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Hidden Unemployement by Age and Sex in Canada : 1957-1970

Giuseppe C. Ruggeri

Abstract

This study presents yearly estimates of hidden unemployment and job requirements for full employment in Canada by age and sex for the period 1957 to 1970. The method employed in deriving these estimates involved the calculation of the potential labour force, total and by specific age-sex groups, and the formulation of a relationship relating group employment to total employment.

Résumé

Le chômage déguisé par âge et sexe au Canada : 1957-1970

Même si le taux de chômage est sans doute le plus suivi et le plus fréquemment discuté de toutes les séries statistiques, il reste un indicateur imprécis du pourcentage de la main-d'oeuvre potentielle inutilisée. Le taux de chômage déclaré est influencé par les variations de la demande de travail attribuable aux fluctuations de l'activité économique et les changements dans l'offre de travail provenant de causes extérieures ou engendrées par les oscillations cycliques des occasions d'emploi. Ainsi, dans la mesure où l'aggravation des conditions économiques entraîne le retrait des travailleurs de la force ouvrière, le taux de chômage tend à sous-estimer le pourcentage de la main-d'oeuvre inutilisée en regard du plein emploi.

Une estimation plus juste de la main-d'oeuvre potentielle inutilisée peut s'obtenir en remplaçant la force ouvrière effective, qui dépend du niveau de l'activité économique, par la main-d'oeuvre potentielle, qui comprend les travailleurs disposés à offrir leurs services lorsque l'économie tourne à plein rendement, et en ajoutant au chômage déclaré le chômage déguisé qui est la différence entre la main-d'oeuvre effective et la main-d'oeuvre potentielle.

L'objet du présent article est d'établir ce chômage camouflé au Canada, par âge et par sexe, pendant la période de 1957 et 1970 et de tirer de cette analyse quelques conclusions pratiques.

Le premier pas, pour y arriver, consiste à calculer la main-d'oeuvre potentielle dans sa totalité et par groupes spécifiques.

On a mis de l'avant deux hypothèses pour expliquer la réaction des travailleurs aux conditions changeantes de l'emploi : l'hypothèse du travailleur découragé et celle du travailleur additionnel. La première de ces hypothèses suppose que les travailleurs se retirent du marché du travail lorsque les occasions d'emploi diminuent et y retournent quand les conditions économiques s'améliorent. Par ailleurs, dans la deuxième hypothèse, on estime que certains travailleurs sont forcés de rechercher du travail pendant les périodes creuses pour compenser la perte de revenu causée par le chômage du gagne-pain principal de la famille. Par exemple, lorsque prévaut le complexe de découragement le taux de chômage ne révélera pas les heures-homme perdues, ni le manque à produire qui en résulte, ni le nombre de postes à créer pour assurer le plein emploi.

D'autre part, le taux d'activité de la main-d'oeuvre, considéré en regard de dix groupes d'âge, montre que, dans six de ces groupes, les coefficients sont positifs et tendent, par conséquent, à confirmer l'hypothèse dutravailleur découragé dans le cas des hommes des groupes d'âge 14-19 ans, 45-64 ans et 65 ans et plus ainsi que dans le cas des femmes des groupes d'âge 14-19 ans, 20-24 ans et 25-44 ans.

Les résultats révèlent qu'une augmentation donnée de l'emploi considéré dans sa totalité se partage inégalement d'un groupe à l'autre : les hommes en reçoivent une part plus considérable que les femmes ; de même, ils absorbent une plus grande part des mises en chômage dans le cas de diminution de l'emploi. Pour chaque sexe, le changement le plus marqué se produit dans les groupes d'âge 45-64 ans chez les hommes et 25-44 ans chez les femmes. De plus, la tendance négative qu'on retrouve pour tous les groupes d'âge 14-19 ans et 65 ans et plus, tant chez les hommes que les femmes, associée à la tendance positive chez les femmes dans les groupes d'âge 20-64 ans, dénote une modification qualitative dans la structure de l'emploi et un accroissement constant des jeunes travailleurs dans l'emploi global.

Le résultat des différentes équations d'analyse des séries statistiques permet d'établir pour l'ensemble un graphique en forme de U pour les deux sexes, ce qui indique que les travailleurs, aux deux bouts de l'échelle, sont plus sensibles aux fluctuations de l'activité économique.

De l'analyse statistique précédente, l'auteur tire les constatations suivantes :

A) Au cours de la période, le pourcentage du chômage déguisé a fluctué suivant le niveau de l'activité économique pour atteindre le plafond de 69,000 travailleurs lors de la récession de 1961 et le plancher de 22,000 durant la période d'emploi élevé de 1966.

B) Les femmes comptent en moyenne pour 52 pour cent du chômage déguisé, bien qu'elles ne forment que 29 pour cent de l'ensemble de la main-d'oeuvre. Ceci s'explique par le fait que, chez les hommes, la portion la plus considérable de laforce ouvrière, c'est-à-dire les groupes d'âge 20-64 ans, est peu sensible aux variations de l'activité économique alors que, dans le cas des femmes, les groupes d'âge 14-44 ans sont ceux qui y sont le plus sensibles. Ceci explique aussi pourquoi, durant les récessions, l'accroissement dans le taux déclaré de chômage chez les femmes était moins élevé que l'augmentation correspondante chez les hommes.

