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The Case for Government Supported Training Program

Morely Gunderson

Abstract

Concepts of Public Expenditure Economies are applied to the operation of labour markets in general and training programs in particular to see if the free market provides a socially optimal amount of training. The case for government-supported training is discussed when there exist market imperfections and equity considerations, as well as market failure due to externalitiesyhigh risk and uncertainty, and merit goods.

Résumé

Appartient-il à l’État d’absorber le coût de l’apprentissage?

Même si on trouve de nombreuses études sur l'évaluation des coûts-avantages des programmes de formation au travail, on n'a accordé jusqu'ici qu'assez peu d'attention au rôle de l'État dans ce domaine.

La question fondamentale suivante se pose : le marché libre du travail offre-t-il suffisamment de possibilités pour assurer dans l'ensemble à la main-d'oeuvre le degré de formation professionnelle qu'on pourrait considérer comme optimal ? Sinon, le gouvernement pourrait-il intervenir à sa place ?

L'article précédent traite cette question en appliquant les plus récentes découvertes de la macroéconomie au fonctionnement des marchés du travail en général et aux programmes de formation professionnelle en particulier.

Dans son exposé, l'auteur s'efforce de tracer le rôle du gouvernement, lorsque le marché du travail n'est pas en mesure d'assurer, par la formation sur place, le renouvellement de la main-d'oeuvre.

L'entreprise privée n'est pas toujours capable de répondre aux normes qu'exigent les conditions optimales de formation. Les raisons en sont nombreuses. D'une part, la formation peut être source d'avantages gratuits pour certaines entreprises ou communautés qui, tout en ne se préoccupant guère de la formation de leur personnel, font quand même appel à des travailleurs qualifiés, s'appropriant ainsi à leur profit le savoir et l'expérience pour lesquels d'autres entreprises ont payé le prix fort. Conséquence : ces dernières entreprises hésitent à donner une formation qui ne leur rapporte finalement rien. D'autre part, étant donné l'impossibilité relative dans laquelle on se trouve d'évaluer à son coût exact le prix de la formation, il s'ensuit que c'est l'apprenti qui en récolte les avantages en obtenant une rémunération plus élevée sur le marché du travail. Ce sont là les motifs qui font que l'entreprise n'est pas apte à répondre aux besoins de formation professionnelle du marché du travail.

L'analyse de la situation permet de faire la constatation suivante : ou l'entreprise procure à ses employés une formation exclusive et elle a des chances d'en retirer des avantages ; ou la formation sera plus générale et il se peut que ce soit d'autres employeurs qui en profitent.

La formation est un bien collectif dont on ne peut être certain que le coût est payé par celui à qui il rapporte. L'employeur qui le fournit peut avoir à défrayer en totalité ou en partie le coût de la formation dite générale, ce qui l'incite à le donner à contre-coeur. En effet, si la formation estaltruiste dans le sens qu'elle tend à accroître la productivité marginale davantage chez les employeurs qui ne la parrainent pas que chez ceux qui la soutiennent, ces derniers ont intérêt à ne pas la donner, car s'ils le font, non seulement ils auraient à en défrayer le coût, mais ils risqueraient en outre de se voir enlever les travailleurs dont ils auraient assumé la formation partout où leur productivité marginale est plus grande. En effet, s'ils désirent le garder à leur service, il leur faudra payer un salaire égal à sa productivité marginale la plus haute. Au surplus, même si la formation ne leur coûtait rien dans le sens qu'elle serait en quelque sorte un sous-produit de son activité normale, l'employeur aurait encore intérêt à ne pas la donner de crainte de perdre les services de son employé.

De ce qui précède, on peut donc conclure que les entreprises n'ont aucune incitation véritable à dispenser une formation générale. C'est pour cela que l'on entend souvent dans la bouche des employeurs l'observation suivante : « Nous ne voulons pas qu'il (l'employé) devienne trop bon, car il pourrait s'en aller ailleurs ».

Dans ce contexte, toutefois, il faut retenir que la formation peut avoir un effet d'entraînement du fait que l'employé, qui a ainsi acquis une certaine compétence peut obtenir une promotion, ce qui laisse sa place vacante pour une autre personne et permet d'embaucher un sans-travail. Ils sont deux alors à profiter de la formation, le premier qui obtient un meilleur salaire par suite de son avancement, le second parce qu'il trouve ainsi un travail rémunérateur. Ce dernier point est important quand Ton tient compte du coût social du chômage. La formation professionnelle tendrait donc ainsi à réduire les inconvénients économiques résultant du chômage des travailleurs assimilés. Il s'ensuit donc que la société globale peut être disposée à courir le risque de former une main-d'oeuvre compétente, mobile afin d'être en mesure d'en tirer profit au moment opportun et aussi parce qu'elle doit faire face à une usure de ses effectifs qui est nécessairement irréversible.

La formation professionnelle doit être aussi considérée du point de vue du travailleur lui-même. Celui-ci peut être prêt à payer en tout ou en partie la formation qu'il reçoit en vue d'en retirer des avantages dans l'avenir. Il s'agit de sa part de l'acceptation d'un risque calculé. Il le fera dans la mesure où il y a de bonnes chances d'y trouver son compte.

En effet, si l'on considère la formation professionnelle un peu à la manière d'un placement, il faut convenir que ni le travailleur ni l'employeur ordinaire ne peuvent guère diversifier beaucoup leur porte-feuille, étaler leurs placements. Un travailleur ne peut pas se spécialiser dans dix métiers ; un employeur ordinaire ne peut pas donner toute la gamme de la formation.

La situation n'est pas la même dans le cas de l'État qui peut pour ainsi dire se permettre d'assumer plusieurs types de formation. Les risques peuvent se répartir. Les échecs et les réussites pourront s'équilibrer, d'autant plus qu'il reste toujours possible au gouvernement de prévoir les changements technologiques, d'où sa possibilité d'orienter son choix du côté des carrières prometteuses d'avenir.

Au surplus, il existe dans la société une foule d'individus désavantagés dont il y aurait intérêt à favoriser la formation professionnelle dans l'espoir que ces individus en retirent des avantages. On peut se demander si, au cours des dernières années, l'on n'a pas trop mis l'accent sur l'instruction générale et pas assez sur la formation professionnelle. De toute manière, il n'est pas dit que les sommes consacrées à la mise en place de programmes de formation professionnelle ne sont pas préférables à la politique de paiements de transfert purs et simples.

Ceci explique, d'une part, que le marché du travail n'est pas apte à fournir quantitativement «  la somme » de formation professionnelle socialement désirable et que, par conséquent, l'intervention publique est souhaitable.

Il reste à voir quelle pourrait être la nature exacte de son rôle. Doit-il se charger de la formation professionnelle, la subventionner ou tout simplement la promouvoir ?