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Associations between Work Intensification, Stress and Job Satisfaction: The Case of Nurses in Ontario

Associations between Work Intensification, Stress and Job Satisfaction: The Case of Nurses in Ontario

Isik U. Zeytinoglu, Margaret Denton, Sharon Davies, Andrea Baumann, Jennifer Blythe et Linda Boos

Volume : 62-2 (2007)

Résumé

Les liens entre l’intensification du travail, le stress et la satisfaction au travail

Le cas des infirmières en Ontario

Les changements organisationnels apportés dans les années 80 et 90 ont contribué à l’intensification du travail dans les pays industrialisés (Green, 2004; Lapido et Wilkinson, 2002). Des recherches effectuées dans des pays européens et sept pays membres de l’OCDE démontrent que la satisfaction au travail est stable ou en déclin (Clark, 2005) et que l’intensification du travail est l’un des facteurs contribuant au déclin de la satisfaction au travail (Green et Tsitsianis, 2005). Au Canada, aucune étude ne s’est intéressée au lien entre la satisfaction au travail et l’intensification du travail. Toutefois, deux récents sondages indiquent qu’un travailleur canadien sur dix n’est pas satisfait au travail (Catlin, 2001; WES Compendium, 2001).

Les changements organisationnels constituent communément une source d’intensification du travail (Green, 2004). Les organisations du secteur de la santé ont subit de nombreux changements organisationnels depuis le début des années 90 (CHSRF, 2000). Le personnel infirmier a été très affecté par les réformes du secteur de la santé. Plusieurs infirmières et infirmiers ont été mis à pied et le personnel restant a dû mettre les bouchées doubles pour prendre en charge le surplus de travail occasionné par ces départs involontaires (O’Brien-Pallas et al., 2004). Les réformes du secteur de la santé reposant sur de petits budgets peuvent avoir de lourdes conséquences pour le personnel : leur travail peut s’intensifier, devenir plus exigeant et stressant (Wetzel, 2005a), amenant une baisse de la satisfaction au travail.

L’objectif de cette étude est d’examiner le lien entre l’intensification du travail, le stress et la satisfaction au travail. Notre étude contribue à l’avancement des connaissances en gestion des ressources humaines en examinant l’une des conséquences de la réforme du secteur de la santé, c’est-à-dire l’intensification du travail, sur la santé et le bien-être du personnel infirmier et sur son attitude envers son emploi. Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre dans le secteur de la santé et d’un besoin grandissant de services infirmiers, notre étude porte précisément sur la satisfaction au travail des infirmières et infirmiers et est ainsi importante et d’actualité. Les données de cette étude ont été recueillies auprès de 949 infirmières et infirmiers déjà en emploi avant l’implantation de la réforme du secteur de la santé travaillant dans trois hôpitaux universitaires de l’Ontario. Toutes les infirmières et infirmiers de ces établissements ont été sélectionnés pour l’étude. Au total, 1 396 d’entre eux ont participé à l’étude, représentant un taux de réponse de 52 %. Le New Health Care Worker Questionnaire (des auteurs) est l’outil ayant servi à amasser les données. La variable dépendante, la satisfaction au travail, a été mesurée à partir du Spector’s 1985 Job Satisfaction Survey (JSS) (1997). Les deux sous-échelles sont la satisfaction liée aux avantages pécuniaires et la satisfaction liée à l’emploi et à l’environnement de travail. L’intensification du travail est la variable indépendante de notre étude. Il n’y pas d’outil mesurant l’intensification du travail faisant consensus (Burchell, 2002; Green, 2004). Nous avons utilisé dans cette étude un outil mesurant la perception d’une intensification du travail que nous avons nous-mêmes développé. Cet outil stipule l’énoncé suivant : « Il y a eu plusieurs changements dans le système de santé depuis le début des années 90. En comparant le temps présent et le début des années 90, veuillez indiquer votre accord ou désaccord avec chacun des énoncés ». Les énoncés sont : « mon travail s’est intensifié; ma charge de travail a augmenté; les infirmières et infirmiers doivent traiter plus de patients par quart de travail; je fais de plus en plus de travail pour lequel je ne reçois pas de rémunération; il y a moins de leaders parmi le personnel infirmier; et la complexité des cas à traiter a augmenté ». Les réponses ont été recueillies à partir d’une échelle de type Likert à cinq niveaux allant de 1 : « je suis tout à fait en désaccord », à 5 : « je suis tout à fait en accord » et les résultats ont été additionnés pour créer l’échelle mesurant l’intensification du travail. Nous avons effectué une analyse factorielle utilisant la méthode d’extraction de l’analyse de la composante principale (Principal Component Analysis). Une composante principale fut extraite. L’échelle de mesure de l’intensification du travail démontre une forte fiabilité de l’outil grâce à un alpha de Cronbach de 0,80 (voir le tableau 1 de l’article). Pour ce qui est de la cohérence externe de l’outil de mesure, notre échantillon est comparable à celui d’autres études qui ont trouvé une intensification plus grande du travail dans le secteur de la santé et des services sociaux (Boisard et al., 2003b), pour les femmes (Burchell et Fagan, 2002) et pour les travailleurs du secteur public (Green, 2004). Le Symptoms of Stress Scale (Denton et al., 2002b) est la variable modératrice dans cette étude.

Les résultats démontrent que le personnel infirmier est dans une certaine mesure satisfait des avantages pécuniaires (M = 33,7; S.D. = 6,5) et modérément satisfait de son emploi et de son environnement de travail (M = 76,6; S.D. = 11,1). Il existe une perception généralisée que le travail s’est intensifié durant la dernière décennie (M = 24,2; S.D. = 3,9) et le personnel infirmier se sent stressé (M = 32,5; S.D. = 7,9). En contrôlant la satisfaction à l’égard des avantages pécuniaires, l’intensification du travail et le stress sont significativement et négativement corrélés (–0,343; p ≥ .01 et –0,502; p ≥ .01, respectivement). Le modèle global (voir le tableau 3, colonne 4 de l’article) démontre que le stress est significativement et négativement associé à la satisfaction liée aux avantages pécuniaires et que le stress a un effet modérateur partiel sur l’intensification du travail. Le modèle de la satisfaction liée aux avantages pécuniaires est sain, expliquant 29 % de la variance. Tel que présenté, dans le modèle global (tableau 4, colonne 4 de l’article), le stress a un effet modérateur sur l’intensification du travail en relation avec la satisfaction liée à l’emploi et à l’environnement de travail. Il est intéressant de noter que notre modèle de la satisfaction liée à l’emploi et à l’environnement de travail explique à lui seul près de 68 % de la variance totale.

Notre étude confirme les prédictions de Wetzel (2005a) quant au personnel infirmier et démontre que la perception de l’intensification du travail est un facteur significatif contribuant à augmenter le niveau de stress chez les infirmières et infirmiers. Ce stress, en retour, affecte négativement leur satisfaction au travail. Considérant que l’attraction et la rétention du personnel travaillant dans le secteur de la santé est le défi le plus important posé aux gestionnaires du système de santé canadien, nos résultats sont importants. Ils expliquent pourquoi le personnel infirmier se sent stressé et comment ce stress contribue à diminuer leur satisfaction au travail. Nous recommandons fortement aux décideurs de tous les niveaux, et en particulier à ceux qui élaborent les politiques, de porter une attention particulière aux effets à long terme occasionnés par les décisions stratégiques qu’ils prennent concernant leurs personnels.