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The Industrial Relations Implications of Privatization: The Case of Canada Post

Jerry P. White et Russell Janzen

Abstract

In February 1997, Canada Post privatized its ad-mail services and in the process terminated 10,000 Canadian Union of Postal Workers. These events became a part of the central driving force which derailed contract negotiations and led to the November 1997 postal strike. The purpose of this article is to expose the process and consequences of this major event in the industrial relations of Canada Post; to examine the role and positions of the three major institutions involved — the government, the corporation (Canada Post) and the Canadian Union of Postal Workers (CUPW), and to explore the implications of privatization with regards to industrial relations in Canada Post. The article also documents the fate of the 10,000 workers through a survey of their status six months after the privatization.

Résumé

En février 1997, Poste Canada a privatisé ses services de livraison d'imprimés publicitaires licenciant ainsi 10 000 membres du Syndicat des postiers du Canada (SPC). Ces événements ont contribué à envenimer les négociations collectives et ont mené au déclenchement d'une grève dans les postes en novembre 1997. Nous expliquons ici le processus et les conséquences de cet événement majeur sur les relations industrielles à Poste Canada. Nous examinons aussi le rôle et les positions des trois acteurs impliqués : le gouvernement, Poste Canada et le SPC. Finalement, nous commentons les impacts d'une telle privatisation sur les relations industrielles à Poste Canada. Nous avons également complété une enquête sur le statut de ces 10 000 licenciés six mois après la privatisation.

Peu d'institutions du secteur public canadien ont connu une histoire aussi turbulente de leurs relations industrielles que Poste Canada. On a cependant tenté, au cours des dernières décennies, de prendre les moyens nécessaires pour réduire les conflits. Par exemple, le gouvernement fédéral, souhaitant améliorer les relations industrielles, a créé une société des postes devant être plus « rentable » et a en quelque sorte forcé la fusion du syndicat des facteurs avec celui des postiers. Il y eut en effet moins de grèves et plus d'ententes négociées que dans les périodes précédentes.

Cependant, un autre différend a mené, à l'automne 1997, à la décision du SPC de faire la grève. Nous soumettons ici que la décision de privatiser la livraison des imprimés publicitaires a été une variable importante dans ce bris des relations patronales-syndicales. La livraison des imprimés publicitaires inclut différentes formes d'imprimés adressés ou non. Cette publicité non adressée est mieux connue des Canadiens sous le nom de « junk mail » et comprend tout ce qu'on appelait courrier de troisième classe auparavant.

Ce service a débuté en 1978 suite à une entente avec le syndicat des facteurs, entente qui leur garantissait le droit de livrer la publicité postale de première classe (adressée) alors que Poste Canada pouvait recourir à d'autres personnes pour livrer les imprimés publicitaires de classe économique. Le syndicat des facteurs a alors accepté de ne pas syndiquer ces autres personnes.

Les revenus nets de cette publicité postale ont cru de 646 millions $ à 2,32 milliards $ entre 1979 et 1995, un saut de 259 %. Alors que telle forme de publicité montrait un profit croissant, la publicité incluse dans les journaux connaissait une baisse de rendement. Les concurrents de Poste Canada ont alors cherché à corriger cette situation et se sont attaqués à ce marché particulier de Poste Canada.

En 1995, ces mêmes concurrents ont demandé et obtenu du gouvernement libéral une enquête sur Poste Canada : l'enquête Radwanski. Les concurrents de Poste Canada dans ce marché particulier ont alors accusé Poste Canada d'une série d'infractions et de pratiques illégales qui faisaient mal au secteur privé.

Le 8 octobre 1996, la ministre responsable de Poste Canada, madame Diane Marleau a répondu au nom du gouvernement : Poste Canada se retirera du marché de la publicité postale au coût de quelque 10 000 postes d'employés syndiqués. Le SPC a alors crié à l'attaque de ses membres et à un défi évident au syndicat (Bourke 1997). En réplique, la ministre Marleau a prétendu que l'impact social pour les travailleurs touchés serait négligeable puisqu'ils trouveraient un autre emploi à salaire égal ou supérieur (Marleau 1997a).

