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Decentralization of Bargaining Structure: Four Cases from the U.S. Paper Industry

Adrienne E. Eaton et Jill Kriesky

Abstract

 In recent years, there has been a trend in many countries toward a decentralization  of collective bargaining structures. This study employs two methods to provide a deeper analysis than previous studies of the forces that determine bargaining structure. First, it builds a framework to analyze bargaining structure by integrating previous theoretical  and empirical work on the topic. Second, it applies the framework to four bargaining unit level case studies in the United States’ pulp and paper industry. By examining the dissolution of two centralized bargaining structures and union attempts to reestablish centralization through ratification voting pools in two others, the study reveals the relative importance of economic, tactical and organizational factors in the continued decentralization of U.S. paper industry bargaining.

Résumé

Décentralisation des structures de négociation : quatre cas tirés de l’industrie du papier américaine
 
Ces dernières années, partout dans le monde, il y a eu une décentralisation croissante des structures de négociation collective. Dans la présente étude, nous nous servons de deux méthodes pour analyser, plus profondément que ne l’ont fait les études antérieures, les facteurs déterminants des structures de négociation. D’abord, nous élaborons un cadre d’analyse de ces structures en intégrant les travaux théoriques et empiriques précédents sur ce sujet. Ensuite, nous appliquons ce cadre à l’étude de quatre unités de négociation dans l’industrie du papier aux États-Unis. L’étude révèle l’importance relative des facteurs économiques, stratégiques et organisationnels dans la décentralisation continue des structures de négociation au cours des années 1980.
 
La décentralisation de ces structures est largement connue, mais ses causes et les processus qui y ont conduit le sont beaucoup moins. La documentation examinée rassemble les études importantes effectuées par Katz (1993), Voos (1994), Weger (19967), Hendricks et Kahn (1982) et Deaton et Baumont (1980), ainsi que plusieurs autres travaux qui se limitent à mentionner les facteurs déterminants des structures de négociation. À la suite de Hendricks et Kahn, le cadre analytique élaboré dans la présente étude porte sur ce qui détermine les préférences du patronat et des syndicats pour certaines structures de négociation et la manière dont ces préférences en interaction édifient les structures réelles. Ces déterminants sont classés en trois grandes catégories : les facteurs économiques ou de marché, les facteurs stratégiques et les facteurs organisationnels. Chacune de ces catégories a été considérée comme une explication possible de la décentralisation récente.
 
Nous comparons une série d’hypothèses sur les causes et l’orientation des choix de l’employeur et du syndicat relativement aux structures de négociation à partir de quatre études de cas tirés de l’industrie du papier américaine. Ces études reposent sur des sources d’information primaires et secondaires et ont été choisies en raison de leur incidence sur la négociation dans l’ensemble de l’industrie. Deux cas ont trait au démantèlement des structures modèles les plus importantes dans l’industrie, lesquelles étaient en place avant la détérioration des conditions de travail prévues aux conventions. Un des deux concerne la disparition définitive de la négociation avec plusieurs employeurs dans le nord-ouest; l’autre examine la mort de la structure régionale de négociation multi-établissements d’International Paper Company (IP), connue sous le nom de Southern Kraft Multiple (SKM). Les deux autres cas décrivent les tentatives d’établir des regroupements de votants à IP et à Champion International. Ces regroupements ont constitué le mécanisme principal choisi par l’organisation syndicale de base de l’industrie pour revenir à un certain degré de négociation centralisée.
 
L’analyse du premier cas montre que le mouvement vers la décentralisation est venu aussi bien du syndicat que de l’employeur. En effet, les sections locales ont délaissé finalement la structure centralisée parce qu’elle venait en conflit entre le besoin stratégique d’unité et celui de disposer de résultats adaptés à chaque section locale. Les employeurs ont fait de même. L’engagement de coopération entre les entreprises qui avait mené à des structures de négociation fructueuses a été délaissé. Dans certaines entreprises, la concurrence de l’industrie du papier en expansion dans le sud a conduit les employeurs à concentrer leurs efforts sur l’organisation du travail et la flexibilité des emplois, bien que les syndicats locaux aient passablement réussi à s’opposer aux changements contractuels.
 
Dans le cas de la SKM, l’organisation du travail (vue par Katz comme le motif principal de la décentralisation en général) et le pouvoir de négociation sont difficilement séparables. IP a affirmé publiquement que la décentralisation était motivée par la réorganisation du travail, mais ses motifs étaient avant tout économiques et stratégiques. Certes, IP a proposé aux sections locales des changements de libellé uniformes pour toute la société, mais a soutenu en même temps la nécessité de négocier séparément avec chaque syndicat local. Une grave crise financière, attribuable à une profonde récession et à un ensemble de décisions relatives aux investissements prises au mauvais moment, ont poussé IP à exercer son pouvoir de négociation pour forcer l’assentiment des syndicats à décentraliser la négociation aussi bien qu’à réorganiser le travail. En bout de ligne, la négociation décentralisée a rendu plus difficile aux syndicats de l’industrie du papier leur opposition à la réorganisation du travail.
 
