d'ailleurs, fort peu probable. Il y a certes des complications : à quelle date précise arrivèrent les syndicats britanniques, et combien y en avait-il? Il y a des preuves incontestables de la présence des « Amalgamated Carpenters » à London en avril 1865 29; les « Amalgamated Engineers » semblent avoir établi une section à Stratford en 1870, 30 et ils avaient certainement un local à Toronto en 187131; la « Friendly Society of Carpenters » y était en automne 1875 32, et constituait l'un des syndicats fondateurs du Conseil des Métiers et du Travail de Toronto en 1881. 33 Beaucoup plus tard, en 1872, nous trouvons au congrès du CMTC un délégué de la « Amalgamated Journeymen Slaters' Society of Toronto » 34, qui a l'air d'être un quatrième syndicat britannique. On se demande également quand les premiers syndicats américains arrivèrent. Les Mouleurs semblent être entrés juste après leur formation; différents syndicats locaux formés dans les années 1850 semblent s'être empressés de s'affilier à la « National Molders' Union » établie en 186035; et la « National » (plus tard « International »)Typographical Union » et les Chevaliers de St-Crépin (cordonniers) sont tous les deux entrés pendant cette décennie. On a prétendu que le local des Typographes à Saint-Jean (N.-B.) date de 1859 36. S'il en est ainsi, sa vie a été courte, car en 1862, le secrétaire-trésorier de la « National Typographical Union » dit à son congrès qu'il avait écrit à tous les syndicats du métier qu'il pouvait trouver dans les Provinces du Canada, et n'avait reçu aucune réponse, et qu'il croyait que le local de Toronto, toujours purement local, était le seul « possédant quelque vitalité pratique » 37. Le Local de Saint-Jean semble en effet daté de 1865 38. Le syndicat torontois s'affilia au syndicat international en 186639, et d'autres locaux s'établirent à Montréal et à Ottawa en 1866 ou 1867 (celui-ci réorganisé en 1869) et à Hamilton et à London en 1869 40. En 1870, Peter Crossby, de Montréal, premier vice-président du syndicat international, pouvait rapporter l'existence de quatre locaux en Ontario, un au Nouveau-Brunswick, et un à Halifax, et le comité exécutif du syndicat international comptait des membres de Montréal, Ottawa, Hamilton, Halifax et London41. L'année suivante, il y avait également des représentants de Saint-Jean et de St-Catherines. Les Chevaliers de St-Crépin, syndicat fondé aux Etats-Unis en 1867, entrèrent au Canada presqu'aussitôt, et après une année avaient des loges dans « les principales villes du . . . Canada, . . . notamment . . . Montréal » 43. En 1869, ils avaient aussi des loges à Toronto, Hamilton, Québec, Saint-Jean (N.-B.), Windsor et Guelph; en 1870, ils avaient ajouté encore huit loges44; en 1873, il y avait des loges non seulement aux sept endroits déjà mentionnés, mais aussi à London, Galt, Trois-Rivières, St-Hyacinthe, Barrie, Brampton, Chatham, Orillia, Stratford et St-Catharines; en 1874, ils avaient ajouté « dix ou douze locaux » 45. Il y avait certes, à une époque quelconque, des loges à Prescott, à Georgetown et à une autre ville qu'on appelle mystérieusement « Wrentham, Ontario » 46. On peut ajouter que les Crépins ont survécu au Canada plusieurs années après leur disparition aux Etats-Unis; car il y avait une loge à Toronto en 1883, et apparemment une loge à London en 1882 47. Les Cigar Makers auraient établi leur local à Toronto en 1869 48. Les Mécaniciens de locomotives auraient organisé des divisions à Belleville et Hamilton en 1864, Halifax et Pointe-St-Charles (Montréal) en 1867, Toronto et London en 1868; et les Conducteurs de chemins-de-fer semblent être venus à Montréal et à Toronto-Junction en 186849. Le syndicat international des Tonneliers serait peut-être entré au Canada avant 1870 50; Toronto avait certainement un local en février 1871 51. Mais il est probable qu'à cette date, la plupart des syndicats du pays aient été toujours purement locaux : tels à Toronto, les Boulangers, les Tailleurs, les Ebénistes, les Tailleurs de pierre et les Briqueteurs ainsi que les Maçons (peu de temps après, un local du syndicat international) 52; les Tailleurs de Hamilton 53; tels à Halifax les Menuisiers de maisons; les Charpentiers de naviers et Calfats, les Tailleurs de pierre, les Maçons 54 et les Tonneliers; tels à St-Jean (N.-B.) l'Association Bienveillante des Ouvriers (débardeurs), les Charpentiers de navires, les Calfats et les Nâteurs56; les débardeurs de Québec57; les Tailleurs de pierre à Montréal58; les Charpentiers de navires et les Calfats à Victoria (C.-B.) 58.

