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Union Leaders and the Economic Crisis : Responses to Restructuring

Norene Pupo et Jerry White

Abstract

The restructuring of the Canadian economy continued throughout the recession of the early 1990s. How do union leaders see this situation and what are their reactions ? We discuss the current economic restructuring, examining the "competitiveness" analysis of Michael Porter, the initiatives of capital and the state, such as the FTA and NAFTA, and the restructuring of the workplace through "flexibility initiatives". We explore the response of the unions to this complex situation as seen through the eyes of selected leaders and draw some tentative conclusions on the future directions of labour in Canada.

Résumé

Cet article étudie les défis auxquels sont confrontés les syndicats et leurs dirigeants face aux transformations en cours sur les lieux de travail. Transformations qui s'inscrivent dans une période d'instabilité politique, de globalisation des marchés et de libéralisme économique.

D'entrée de jeu, la discussion porte sur les différentes formes de restructuration avec lesquelles doivent composer les syndicats et leurs leaders. Sous les thèmes de la flexibilité, des méthodes de gestion dites japonaises et des transformations économiques, l'exploration des changements dans les modes de déploiement de la main-d'oeuvre nous amène à questionner l'analyse compétitive proposée par Michael Porter à la lumière des initiatives récentes des employeurs et de l'État. Nous tournons ensuite notre regard vers les réponses syndicales à ce nouvel environnement. Les matériaux empiriques proviennent d'une série d'entrevues auprès des dirigeants de huit syndicats en Ontario. Dans la sélection des syndicats, nous avons fait en sorte que l'échantillon soit représentatif autant du secteur public que du secteur privé, autant des syndicats des industries de services que ceux des industries manufacturières.

Nous avons également tenu compte des diverses traditions syndicales au Canada de sorte que l'échantillon représente le syndicalisme d'affaires et le syndicalisme à teneur sociale. Enfin, nous avons consulté les diverses publications des syndicats locaux et des centrales syndicales disponibles pour compléter les données recueillies lors des entrevues.

Dans l'ensemble, les leaders syndicaux contactés s'accordent à dire que leurs organisations traversent une période de transformation économique et qu'une nouvelle phase de négociation collective est enclenchée. Ces transformations seraient le résultat des politiques économiques de l'État, de la globalisation des marchés et des changements dans la structure et dans la nature des lieux de travail. Certains syndicats, durement ébranlés par cette nouvelle donne, sont maintenant à faire le bilan des dernières années et à revoir leurs orientations. D'autres, touchés que partiellement par la crise actuelle, préparent leur organisation à affronter de nouveaux défis.

Les réponses des dirigeants syndicaux à cet environnement nouveau et incertain peuvent être classées en deux catégories distinctes. La première est formée essentiellement de syndicats du secteur privé préoccupés par leur survie. Ces derniers traitent des questions relatives à la restructuration à l'interne afin de préserver leur mode de fonctionnement actuel. Les représentants de ce groupe sont concernés par la préservation et la croissance de leurs effectifs. Ils soulignent l'importance des campagnes de recrutement et des alliances qui rehaussent leur présence au sein de la communauté locale. Ces actions sont accompagnées de programmes traditionnels comme l'éducation syndicale. En somme, cette orientation syndicale est caractérisée par l'instinct de préservation.

Chez les répondants de la seconde catégorie, composée en majorité par des syndicats du secteur public, on observe une orientation politique à saveur de transformation sociale. Pour ces syndicalistes, la préservation de l'équilibre interne est également importante mais l'impulsion première provient de l'arène politique, de l'implication au sein du CTC et des alliances stratégiques avec les grandes coalitions sociales.

Souhaitant un mandat nouveau pour le mouvement ouvrier, les leaders de ce deuxième groupe sont prêts à investir une plus grande proportion de leur temps et de leurs ressources à des questions qui sont traditionnellement considérées comme étant hors du champ de l'intervention syndicale. Un mouvement ouvrier reflétant les nouvelles donnes socio-économiques et les changements structurels survenus sur les lieux de travail correspond d'avantage à l'orientation de ce deuxième groupe de répondants.

Même s'il y a des divergences entre les opinions des représentants syndicaux des secteurs public et privé, le rythme des mutations économique, politique et technologique pourrait induire un changement d'orientation au sein des deux groupes identifiés. Les recherches futures pourraient distinguer plus clairement entre le syndicalisme d'affaires et le syndicalisme à vocation sociale en mettant en lumière les relations entre la structure interne des syndicats, leur orientation et leur engagement politique et les conditions du marché du travail.