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Internal Versus External Labour Flexibility: A Two-Plant Comparison in Canadian Manufacturing

Jean-Noël Grenier, Anthony Giles et Jacques Bélanger

Abstract

This article examines the divergent patterns of labour flexibility in two Canadian power transformer plants owned by the same company and producing similar products with identical technologies. The case study results are used to point to three oversimplifications in the flexibility debate: the claim that "numerical" and "functional" flexibility are incompatible; the argument that North American management relies more heavily on external flexibility than on internal flexibility; and the widespread contention that the traditional collective agreement is the chief barrier to achieving a more flexible organization of production in North America.

Résumé

À partir d'une étude empirique conduite auprès de deux usines canadiennes de la société transnationale Asea Brown Boveri (ABB), où on fabrique des transformateurs de puissance, cet article étudie les conséquences de différentes formes de flexibilité du travail. Dans chaque usine, une équipe de deux chercheurs a réalisé plus de 25 entrevues auprès de la direction, du syndicat et de tous les segments de la force de travail. L'étude de terrain réalisée en 1994 et en 1996 a aussi consisté en 10 jours d'observation directe en atelier dans chaque établissement. Les directions des usines de Guelph et de Varennes ont contribué généreusement à cette recherche en fournissant des données et de la documentation confidentielles.

Étant donnée l'ambiguïté du concept de flexibilité, l'article débute en suggérant un certain nombre de distinctions sur le plan analytique. Une revue de littérature permet de distinguer trois conceptions de la flexibilité selon le niveau d'analyse retenu. Un premier type d'analyse se penche sur les institutions nationales de régulation du travail et leurs conséquences sur la flexibilité du marché du travail. À un autre niveau, des auteurs se sont intéressés à la flexibilité des organisations et au fonctionnement de structures organisationnelles associées à la spécialisation flexible, au sens de Piore et Sabel par exemple. Enfin, le présent article s'inscrit dans un troisième niveau d'analyse, qui concerne l'introduction de pratiques de flexibilité du travail au sein de l'organisation productive et le rôle des règles du marché interne et de la convention collective dans la promotion de la flexibilité de la main-d’œuvre.

Cette précision conceptuelle ouvre la voie à une analyse des matériaux empiriques en fonction de trois questions qui dominent le débat en Amérique du Nord. Premièrement, l'idée selon laquelle la flexibilité numérique et la flexibilité fonctionnelle sont incompatibles au sein d'un même établissement. Deuxièmement, la proposition suivant laquelle les entreprises nord-américaines favorisent la flexibilité externe au détriment de la flexibilité interne du travail. Troisièmement, l'idée reçue dans plusieurs milieux à l'effet que la convention collective constitue l'une des principales barrières à la flexibilité en milieu de travail.

En ce qui a trait à la première question, à savoir si la flexibilité fonctionnelle et la flexibilité numérique sont des pratiques compatibles, nos résultats suggèrent que le débat doive chercher à comprendre comment ces deux formes de flexibilité peuvent être arrimées par des pratiques de flexibilité interne. En effet, il semble que la question pertinente n'est pas tant à savoir si la flexibilité numérique est incompatible avec la flexibilité fonctionnelle mais consiste plutôt à cerner comment, à travers des pratiques de flexibilité interne, les acteurs peuvent arrimer ces deux pratiques. Ainsi, la grille d'interprétation proposée repose sur les concepts de flexibilité interne et de flexibilité externe (voir le Tableau 1). Dans les usines à l'étude, tant la flexibilité interne que la flexibilité externe comportent des dimensions numérique et fonctionnelle, qui sont toutefois agencées selon des modalités différentes à Guelph et à Varennes, avec des conséquences différentes à la fois pour les salariés et pour l'efficacité des politiques de gestion du travail.

En ce qui a trait à la seconde question, à savoir si les directions d'entreprises optent plus facilement pour la flexibilité numérique et pourquoi, la majorité des auteurs considèrent que la permissivité des institutions de régulation du travail en Amérique du Nord pave la voie à la flexibilité numérique au détriment de la flexibilité fonctionnelle. La flexibilité numérique serait relativement moins coûteuse que la flexibilité fonctionnelle en raison de la rigidité des règles du marché interne et des barrières à la flexibilité fonctionnelle que l'on associe au nombre élevé de classifications d'emplois. Notre recherche indique que les conditions économiques jouent un rôle de première importance sur les options des entreprises et que les choix des acteurs sont fortement influencés par les caractéristiques de l'organisation du travail. Les deux établissements à l'étude sont situés dans un même contexte institutionnel et ont pourtant des pratiques de flexibilité fortement contrastées ; l'un optant pour la flexibilité externe, l'autre pour la flexibilité interne. Dans chaque cas, les pratiques de gestion du travail viennent à un coût, mais les choix des directions s'expliquent beaucoup plus selon les conditions du marché du produit qu'en fonction des seuls coûts associés à la convention collective.

La troisième et dernière question concerne le rôle de la convention collective dans le développement de certaines trajectoires de flexibilisation du travail. Plusieurs auteurs partagent l'idée selon laquelle la convention collective traditionnelle est trop rigide en ce qui a trait au déploiement de la main-d’œuvre. Notre étude trouve un support mitigé pour cet argument.

Les données empiriques indiquent qu'il faut non seulement considérer la convention collective, mais aussi l'ensemble des compromis formels et informels qui sous-tendent son interprétation par les acteurs concernés. En somme, il faut plutôt concevoir la convention collective comme l'un des principaux éléments du compromis social plus large concernant la gestion du travail. Par exemple, dans un établissement le nombre de classifications d'emploi a été réduit considérablement depuis 1990 sans que la direction n'obtienne en retour une plus grande flexibilité fonctionnelle dans la gestion de la main-d’œuvre. Dans l'autre, le nombre de classifications d'emploi est demeuré relativement le même depuis l'ouverture de l'usine en 1972 mais, contrairement à ce qui est suggéré dans la littérature à ce sujet, les règles étaient interprétées de façon à générer un degré appréciable de flexibilité fonctionnelle. Les acteurs s'étaient donné des règles de fonctionnement souples sur ce plan, dans le cadre d'un compromis plus large autour de la sécurité d'emploi et de l'efficacité de l'appareil de production.

Cet article propose que le débat concernant la flexibilité du travail en Amérique du Nord doive dépasser les analyses purement institutionnelles pour comprendre comment les pratiques des acteurs sont intimement liées aux conditions du marché du produit, aux caractéristiques de l'organisation du travail et aux compromis sociaux qui sous-tendent la production. Tout en levant le voile sur les aménagements possibles entre différentes formes de flexibilité du travail, l'article vise à mieux comprendre les processus sociaux par lesquels les acteurs produisent et redéfinissent les règles suivant leur interprétation de ces différentes contraintes.

Resumen

Este articulo estudia los patrones divergentes de la flexibilidad laboral en dos empresas canadienses de fabricaciòn de transformadores de corriente de la misma propiedad y que producen productos similares con tecnologïas muy similares. Los resultados del estudio se utilizan para demostrar très sobre simplificaciones en el debate sobre la flexibilidad laboral : la pretensiòn que la flexibilidad funcional y la flexibilidad numérica son incompatibles ; el argumenta que la administraciòn norte americana esta basada mas en la flexibilidad externa que en la flexibilidad interna ; y la pretensiòn que la convenciòn colectiva tradicional es la barrera principal para lograr una organizaciòn de la producciòn mas flexible en Norte America.