PÉRIODE 1871-1880

En 1871, cependant, s'ouvre un nouveau chapitre : l'organisation des premières centrales : la « Toronto Trades Assembly », en avril 1871 60, le Conseil des Métiers d'Ottawa, en décembre 1872 61, la « St-Catherines Trades Assembly », probablement en 1875 62 et surtout la première centrale nationale, l'Union Canadienne du Travail, en septembre 1873 63.

L'Assemblée des Métiers de Toronto était, sans aucun doute, de beaucoup la plus importante des trois centrales locales. A sa formation, Toronto avait au moins deux syndicats britanniques, six ou huit syndicats américains (dont un avait trois locaux), et cinq syndicats purement locaux. Pendant sa vie de sept années, l'Assemblée organisa ou aida à organiser des syndicats de Carossiers, de Vernisseurs et Polisseurs, de Peintres et Colleurs de papier-tentures, de Bourreliers et Malletiers, de Ferblantiers; les Plâtriers, les Cochers, les Ouvriers non-spécialisés et les Débardeurs s'étaient également organisés; on trouve aussi un troisième syndicat britannique, la « Friendly Society of Carpenters » 64. A son apogée, l'Assemblée comptait seize syndicats affiliés, d'un total de 29 environ dans la ville et la banlieue; à sa dernière réunion, le 20 février 1878, elle n'aurait eu que onze syndicats affiliés, bien que le nombre de syndicats qui existaient encore à Toronto ait été d'au moins seize 65.

L'Assemblée prit l'univers comme paroisse, et ne considérait rien comme étranger à ses préoccupations. Elle joua un rôle de premier plan dans le mouvement pour la journée de travail de neuf heures, en 1872. Elle demanda une meilleure législation sur plusieurs sujets. Elle aida ses syndicats affiliés à négocier avec les patrons, et essaya d'amener des syndicats rivaux à se réconcilier. Elle correspondit avec des organisations ouvrières d'autres régions du Canada, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Elle joua un rôle de premier plan dans l'organisation de l'Union Canadienne du Travail. Elle fonda un hebdomadaire ouvrier, organisa des « démonstrations », des « piques-niques », des « divertissements », des concerts, des excursions au clair de lune. Elle encouragea des coopératives. Elle fit des représentations aux gouvernements sur l'immigration et sur le travail en prison. Elle discuta l'apprentissage et l'incorporation des unions. Elle publia une histoire de ses activités (malheureusement perdue). Elle organisa une présentation à Lady MacDonald à la gloire du travail de Sir John A. pour la promulgation de la Loi des syndicats en 1872. 66

Le syndicat des Typographes aurait été le premier à Ottawa. A l'automne 1872 s'y ajoutaient les Briqueteurs-Maçons (le 6 avril 1872)67, les Plâtriers, les Tailleurs-de-pierre et un syndicat de Charpentiers (je ne sais pas encore si c'était une section des Charpentiers Amalgamés ou non), et tous, le 3 septembre, coopéraient dans l'organisation d'une fête à Sir John A. MacDonald en témoignage de leur reconnaissance pour sa Loi des syndicats. En novembre, les Selliers et Bourreliers s'organisèrent. 69 Le 19 décembre, on forme le Conseil des Métiers. Les Typographes, les Briqueteurs-Maçons, les Plâtriers, les Tailleurs de calcaire et les Tailleurs de grès, sont tous représentés sur son comité exécutif.70

