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The Canadian Labour Congress and Tripartism

Anthony Giles

Abstract

After having addressed the concept of tripartism and the issues of corporatism and incomes policies, the author examines the background to the imposition of controls and the subsequent tripartism debate. Finally, the author focuses on the main stages in the negociations over controls and tripartism, with particular reference to major shifts in CLC policy and strategy.

Résumé

Le Congrès du travail du Canada et le tripartisme

Quels sont les événements et le processus qui ont entouré le débat sur le contrôle des revenus et le tripartisme au Canada, principalement en ce qui a trait aux politiques et aux stratégies du Congrès du travail du Canada?

Le tripartisme peut avoir plusieurs sens. Par exemple, il peut revêtir l'aspect d'une structure institutionnelle qui consisterait, pour le mouvement syndical, les groupements d'employeurs et le gouvernement, à mettre au point conjointement les politiques qu'ils désirent appliquer en certains secteurs et à s'assurer que ces ententes sont acceptées. Il peut aussi ne consister qu'en des discussions à trois sans autre objet que d'échanger des points de vue. Le premier type de tripartisme se rapproche du « corporatisme ». On interprète les initiatives en vue d'établir le tripartisme comme si elles étaient surtout associées aux efforts du gouvernement pour s'assurer le contrôle des salaires.

L'article traite ensuite de l'origine, du fonctionnement et du résultat des débats sur le tripartisme au cours de la période de l'application du programme de contrôle des prix et des salaires de 1976 à 1978. Il décrit aussi les efforts qui ont été faits en vue d'instituer une politique volontaire de restriction des revenus avant l'imposition des contrôles ainsi que des événements majeurs qui ont suivi la période des contrôles.

Durant cette période, le gouvernement fédéral s'est montré disposé à accorder des concessions aux employeurs et aux dirigeant syndicaux en retour de leur engagement à restreindre les hausses de revenus. Même si les concessions proposées par le gouvernement et les formes d'engagement qu'il souhaitait ont varié beaucoup, il faut conclure que l'on ne peut tendre au tripartisme que dans la mesure où le mouvement syndical accepte les contraintes qu'il veut et qu'il est capable de les faire appliquer.

D'une façon générale, le Congrès du travail au Canada a fait pression pendant toute la durée du programme de contrôles pour que le gouvernement les abandonne et les remplace par une forme quelconque de tripartisme. Cette pression découle de plusieurs facteurs. L'action des forces sociales a amené le gouvernement à établir une politique de contrôles. À l'intérieur de ce contexte, le désir des dirigeants du Congrès du travail du Canada d'obtenir le retrait des contrôles aussi bien que leur volonté d'exercer une influence plus grande sur le gouvernement et sur le mouvement ouvrier lui-même les incita à suggérer le tripartisme. Finalement, le consentement du gouvernement à remplacer les contrôles par une certaine forme de consultation porta les dirigeants syndicaux à estimer que cette stratégie en valait la peine.

Bien que la stratégie d'ensemble du Congrès du travail du Canada soit demeurée stable pendant toute la période des contrôles, plusieurs changements se sont produits. Ces modifications résultent de trois groupes d'éléments. En premier lieu, les politiques du gouvernement fédéral ont eu un poids considérable principalement à cause de son insistance auprès du Congrès du travail du Canada pour que celui-ci s'engage dans une politique de restriction volontaire des salaires. Deuxièmement, le point de vue des dirigeants du Congrès du travail du Canada a influencé les milieux d'affaires, ce qui a entraîné comme conséquence leur alliance contre le gouvernement. Enfin, l'opposition au tripartisme de la part de différents groupes à l'intérieur de la centrale syndicale a une influence marquée en limitant la possibilité de faire certaines concessions au gouvernement. L'importance de ces facteurs a varié selon les époques, mais ils ont joué continuellement.

On peut conclure que la tendance au tripartisme est reliée à la politique du contrôle des revenus de la part du gouvernement. Les perspectives de développement du tripartisme au Canada, du moins au niveau du gouvernement fédéral, sont soumises à trois contraintes spéciales: l'idéologie de deux des principaux partis politiques fédéraux, la faiblesse relative du Congrès du travail du Canada dans le domaine politique et la structure décentralisée du pouvoir au sein du mouvement syndical.