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African Unions Under Structural Adjustment Programs

African Unions Under Structural Adjustment Programs

Bassirou Tidjani

Volume : 53-2 (1998)

Résumé

Les syndicats africains et les programmes d’ajustement structurel

Tout en s’intéressant aux problèmes que connaissent les syndicats africains eu égard aux programmes d’ajustement structurel (PAS), la présente recherche fournit des éléments pour l’élaboration d’un cadre d’étude des mouvements ouvriers africains en période de crise économique.

Nous pouvons définir ces PAS, implantés dans la plupart des pays africains depuis le début des années 80, comme l’ensemble des conditions accompagnant systématiquement les accords entre les institutions internationales de financement et les gouvernements africains. Ces programmes prévoient la disponibilité de ressources visant à éliminer les déséquilibres financiers internes et externes croissants, afin de créer un contexte de croissance économique soutenue.

 L’analyse et les solutions des institutions internationales de financement découlent d’un paradigme néoclassique basé sur la preuve de la faillite des politiques économiques dirigées de la plupart des états africains depuis leur indépendance des années 60. Leur diagnostic était que des politiques de développement viables exigeaient la suppression des contrôles gouvernementaux, la libéralisation du commerce et un cadre d’incitations externes.

À la fin des années 80, la faillite de l’implantation des PAS par les pays africains était apparente. Dans tous ces PAS, les questions économiques étaient prioritaires. On ignora presque les problèmes sociaux générés par la crise. En somme, le paradigme néoclassique prôné par les agences de financement internationales a failli, tant économiquement que socialement.

Les PAS ont été à l’origine de la plupart des conflits industriels. Ces programmes visaient la création de conditions sociales et politiques garantissant le renouvellement du soutien financier international aux économies africaines en voie de restructuration. Fondamentalement, ces conditions prévoyaient l’exclusion des syndicats et la création d’un ensemble de politiques selon lesquelles groupes communautaires, associations internes et externes aux lieux de travail, marché et états devenaient les acteurs institutionnels principaux.

 En dépit des spécificités nationales, la recherche sur les syndicats africains soumis aux PAS a suivi deux paradigmes. Premièrement, la recherche, qu’elle soit libérale, réformiste ou marxiste, a surtout utilisé un cadre déterminé par la logique du capital. Le second paradigme, quant à lui, suggère un déplacement dans la perspective d’analyse de la logique du capital vers une logique des travailleurs.

D’après le groupe dit de logique du capital, les réactions des travailleurs aux récessions économiques ont été, en moyenne, prudentes, quelques fois coopératives et, au plus, défensives, même si démonstrations et grèves semblent refaire surface dans la seconde moitié des années 80. Ainsi, dans un proche avenir, les réponses institutionnelles syndicales ne prendront certainement pas la forme d’organisations autonomes capables de défier l’ordre des relations industrielles imposé par les employeurs, l’État et les agences de financement internationales.

Le second groupe de recherche, dit de logique des travailleurs, prétend que le capital n’a pas eu l’initiative. Il affirme que la crise budgétaire et les récessions économiques ont été une crise du pouvoir capitaliste causée et perpétuée par l’habileté des travailleurs à réagir dans différentes parties du monde.

 Ces deux groupes de recherche présentent des lacunes. Le premier surestime la volonté des employeurs et de l’État à rechercher des pactes durables pour la définition de politiques avec les syndicats. Le second surestime les capacités des syndicats à prendre l’initiative, malgré la preuve du contraire.

Nos observations et analyses d’autres recherches nous mènent aux propositions suivantes. Dans les pays où les syndicats de travailleurs n’ont pas une grande expérience de lutte pour leur indépendance organisationnelle, leurs moyens actuels pour construire des syndicats autonomes afin de résister aux PAS sont probablement faibles. Au contraire, dans les pays où les syndicats ont une forte tradition de luttes pour leur indépendance malgré la répression de l’État, les travailleurs vont combiner des demandes de changement des stratégies adoptées par les syndicats traditionnels, avec l’élaboration d’autres formes de représentation des travailleurs dans les secteurs où les relations de pouvoir le permettent (ex., syndicats autonomes).

Cependant, les réactions des travailleurs aux effets négatifs des PAS sur leurs conditions de travail et conditions sociales dépendent aussi de la façon dont ils perçoivent leur rôle et leurs responsabilités en période de crise économique prolongée. Nous avons identifié quatre perceptions. D’abord, la perception selon laquelle la question de base est une combinaison de problèmes d’exploitation et de développement. Ensuite, la perception selon laquelle, selon la période, la question fondamentale peut passer d’un problème de développement à un problème d’exploitation et vice-versa. Puis, la perception d’après laquelle les relations de pouvoir favorisent tellement l’employeur et l’État que l’agitation populaire entraînerait des coûts que le mouvement syndical ne peut pas assumer. Enfin, la perception selon laquelle le problème de fond est l’exploitation des travailleurs.

 En conclusion, nous pouvons dire que, au cours de ces dernières années, la plupart des pays africains ont connu des PAS dont l’implantation a causé la détérioration des conditions de travail et des conditions sociales des travailleurs. Dans la plupart des pays, les gouvernements et les employeurs ont utilisé leurs pouvoirs coercitifs pour limiter les tentatives syndicales de protéger les intérêts de leurs membres. La réponse des syndicats africains est allée de l’acquiescement à la résistance. Jusqu’à maintenant, aucun mouvement syndical africain ne s’est opposé avec succès à l’implantation des programmes d’ajustement structurel.