Vers la mi-janvier 1873, le Conseil d'Ottawa demandait la coopération de l'Assemblée de Toronto, et acceptait l'invitation de celle-ci d'envoyer des délégués (dont Daniel J. O'Donoghue, des Typographes, qui plus tard, la même année, devint le premier syndiqué à être élu député au provincial) 71 à une grande réunion pour discuter une variété de sujets qui agitaient à cette époque les esprits des syndicalistes. 72 En mai, le Conseil d'Ottawa donnait à l'Assemblée un compte-rendu détaillé d'une entrevue avec Sir John A. MacDonald apparemment sur le rappel de la Loi modifiant le Code criminel.73En mars 1874, l'Assemblée de Toronto écrivait au Conseil d'Ottawa une lettre sévère sur le même sujet.74 Le Conseil d'Ottawa se fit représenter par six délégués au congrès de l'Union Canadienne du Travail en 1874, à Ottawa, congrès tenu, imaginez-vous, à l'édifice du Parlement. 75 Pour ce qui arriva dans la suite, je n'en ai encore aucune trace, bien que j'espère en découvrir cet été.

Sur l'Assemblée des Métiers de St-Catharines, je n'ai trouvé jusqu'ici que sa représentation par un seul délégué, au congrès de l'Union Canadienne du Travail en 1875 à St-Catherines même.76

L'Union Canadienne du Travail fut conçu lors d'un « Conseil de délibération » convoqué par la Ligue pour la journée de neuf heures de Hamilton, à Hamilton, le 3 mai 1872. Il y avait là douze délégués de Hamilton, trois de Toronto, et un seul pour chacune des villes de Montréal, Brantford et Dundas. On avait reçu des lettres et des télégrammes de London, St-Catharines, Oshawa, Ingersoll, Guelph, Sarnia et d'ailleurs. Les délégués procédèrent à la formation de la « Canadian Labor Protective and Mutual Improvement Association », qui proposa de tenir son premier congrès à Toronto quelque temps après le Nouvel-An, en même temps qu'elle se réunissait avec le Parlement pour ainsi démontrer la force et l'attitude des travailleurs au Canada.77

Effectivement, ce congrès ne se tint que le 23 septembre 1873. A cette époque, Toronto avait seize syndicats environ, Hamilton probablement une douzaine 78 London de même 79, Ottawa au moins huit80, Saint-Jean (N.-B.) au moins six 81, Montréal probablement sept (dont un possédait deux locaux)82, Halifax cinq83, Québec au moins deux (dont un possédait deux locaux) 84, St-Catharines au moins trois 85, Trois-Rivières 86, St-Hyacinthe 87, Windsor 88, Belleville 89, Stratford 90, Cobourg, Seaforth, Bowmanville 91, Barrie Brampton, Chatham, Galt, Guelph, Orillia 92 et Victoria 93, un pour chacune, et peut-être un local de Perth 94. Cela suggère un chiffre global d'à peu près quatre-vingt-cinq organisations, avec peut-être quatre-vingt-neuf locaux. Mais, il y en avait peut-être davantage, car tous les renseignements dont je dispose jusqu'ici ne sont que très imparfaits, sauf pour Montréal, Toronto, Hamilton, London, Ottawa, Halifax et Saint-Jean et peuvent être sérieusement incomplets même pour ces villes. En tout cas, la représentation au congrès de Toronto en 1873 était faible. Il y avait quarante-cinq délégués, tous ontariens, qui représentaient une Assemblée des Métiers (Toronto), treize syndicats locaux torontois (Ingénieurs amalgamés et Charpentiers amalgamés), deux Crépins, « Union de typographes », « Coopers », Briqueteurs et Maçons, Machinistes et Forgerons, Mouleurs, Boulangers, Tailleurs, Débardeurs et Peintres), cinq locaux de Hamilton (Ingénieurs amalgamés, Crépins, Union de typographes, Briqueteurs et Maçons, Limestone Cutters, Freestone Cutters), trois de St-Catharines (Crépins, Coopers et Tailleurs), deux de London (Charpentiers amalgamés et Crépins) et un seul de chacune des villes de Bowmanville (Coopers), Seaforth (Coopers), et Cobourg (Mouleurs). Le syndicat montréalais des typographes, no 145, écrivit qu'il voulait envoyer un délégué, mais aucun n'apparut; les Typographes de Québec (no 160), et les Crépins de Barrie, dirent qu'ils n'avaient pas les moyens d'envoyer de délégués 95. Ceci demeura longtemps un facteur limitatif à n'importe quel congrès syndical soi-disant « national ». Habituellement, jusque dans la deuxième décennie du vingtième siècle, la plupart des syndicats n'avaient pas les moyens d'envoyer des délégués loin de chez eux. D'où le fait que les listes de syndicats représentés à de telles réunions puissent donner une idée très inadéquate du nombre, des effectifs et de la distribution des syndicats à travers le pays. Ce n'est qu'avec lesRapports du Bureau des Industries d'Ontario, dans les années 1880 et 1890 que nous obtenons quelque chose de plus considérable même pour l'Ontario, et seulement laGazette du Travail, en 1900, pour le reste du pays.

