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Reservation Wages in Canadian Labour Markets

Abrar Hasan et Surendra Gera

Abstract

Job search theory has been offered in recent years as one explanation of unemployment. A key element of the theory requires that workers behave as if they operate on a reservation wage strategy. The authors verify this hypothesis.

Résumé

Le taux de salaire d’acceptation sur les marchés du travail au Canada

L'article étudie les exigences salariales des chômeurs en quête de travail à partir de la théorie de la recherche d'emploi, laquelle soutient que le chômage est un investissement productif pour les individus. Cette théorie tend à démontrer que les imperfections des marchés du travail génèrent tout un éventail de taux de salaires pour un type donné de qualification et qu'il serait payant pour un chômeur de ne pas accepter automatiquement la première offre salariale qui se présente, mais d'en rechercher une qui soit plus appropriée. Cependant, cette recherche ne peut se prolonger indéfiniment parce qu'elle coûte quelque chose. Pour maximiser ses revenus, le chercheur d'emploi doit ajuster le gain qu'il escompte obtenir au coût de la recherche additionnelle. L'offre salariale qui marque ce point d'équilibre se définit sous le nom de taux de salaire d'acceptation. La théorie de la recherche d'emploi soutient que les individus se comportent comme s'ils connaissaient la notion du salaire d'acceptation qu'ils espèrent, soit le refus d'offres salariales inférieures au salaire d'acceptation et l'acquiescement à un salaire dont le taux lui est égal ou supérieur. Le salaire d'acceptation représente donc la demande salariale du travailleur ou ses exigences salariales, et les deux expressions sont synonymes. Si l'on peut découvrir que les individus se comportent de façon à obtenir le salaire d'acceptation, on aura réussi à démontrer que la recherche est valable comme explication théorique du chômage. Ainsi, l'objet premier de la présente étude est de vérifier de façon empirique l'hypothèse du salaire d'acceptation.

Le deuxième objectif de l'article consiste à examiner l'influence du salaire d'acceptation sur la durée du chômage. L'une des questions qui revient constamment, tant dans la théorie que dans la pratique économiques, c'est la nature des ajustements économiques que les chômeurs sont disposés à accepter afin d'obtenir du travail. On présente souvent le marché du travail comme exemple d'un marché d'une rare rigidité en matière d'ajustements des taux de salaires à la baisse. Nous examinons ces ajustements de salaires au fur et à mesure que la durée du chômage s'allonge. Ceci sera fait pour différents groupes de travailleurs et dans des conditions de marché différentes. Les travailleurs à bas salaire sont placés dans une catégorie différente de ceux qui reçoivent des salaires plus élevés. Le cas des travailleurs syndiqués est considéré à part de ceux qui ne le sont pas. Les écarts dans les taux de chômage sont utilisés comme indice pour identifier les divers états du marché du travail.

Les données proviennent d'une enquête sur la main-d'oeuvre du ministère de l'Industrie et du Commerce pour l'année 1978. Cette enquête englobe les individus de diverses localités, individus qui ont été mis à pied ou qui ont abandonné volontairement leur emploi à la suite de la fermeture d'un établissement ou de la diminutionde la production. Les équipes d'enquêteurs ont recueilli la liste de ces personnes auprès des employeurs dans les localités choisies et elles ont fait des efforts pour rencontrer chacune de ces personnes. On leur a demandé d'indiquer leurs expériences de travail et de chômage pendant la période de 1973 à 1978. Puisque la théorie de la recherche insiste sur la nature volontaire du chômage, on a vérifié les implications de la théorie à l'aide de données sur les périodes de chômage où le travailleur avait décidé de son propre chef d'abandonner le travail.

Les constatations que l'on a faites relativement aux taux de salaires postérieurs aux périodes de chômage sont utilisées pour estimer la fonction du salaire d'acceptation en deux étapes. En premier lieu, on a tenté de déterminer pour chaque individu le salaire qu'il escomptait obtenir en tenant compte pour chacun des caractéristiques du marché du travail. En deuxième lieu, le taux de salaire qu'on escomptait obtenir tient compte de variables qui représentent le coût de la recherche pour établir le taux de salaire d'acceptation. En accord avec l'hypothèse de la théorie de la recherche, plus le salaire escompté est élevé, plus le taux de salaire d'acceptation augmente, alors que plus le coût de la recherche s'accroît, plus le taux de salaire d'acceptation baisse.

Ces prévisions sont d'ailleurs confirmées par les vérifications empiriques qu'on a faites tant chez les hommes que chez les femmes: le salaire escompté élève le salaire d'acceptation et les coûts de la recherche l'abaissent. En d'autres termes, les individus se comportent comme s'ils avaient une idée du taux de salaire d'acceptation. Cette constatation indique que le comportement de ces individus en chômage est caractérisé par la recherche d'un emploi meilleur plus que par la recherche d'un emploi quelconque. Étant donné le taux de salaire qu'ils espèrent obtenir, les individus exercent un certain contrôle sur la durée de leur chômage. Si la durée du chômage était entièrement fonction de la disponibilité des emplois, il y aurait un rapport significatif entre le salaire d'acceptation et le salaire escompté et, d'autre part, l'on n'aurait pas noté le coût de la recherche de travail. Ainsi, les résultats obtenus laissent-ils voir qu'une part du chômage au moins est attribuable aux délais dans l'acceptation d'un emploi.

Pour ce qui est de la flexibilité, on a constaté que le salaire d'acceptation décroît à mesure que la durée du chômage augmente. Cependant, cette flexibilité à la baisse est très faible — la baisse étant d'à peine .12 pour cent par mois (en termes réels). Si le salaire d'acceptation était de $120.00 par semaine (en termes réels au début de la période de recherche), il déclinerait (pour une moyenne de 24 semaines) de .72 pour cent ou, approximativement, de $1.00, ce qui est vraiment un très faible déclin. On note un degré plus marqué de flexibilité à la baisse si on considère des travailleurs dont les salaires sont plus élevés (une rémunération supérieure à $150.00). Pour les hommes, elle est de .36 pour cent par mois et pour les femmes de .80 pour cent par mois. Pour les travailleurs dont le salaire est plus bas (des salaires inférieurs à $150.00 par semaine), le degré de flexibilité n'est pas significatif. Les résultats indiquent aussi que, pour les travailleurs syndiqués, il y a un déclin quelque peu plus prononcé du salaire d'acceptation (.20 pour les hommes et .16 pour les femmes) que pour les travailleurs non syndiqués pour qui le déclin est sans signification. On a également découvert qu'un mauvais climat économique, marqué par des taux de chômage élevés, s'accompagne de taux de déclin plus forts.