Dans le premier des cas de recentralisation, le syndicat, au moment où il était en négociation avec Champion, a tenté le regroupement des votants pour chercher à accroître son pouvoir vis-à-vis de l’employeur. Ce dernier s’y est opposé pour cette raison même. De plus, Champion était forcée de réduire le coût de sa main-d’œuvre en raison de facteurs circonstanciels, notamment : a) sa dette encourue par sa récente prise de contrôle d’une autre entreprise de papier; b) les prix concurrentiels du marché des produits de base où elle exerçait son activité; c) la concurrence internationale faible mais croissante; d) l’évaluation peu élevée de l’industrie faite par les analystes financiers. Champion a exercé son pouvoir en faisant valoir ses droits légaux de fixer les conditions contractuelles et de déposer des accusations de pratiques de travail déloyales relativement à la stratégie de regroupement des votants. Ainsi, le pouvoir était donc non seulement la cause de la différence de point de vue des parties quant à la structure de négociation appropriée, mais aussi un facteur déterminant de l’issue de la situation.
 
La dynamique du second cas de regroupement, qui a de nouveau concerné IP, suit de près celle exposée précédemment. Le syndicat, motivé par des pertes à la table de négociation et, dans ce cas, par la désaccréditation de syndicats locaux, a cherché à centraliser la négociation. IP s’y est opposée en déposant des accusations de pratiques déloyales contre le syndicat, pour lesquelles le tribunal lui a finalement donné raison. De nouveau, les motifs d’IP étaient à la fois économiques et stratégiques. En fait, IP a admis que la stratégie de la société constituait en grande partie une réaction à la stratégie syndicale de regroupement des votants qui avait réussi chez Champion. Là encore, le contexte économique exigeait la réduction des coûts de la main-d’œuvre, qui ne pouvait se faire si le syndicat poursuivait avec succès sa stratégie de centralisation. Dans ce casci, toutes les sections locales n’ont pas accepté le plan de regroupement. La réorganisation du travail était un élément en jeu à la table de négociation de certains de ces syndicats locaux. Ces derniers ont donc invoqué des craintes légitimes à l’égard de la possibilité de congédiements et affirmé que les politiques syndicales internes étaient des facteurs importants dans leur décision de ne pas participer à une tentative de centralisation.
 
En conclusion, la présente étude montre que le désir de l’employeur de préserver ou d’accroître son pouvoir de négociation a motivé son comportement dans chacun des quatre cas. Et puisque le patronat a joui d’un pouvoir à la hausse dans les années 1980, il possédait l’outil nécessaire pour influencer les structures de négociation. Dans d’autres industries, les gestionnaires ont pu être directement motivés par la concurrence accrue dans le marché des produits (en particulier, les sources d’approvisionnement internationales) ou les changements dans le marché du travail (entre autres, la désyndicalisation). Cependant, pour les gestionnaires des entreprises du papier, ces facteurs ont été plus hypothétiques que réels. Pour ces entreprises en effet, c’est la hausse des attentes des marchés financiers qui a véritablement mené au changement. Pour améliorer la productivité et, partant, les profits, l’industrie du papier, qui est à forte intensité de capital, exige des investissements à long terme dans les usines et l’équipement. La réduction des coûts variables représentés par la main-d’œuvre et la modification des règles de travail qui rend possible l’utilisation maximale du capital sont apparus comme étant les méthodes à court terme capables de soutenir le rendement financier. En négociant avec chaque usine séparément, l’employeur avait plus de chances d’effectuer les changements souhaités aux règles de travail, malgré les objections syndicales. En outre, dans les quatre cas, les problèmes politiques des syndicats lorsqu’ils mettaient en place ou maintenaient des structures de négociation centralisées les ont affaiblis vis-à-vis de l’employeur. La grande autonomie locale et régionale avait bien servi les syndicats à une époque antérieure, mais a miné leurs tentatives de recentralisation au moment où ils se sont rendu compte que le modèle de négociation décentralisée menait à l’échec. Il est clair que l’expérience faite dans l’industrie du papier n’est pas représentative de toutes les industries manufacturières et de services, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs. Toutefois, la présente recherche sur les quatre cas décrits et le cadre d’analyse élaboré ici fournissent un point de départ à la définition complète des facteurs complexes qui motivent la décentralisation dans les autres cas.
 

Resumen

La descentralización de la estructura de negociación : Cuatro casos de la industria del papel en los Estados Unidos

En años recientes, varios países en el mundo han experimentado con la descentralización de las estructuras de negociación. Este estudio contiene dos métodos que permiten una estudio mas profundo  que los estudios anteriores de los factores que influencian estas decisiones. Primero, creamos un marco de análisis de la estructura de negociación al integrar el trabajo teórico y practico de varios puntos. Después este marco es aplicado a cuatro casos particulares en la industria del papel en los Estados Unidos. Al examinar la disolución de dos centrales de ne3gociacion y los intentos de los sindicatos por restablecer la unidad central de negociación en dos otras instancias, el estudio nos permite ver la importancia relativa de los factores económicos, tácticos y de organización en la continua descentralización de las estructuras de negociación en la industria del papel en los Estados Unidos en los años ochenta.