Des syndicats représentés à ce premier congrès, quatre étaient des locaux des deux organisations britanniques, les Ingénieurs et les Charpentiers ; dix-sept ou dix-huit étaient des locaux de syndicats américains internationaux (trois des Typographes, quatre Crépins plus le « Grand Scribe » provincial, quatre Tonneliers, trois Mouleurs, deux Machinistes-Forgerons, un ou deux Briqueteurs-Maçons — je ne sais pas si le syndicat local d'Ottawa de ce nom fut affilié au syndicat international ou non ; huit ou neuf semblent avoir été des corps purement locaux. De tous les délégués, six vinrent des syndicats britanniques, vingt-quatre ou vingt-cinq des syndicats internationaux américains, onze ou douze de corps purement locaux et trois de l'Assemblée des Métiers de Toronto. Tous, sauf les trois Débardeurs de Toronto, venaient des syndicats de métiers.

Ce congrès fut de beaucoup le plus grand que tint jamais l'Union Canadienne du Travail. Le second congrès, à Ottawa, en 1874, ne réunit que quinze délégués dont six du Conseil des Métiers d'Ottawa, deux de l'Assemblée des Métiers deToronto, deux des Ingénieurs Amalgamés (Hamilton et Kingston), un des Crépins (St. Catharines), un des Mouleurs (Kingston), un des Tailleurs de Toronto et un des Tailleurs de St. Catharines (tous les deux apparemment des corps locaux) et un des Peintres de Toronto (celui-ci également purement local) 96.

En 1875, l'Union Canadienne du Travail se réunit à St. Catharines. Il n'y avait que seize délégués, ou peut-être dix-sept97.

Les Assemblées des Métiers de Toronto et de St. Catharines avaient un délégué chacune; les Ingénieurs, un (de Kingston) ; la Société Amicale des Charpentiers et Menuisiers, deux (de Toronto) ; les Typographes, un (de Toronto) ; les Crépins, deux (Toronto et St. Catharines) ; les Tonnelliers, deux (St. Catharines) ; les Mouleurs, un (Oshawa) ; les Tailleurs, les Plâtriers et les Tailleurs de pierre, tous de Toronto, un délégué chacun ; et les Tailleurs et les Peintres de St. Catharines, un délégué chacun 98.

En 1876, le congrès revint à Toronto. Cette fois, il n'y avait que trois villes représentées. Toronto avec dix-huit délégués (trois de l'Assemblée des Métiers, un des Charpentiers Amicaux, un des Ingénieurs, deux des Crépins, deux des Typographes, un de chacun des Mouleurs, et des Briqueteurs, deux de chacun des Tailleurs et des Peintres, un de chacun des Tailleurs de pierre et des Boulangers, et J.S. Williams des Typographes et de l'Assemblée des Métiers à titre de secrétaire intérimaire ; St. Catharines avec trois ( un des Ingénieurs, un des Tailleurs, et un des Ferblantiers) ; et Kingston (un des Ingénieurs) 99.

En 1877, le congrès eut encore lieu à Toronto, avec vingt délégués bien qu'on ne trouve que dix-sept noms, dont sept sans indication de leur organisation. L'Assemblée des Métiers de Toronto avait trois délégués, les Charpentiers Amalgamés et les Charpentiers Amicaux (tous les deux de Toronto), un chacun, les Crépins de Toronto, un, les Typographes de Toronto, un, les Tailleurs de Toronto, deux, les Ingénieurs de St. Catharines, un, les Tailleurs de St. Catharines, un 100. C'était le dernier congrès, bien que l'Union Canadienne du Travail semble avoir toujours continué de fonctionner, tant bien que mal, quant l'Assemblée des Métiers de Toronto s'écroula, en février 1878 101.

