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Organized Labour and the Imperial Munitions Board

D. J. Bercuson

Abstract

The author examines the fight for fair wage clauses in Canadian munitions production at the beginning of this century.

Résumé

Le mouvement syndical et l’Imperial Munitions Board

Les études sur le radicalisme syndical et sur l'agitation ouvrière au Canada pendant la période 1917-1919 se sont concentrées sur des questions comme la conscription, la hausse du coût de la vie et les décrets ministériels restrictifs. On n'a accordé que peu d'attention au facteur moins généralisé, mais tout aussi important, de l'agressivité des syndicats, dont le nombre des adhérents avait augmenté de plusieurs milliers de membres par suite de la rareté de main-d'oeuvre provoquée par la guerre, en vue d'accroître de façon réelle et bien visible leur prestige et leur influence. À l'époque où il n'existait ni précompte obligatoire, ni Commission des relations du travail, ni accréditation, les syndicats se devaient de montrer au membre éventuel qu'ils étaient assez puissants pour leur permettre d'atteindre un stade de sécurité financière et de sécurité d'emploi qu'il ne pouvait pas obtenir par sespropres moyens. Une façon d'y arriver, c'était de démontrer que les syndicats étaient assez forts pour en imposer aux employeurs et au gouvernement. La bataille menée en vue d'obtenir l'inclusion des dispositions concernant les justes salaires dans les contrats de fourniture militaire adjugés par le Shell Committee et son successeur, l’Imperial Munitions Board était essentiellement un combat en vue de réaliser les fins précitées.

La déclaration de la guerre et l'implantation au Canada de nombreux arsenaux incita les syndicats à se plaindre que les stipulations relatives aux justes salaires n'étaient pas insérées dans le contrats de munitions, même si cela avait été la politique constante du gouvernement fédéral d'insérer de pareilles dispositions dans les contrats publics depuis 1900. La campagne des syndicats avait l'appui de plusieurs officiers haut gradés du gouvernement britannique qui avaient institué le Shell Committee, et du premier ministre Borden. Le Shell Committee lui-même, sous la direction du lieutenant-colonel Alexander Bertram, reconnut le bien-fondé des réclamations syndicales et promit de redresser la situation. Il ne put mettre sa promesse à exécution, cependant, parce que à la suite d'un scandale, le Comité fut aboli et remplacé par l’Imperial Munitions Board dont la direction fut confiée au magnat torontois des abattoirs, Joseph Westley Flavelle. Flavelle était un véritable tenant des principes de l'individualisme et de la « libre entreprise » et il était en conséquence un ardent adversaire de toute forme de collaboration, en particulier la coopération entre l'industrie et le syndicalisme. Il ne pouvait pas accepter que le gouvernement fasse à la place des individus et des sociétés ce que ceux-ci pouvaient faire par eux-mêmes.

Flavelle était un homme indispensable à l'effort de guerre britannique et canadien. C'était l'organisateur et le coordonnateur par excellence et, pour cette raison, son influence était déterminante dans l'établissement de la politique ouvrière du gouvernement en temps de guerre. Même si les gouvernements britannique et canadien étaient favorables à l'idée d'insérer des clauses de justes salaires dans les contrats de fournitures militaires, Flavelle se rebiffa et demeura inébranlable dans son opposition pendant deux longues années de pression de la part des syndicats. Son entêtement fit de l'affaire une source de mécontentement et d'agitation qui n'aurait pas existes si l'on avait suivi la politique première de Bertram et du Shell Committee.

En gains matériels véritables, le mouvement ouvrier n'avait rien à retirer de clauses de justes salaires. Les travailleurs canadiens alors employés dans les arsenaux touchèrent des salaires élevés pendant toute la durée de la guerre, tandis qu'un soi-disant mécanisme existait déjà pour s'occuper des pratiques déloyales de travail dans les arsenaux. Ce fait fut finalement admis par le ministre fédéral du travail, T.W. Crothers et, chose surprenante, par Mark Howard Irish, propre directeur de Flavelle en matière de relations du travail pour l’Imperial Munitions Board. Au milieu de l'année 1917, ces deux hommes en arrivèrent à la conclusion que l'inclusion de clauses concernant les justes salaires dans les contrats de fournitures militaires ne donnerait rien d'autre aux travailleurs que ce dont ils bénéficiaient déjà mais créerait une situation explosive en permettant aux dirigeants syndicaux d'obtenir le crédit d'une longue bataille enfin gagnée. Flavelle, toutefois, persista dans sonopposition au mouvement précisément parce qu'il ne voulait pas que les dirigeants syndicaux en tirent crédit.

Ainsi, ce qui n'aurait pu être qu'une difficulté administrative de peu d'importance se gonfla au point de devenir une source de conflit ouvrier et devint un excitant puissant à l'appui de l'opposition de plus en plus farouche du mouvement ouvrier aux politiques de l’Imperial Munitions Board. Cette campagne de lobbying infructueuse apparut encore plus amère quand on la mit en présence de la campagne victorieuse des travailleurs des usines des chemins de fer canadiens qui obtinrent la parité de salaire avec leurs camarades américains au cours de l'été de 1918. Cette campagne ne fut d'ailleurs réussie que parce que les chefs des syndicats entrèrent dans la bagarre armée de 50,000 votes en faveur de la grève.

Dans de telles circonstances, l'affaire des clauses de justes salaires s'ajouta au voile de difficultés et de méfiance engendrées par d'autres décisions et d'autres actes politiques du gouvernement Borden et de ses agences qui commença à obscurcir les relations entre le gouvernement et les syndicats dès le début de 1916. La plupart de ces questions devinrent les facteurs primordiaux qui donnèrent naissance au grand mouvement d'agitation ouvrière qui, commençant à s'accélérer à la fin de 1916, s'étendit par la suite à la scène nationale au cours de l'été de 1919.