Accueil » 50-4 ( 1995) » Work Activity and Subjectivity: A Behind-the-Scenes Look at the Work of Linemen

Work Activity and Subjectivity: A Behind-the-Scenes Look at the Work of Linemen

Jean-Pierre Brun

Abstract

Using a study of linemen, this article shows how analyzing the subjective experience of linemen can enrich the understanding of work activities. The démonstration is based essentially on the phenomenon of defensive strategies, which allow human beings to maintain their psychic equilibrium despite the harmful effects of work organization. Finally, it is proposed that ergonomics should pay doser attention to the more personal phenomena that inevitably influence work activities.

Résumé

Depuis ses débuts l'ergonomie n'a cessé d'enrichir et de préciser sa conception de l'être humain au travail et de son activité. Le constat que l'on peut dresser est que cette discipline scientifique a réalisé et continue de réaliser des avancées importantes pour faire valoir la contribution des individus dans le travail. Mais dans la poursuite de cette quête de la connaissance, les ergonomes ont très peu considéré les dimensions émotionnelles et subjectives de l'individu. Pourtant, travailler n'est pas uniquement se mobiliser, s'activer ou agir, c'est aussi vivre, ressentir et expérimenter. Pour reprendre un concept cher à l'ergonomie, nous dirions que l'être humain n'est pas qu'un opérateur ou une opératrice, il est aussi un sujet qui entretient non seulement des rapports utilitaires avec le travail, mais aussi des rapports affectifs. Cela signifie donc que le vécu intime (ex. : souffrance, plaisir, peur, anxiété, etc.) du sujet constitue un déterminant, au même titre que les propriétés physiologiques ou cognitives de l'acte de production. À ce titre, l'ergonomie ne peut plus faire l'économie de l'étude de la subjectivité qui accompagne l'acte de production.

Pour parvenir à questionner le vécu subjectif du sujet et son articulation avec l'activité de travail, l'ergonomie doit inévitablement redéfinir son cadre d'analyse et ouvrir ses frontières à une discipline comme la psychodynamique du travail. Cette approche pose comme postulat de base que l'être humain entretient avec l'acte de travail une relation subjective, voire identitaire et non une simple relation utilitaire et distante. En fait, le sujet et sa subjectivité sont considérés comme des opérateurs fondamentaux de la construction de l'activité de travail. La mise au jour du rapport concret qui s'inscrit entre l'individu et les réalités du travail constitue une contribution importante à la compréhension de l'activité humaine de travail. Malheureusement, les points de vue analytiques et théoriques développés par la psychodynamique du travail demeurent encore peu intégrés dans les analyses ergonomiques. Cet article présente donc, à travers une étude chez les monteurs de lignes électriques, comment l'ergonomie peut interroger le travail humain à partir de ses dimensions subjectives.