L'Union Canadienne du Travail s'occupait d'un nombre considérable de questions : l'action politique, le travail en prison, l'immigration, un fonds de grève, des bénéfices de bien-être (notamment de funérailles), l'apprentissage, le travail des enfants, la Loi modifiant le Code criminel, la Loi sur le droit de rétention des mécaniciens, la Loi des syndicats, les heures de travail, l'observance du dimanche, l'établissement d'un Bureau de la statistique ouvrière, les affaires internationales, le tarif douanier, la réciprocité avec les Etats-Unis, l'organisation syndicale, le droit de vote, l'établissement d'un journal ouvrier, la formation d'Assemblées de Métiers, le mouvement coopératif, la conciliation et l'arbitrage.

La crise économique des années 1870 fit disparaître l'Assemblée torontoise et l'Union Canadienne du Travail; et le Conseil des Métiers d'Ottawa et l'Assemblée des Métiers de St. Catharines semblent également être morts. Mais beaucoup des syndicats individuels survécurent, et en 1881, les syndicats torontois étaient prêts à y établir une nouvelle centrale locale, soit le Conseil des Métiers et du travail, lequel, sous plusieurs noms, a survécu jusqu'à présent. D'ailleurs, c'est ce conseil qui prit des mesures pour établir une nouvelle centrale nationale, appelée d'abord « Le Congrès du Travail du Canada », plus tard, « le Congrès des Métiers et du Travail », et qui dura jusqu'à sa fusion avec le Congrès Canadien du Travail pour former l'actuel Congrès du Travail du Canada. Désormais, les difficultés de tracer l'évolution du mouvement syndical canadien sont beaucoup moins grandes, bien que pas du tout négligeables.

PÉRIODE ALLANT DE 1880 JUSQU'AU TOURNANT DU SIÈCLE

Avec les années 1880, en effet, s'ouvre encore un chapitre de l'histoire syndicale canadienne, chapitre qui dura jusqu'en 1902. Ce chapitre se distingue par plusieurs traits assez marqués : l'établissement d'une centrale permanente et vraiment nationale, l'organisation d'une série de centrales locales, dont quelques-unes permanentes ; l'expansion du mouvement syndical à travers le pays ; l'organisation sur une échelle générale des ouvriers non-spécialisés ; une catholicité ( au sens non-confessionnel, bien entendu) du mouvement, sans complication, jusqu'à environ la fin de la période, venant de pressions quelconques de la part des syndicats internationaux américains ou de la Fédération Américaine du Travail.

La centrale nationale, au commencement, était encore une fois à peu près exclusivement ontarienne. En 1883, il n'y avait aucun délégué des autres provinces. Au second congrès, en 1886, il y avait un délégué de la ville de Québec, sur un total de 109. Au troisième congrès, en 1887, tous les délégués vinrent de l'Ontario. Jusque là, cependant, les congrès avaient toujours eu lieu dans cette province. En 1889, le congrès se tint à Montréal, et 38 des 83 délégués étaient du Québec. Dès lors, le Québec fut toujours bien représenté. En 1891, 1893, 1896 et 1899, il avait la majorité des délégués (tous ces congrès avaient eu lieu, soit à Montréal, soit à Québec), et en 1894 à peu près la moitié. En 1890, 1891 et 1892, un délégué montréalais, Urbain Lafontaine, fut élu président, et en 1894 et 1895, ce fut le tour de Patrick-J. Jobin, de Québec. En 1890, pour la première fois, il y eut trois délégués de Vancouver, les premiers d'une province autre que l'Ontario et le Québec ; en 1895, nous trouvons les premiers délégués manitobains ; en 1897, les premiers du Nouveau-Brunswick, et en 1900, les premiers de l'Ile-du-Prince-Edouard. Ce n'est qu'en 1903, que se présenta un délégué de la Nouvelle-Ecosse, et en 1918 qu'il y eut des délégués de toutes les provinces. Encore une fois, cependant, il faut souligner que ce retard était dû en grande partie à une question de dépenses de voyage.