C) Presque tout le chômage déguisé provenait des groupes d'âge 14-19 ans et 65 ans et plus chez les hommes ainsi que des groupes d'âge 14-44 ans chez les femmes.

D) Le taux de chômage total (unemployment gap) qui comprend le taux de chômage déclaré et le taux de chômage déguisé par rapport à la force ouvrière potentielle, dépassait, ce qui est normal, le taux du chômage déclaré, mais la différence entre les deux taux variait selon le rythme des affaires. Pendant l'année de récession de 1961, par exemple, le chômage déguisé aurait augmenté d'un point le taux du chômage déclaré.

E) Les emplois requis pour assurer le plein emploi a suivi une courbe cyclique parce que deux de ses composantes jouaient dans le même sens par réaction aux fluctuations économiques.

De cette étude, l'auteur tire les conclusions concrètes suivantes.

L'existence de marchés du travail segmentés rend difficile et possiblement indésirable la recherche du plein emploi. Puisque la plus grande part d'une augmentation dans l'emploi global provenait des groupes d'emploi les moins flexibles de la force ouvrière, l'obtention d'un taux global d'emploi de 97 pour cent pendant la période 1957-1970 aurait produit de fortes pressions inflationnistes sans ramener le taux de chômage chez les jeunes travailleurs à un type de chômage frictionnel. Ainsi, si les 300,000 emplois supplémentaires nécessaires pour atteindre le plein emploi en 1970 avaient été créés et remplis suivant la répartition de l'âge et du sexe de l'emploi qui prévalait pendant la période sous étude, le taux de chômage global de 3.0 pour cent aurait donné des taux de chômage déguisé respectivement de 10.2 et de 4.4 pour les hommes du groupe d'âge de 14-19 ans et 20-24 ans et de 8.2 et 4.0 pour les femmes des groupes d'âge 14-19 ans et 20-24 ans, alors que ce taux n'aurait été de 2.1 pour cent pour les hommes des groupes d'âge 45-64 ans et de 1.1 pour les femmes des groupes d'âge 25-44 ans.

Face à des marchés de travail segmentés, des mesures politiques ne peuvent pas éliminer le chômage involontaire, même si elles atteignent le but désiré. Un programmeur qui ne souscrit pas à la théorie que les travailleurs de plus de 65 ans doivent être mis à la retraite et que les jeunes doivent rester à l'école ou attendre patiemment l'occasion de trouver un emploi affronte deux problèmes : la recherche d'un taux de chômage qui minimise le coût social de l'inflation et du chômage et la création d'emplois pour les travailleurs frappés par les hauts taux de chômage chronique dont les causes sont les longs délais dans la recherche d'un emploi et des taux excessifs de roulement de la main-d'oeuvre. Aucune parmi les politiques existantes ne favorise pareille entreprise.

Les programmes d'assurance-chômage bénéficient à ceux qui sont temporairement sans travail, mais ne peuvent aider les travailleurs qui sont à la recherche de leur premier emploi, ni les chômeurs chroniques, ni ceux qui, découragés, quittentle marché du travail faute d'occasions d'emploi. Les mesures favorisant la retraite anticipée qu'on discute de plus en plus n'ont guère d'effets positifs sur le chômage, parce que cela ne signifie pas que le retraité quitte le marché du travail. De même, la mise en oeuvre de programmes de création d'emploi (travaux d'hiver, projets d'initiatives locales, etc...) ne sont que des mesures temporaires, saisonnières ou anticycliques n'ayant qu'une utilité limitée.

Pour obtenir et maintenir un haut niveau de l'emploi global et de l'emploi dans chaque groupe d'âge distinct, il est nécessaire de mettre en oeuvre à la fois des mesures appropriées concernant la demande de travail et des politiques sélectives de main-d'oeuvre. Les programmes de main-d'oeuvre doivent tendre à changer le modèle de l'offre et de la demande de travail par l'établissement de programmes efficaces de formation professionnelle et la création d'emplois stables pour les personnes handicapées, à améliorer le fonctionnement du marché du travail de façon à diminuer la durée du temps consacré à la recherche de travail et le taux de roulement de la main-d'oeuvre. Par l'accroissement de la productivité et de la mobilité des travailleurs marginaux et l'élimination des barrières artificielles fermant l'accès aux professions et la revalorisation des services de placement, la segmentation du marché du travail pourrait être réduite ; l'élasticité de l'offre de travail, accrue ; la discrimination contre les jeunes et les ouvriers non qualifiés, atténuée ; l'émiettement du chômage diminué et le danger de poussées inflationnistes engendrées par une trop forte expansion de la demande de main-d'oeuvre, amoindri.