Le SPC a prétendu que cette décision gouvernementale était irresponsable vu les hauts taux de chômage au Canada. Les représentants syndicaux étaient convaincus que ces travailleurs seraient forcés de recourir à F assurance-chômage et à l'assistance sociale (CUPW 1996a : 123). Ils considéraient la publicité postale comme une source de revenus pour Poste Canada, un service aux clients et une source d'emplois de meilleure qualité pour les travailleurs. Ils ajoutaient que Poste Canada, une institution nationale publique, devait jouer un rôle de leader en fournissant des emplois mieux payés et avec de meilleures conditions que le pouvait le secteur privé. Il y eut donc confrontation sur les conséquences potentielles de telle privatisation, ce qui a contribué grandement au déclenchement de la grève à l'automne 1997 (Bourque 1998).

Le 19 novembre 1997, le SPC a déclaré une grève nationale paralysant le service postal. Plusieurs différends persistaient dont seulement un visait les salaires, les principaux portant sur la sécurité d'emploi (Bourque 1998). Poste Canada avait déposé une demande à la table de négociation pour apporter des changements aux règles concernant l'exécution du travail. Selon le syndicat : « les licenciements à la publicité postale et les modifications aux règles d'exécution du travail pour les postiers ont fait dérailler les négociations... Poste Canada a montré ses vraies couleurs en licenciant les travailleurs de la publicité postale et on peut entrevoir 4 000 autres pertes d'emploi » (Bourque 1998, notre traduction). Le président du syndicat, M. Tingley, a ainsi succinctement résumé la position syndicale : « Le véritable objectif de Poste Canada est de préparer le service postal à la privatisation, ce que nous avons juré de combattre » (notre traduction).

Ces différends et la position syndicale étaient entièrement reliés à la question des imprimés publicitaires. Quand les parties se sont rencontrées à la table de négociation, le spectre de la privatisation du service était présent. Le syndicat venait d'expérimenter une bataille de deux ans et demi avec l'employeur sur la vision du fonctionnement futur de Poste Canada. Lorsque surgirent les difficultés eu égard à la sécurité d'emploi et aux engagements pour l'avenir, le SPC a perçu, vu son expérience, que les promesses verbales de l'employeur quant au maintien du service et des emplois ne pouvaient pas être crues. La rupture des négociations est survenue lorsque le syndicat a perçu que les changements voulus dans les règles concernant l'organisation du travail des facteurs allaient coûter des milliers d'emplois. Le syndicat n'a pas cru l'employeur lorsque celui-ci a prétendu qu'il n'y aurait plus de privatisation de service à l'avenir.

Cette privatisation a eu des conséquences sur les travailleurs de la publicité postale. Nous avons sélectionné au hasard un échantillon de 1 160 personnes, parmi la population de travailleurs de la publicité postale de Poste Canada, licenciées le 31 janvier 1997. Nous avons complété une enquête téléphonique entre le 13 juillet et le 5 août 1997. Les résultats de cette enquête démontrent que l'emploi et l'adaptation ont été difficiles pour ces anciens membres du SPC. Leur taux de chômage au moment de l'enquête était deux fois et demie plus élevé que la moyenne nationale et plusieurs d'entre eux se sont trouvés eux-mêmes des emplois à des niveaux de salaires plus bas. Le programme de transition mis sur pied par le gouvernement et Poste Canada semble avoir été un échec. Il y eut de plus grandes difficultés pour ceux qui comptaient le plus sur leur travail à la publicité postale. En outre, les femmes avec enfants et les francophones du Québec ont connu une part disproportionnée de difficultés. Les craintes et griefs du syndicat face à la privatisation ont été confirmés à un degré significatif par les données.

Resumen

En febrero de 1997, Correos Canada privatizo sus servicios de publicidad por correo y en el proceso despidiò 10,00 empleados del sindicato canadiense de los trabajadores postales. Estos eventos se convirtieron en el eje central de el rompimiento de las negociaciones que llevaron a la huelga de los correos de noviembre de 1997. Este articulo présenta el proceso y las consecuencias de este evento mayor en las relaciones industriales de Correos Canada; de examinar el papel y las posiciones de los très actores principales de esta situation – el gobierno, la corporation (Correos Canada) y el sindicato canadiense de los trabajadores postales (CUPW), y de comentar las implicaciones de la privatizaciòn con respecto a las relaciones industriales en Correos Canada. El articulo también documenta el destino de los 10,00 empleados a travez de un muestreo después de 6 meses de privatizaciòn.