Des centrales locales, dont la formation avait été recommandée par le congrès de 1883 102, commencèrent à s'organiser peu de temps après. London forma son Conseil des Métiers et du Travail en 1883, Montréal en 1886, Hamilton en 1888 105, Vancouver et Victoria en 1889 106, Winnipeg en 1894 107, et Halifax en 1898 108 ; et tous ceux-ci, sous différents noms, ont connu une existence ininterrompue. Ottawa eut un nouveau Conseil en 1889109, lequel existe toujours. Québec en 1889 110, Saint-Jean (N.-B.)111 et Windsor 111 en 1890 et Nanaimo en 1891 113, formèrent des Conseils qui eurent une carrière plus accidentés ; ils ont disparu et reparu à plusieurs reprises. Brantford forma un conseil en 1886 qui dura jusqu'en 1893, se réorganisa en 1897 114, et existe toujours. St. Thomas avait un Conseil en 1886 115, lequel semble avoir disparu, et n'avoir reparu qu'en 1900 116.

Oshawa en avait un en 1886 et 1887117, mais celui-ci semble également avoir disparu, et ne pas avoir reparu pendant la période avant 1902. St. Catharines avait un Conseil en 1889 118, mais aucune centrale permanente avant 1897 118. New Westminster avait certainement un Conseil en 1890 120, mais il semble avoir disparu à la fin du siècle ou avant. La Gazette du Travail, en 1901, dressa une liste de Conseils, y compris ceux de Rossland (formé en 1897), Guelph (1898), Kingston et St-Hyacinthe (1899), Berlin (Kitchener), Greenwood (C.-B.) et Phoenix (C.-B.) (1900) et aussi Nelson et Revelstoke (dates de formation omises) 121. En 1902, Charlottetown forma son Conseil, qui ne semble avoir duré que jusqu'à 1910 environ 122.

L'expansion du mouvement syndical à travers le pays est évidente à partir de ce que je viens de dire au sujet des Conseils des Métiers et du Travail. Mais il y a beaucoup d'autres témoignages. Par exemple, le Rapport du Bureau des Industries d'Ontario pour 1886 dit qu'il existait des syndicats ou des Assemblées des Chevaliers du Travail, ou « dans la plupart des cas, les deux », à Halifax, Saint-Jean (N.-B.), Québec, Winnipeg, Regina, Calgary, Victoria, New Westminster et Nanaimo, aussi bien que dans quelque quarante-cinq endroits en Ontario (non seulement ceux déjà mentionnés qui avaient des Conseils des Métiers et du Travail, mais aussi des endroits comme Belleville, Thorold, Merritton, Port Huron, Amherstburg, Lindsay, Uxbridge, Seaforth, Brampton, Georgetown, Owen Sound, Carleton Place, Perth, Peterborough, Port Perry, Port Hope, Cornwall, Midland, Bracebridge, Port Dalhousie, Ingersoll, Chatham, Woodstock, Dundas, Niagara Falls, Port Colborne, Galt, Clinton, Petrolia, Brockton, Gaganoque, Gobourg) 123.

L'organisation des ouvriers non-spécialisés se manifestait déjà lors de la formation du Conseil des Métiers et du Travail de Toronto. Parmi les syndicats fondateurs se trouvaient les Journaliers, les Marins et les Débardeurs124. Au congrès du Congrès du Travail du Canada en 1883, il y avait des délégués des Marins, des Matelots, des Débardeurs, des Journaliers de l'industrie du bâtiment, et des Journaliers du plâtre 125. Mais le travail principal d'organisation des ouvriers non-spécialisés a dû se faire presqu'exclusivement par les Chevaliers du Travail, qui incluaient toutes sortes de travailleurs, spécialisés ou non. Les Chevaliers, en mai 1880, avaient déjà une Assemblée locale quelque part en Ontario, mais, en fait, son travail au Canada commença dès son entrée à Hamilton, en automne 1881. En 1883, ils avaient une Assemblée de district à Hamilton ; en octobre 1886, encore quatre (Montréal, Toronto, St. Thomas et Windsor) ; à l'automne 1887, encore deux (une seconde à Hamilton et une à Kingston); une année plus tard, encore trois (Nanaimo, Winnipeg et St. Catharines); encore une année plus tard, trois de plus (Belleville, Berlin et Uxbridge) 127. Encore plus tard, l'Assemblée de district de Montréal se divisa en deux, et d'autres s'organisèrent à Québec et Ottawa, avec une seconde à Toronto128. Des Assemblées locales apparurent non seulement à tous ces endroits, mais aussi à Chatham (Ontario), Galt, Hespeler, London, Oshawa, Peterborough, Stratford, Woodstock (Ontario), Cornwall, Brockville, Gaganoque, Guelph, Charleton Place, Perth, Waterloo, Listowel, Owen Sound 129, Vancouver 130, et peut-être à Trois-Rivières 131.

L'universalité du mouvement est évidente. En effet, à partir du commencement jusqu'en 1902, la centrale nationale incluait toute forme d'organisation : nationale, internationale et locale, de métier, non-spécialisée ou mixte, syndicats

et Chevaliers du Travail. Sa première constitution, 1886, avait une disposition explicite pour inclure et « les syndicats de métiers et les Assemblées 132 des Chevaliers du Travail ». En 1895, quand le Congrès se donna le pouvoir de former ses propres organisations, on introduisit dans la constitution une disposition à l'effet que celles-ci pourraient être « soit des syndicats locaux, soit des Assemblées des Chevaliers du Travail », mais que jamais le Congrès ne devait donner une charte à un syndicat local de métiers là où existait déjà un syndicat national ou international du métier 133. Les Chevaliers du Travail jouaient un rôle très influent aux Congrès de 1886 à 1894, ayant la majorité des délégués en 1886, 1887, 1888, 1891, 1893, et une proportion très considérable en 1889, 1890, 1892 et 1893, et élisant un des leurs à la présidence chaque année de 1888 à 1892 134.

Avant 1896, je ne trouve nulle part dans lesProcès-Verbaux du CMTC un seul mot sur la Fédération Américaine du Travail. Cette année-là, Samuel Gompers répondit à une lettre du Congrès au sujet de la Loi américaine sur l'emploi des étrangers, et suggéra que le Congrès envoie 135 un délégué fraternel au congrès de la F.A.T.136, invitation que le CMTC n'accepta pas. En 1897, le comité exécutif du CMTC constata que tous les syndicats internationaux au Canada avaient un local, ou plus, représenté au Congrès. Il voulait les encourager à pousser leur organisation-mère à remettre au CMTC, « pour des fins législatives, le montant de la taxe per capita que celle-ci payait actuellement à la FAT pour ses membres canadiens » 137. Le comité sur les rapports du Conseil exécutif proposa plutôt que la question fût négociée avec le comité exécutif de la FAT, ce qui fût adopté 138. L'année suivante, le congrès du CMTC reçut un délégué fraternel de la FAT, et le CMTC décida d'envoyer un délégué fraternel au congrès de la FAT, et de demander à cet organisme « un octroi législatif », comme on en est venu à l'appeler139. En 1899, celui-ci arriva au montant fabuleux de $100.00 (bien qu'il faille ajouter que c'était là à peu près le sixième du revenu global du Congrès) 140. En 1900, l'octroi doubla, et constituait plus que le cinquième du revenu du Congrès 141. En 1902, le Congrès décida de modifier sa constitution, en excluant les Chevaliers du Travail et tout syndicat national en concurrence avec un syndicat international ; l'ère de l'universalité était finie. Commençait l'ère des scissions, national contre international, catholique romain contre non-confessionnel, et plus tard, syndicat de métier contre syndicat industriel.

En 1901, le secrétaire-trésorier du Congrès faisait rapport qu'il y avait quelque 871 organisations ouvrières au Canada : 447 en Ontario, 148 en Colombie-Britannique, 144 dans le Québec, 55 en Nouvelle-Ecosse, 36 au Manitoba, 25 dans le Nouveau- Brunskick, 15 dans les Territoires (maintenant l'Alberta et la Saskatchewan), et 3 à l'Ile-du-Prince-Edouard. (L'addition ne fait pas le compte, c'est ce que le secrétaire a dit ! ). De ces 871 syndicats, il n'y en avait que 135 qui payaient leur per capita au Congrès ; des 141 syndicats de Cheminots 144, il n'y en avait que quatre qui payaient leur per capita.

J'arrête ici. C'est la fin d'un chapitre et le commencement d'un autre. Mes recherches ne m'ont pas conduit plus loin. Je vous en ai dit assez pour vous donner une certaine idée des problèmes et des difficultés — sinon de la satisfaction que l'on rencontre — à écrire une histoire du syndicalisme canadien.

* Voir les renvois du texte anglais.