Accueil » 60-4 ( 2005) » Dignity at Work for Low Wage, Low Skill Service Workers

Dignity at Work for Low Wage, Low Skill Service Workers

Peter Berg et Ann C. Frost

Abstract

Using responses from a telephone survey of 589 low wage, low skill workers in US hospitals, the authors investigate the workplace features that influence workers’ perceptions of dignity at work. Both work organization variables and union representation are investigated as potential factors affecting workers’ perceptions of fair treatment by their employer, intrinsically satisfying work, and economic security. Work organization and union representation have little effect on dignity at work with the exception of their association with higher wages and therefore a greater degree of economic security. Results indicate that higher pay, adequate levels of staffing and resources, and access to training are the variables that are most closely associated with dignity on the job.

Résumé

La dignité au travail chez les travailleurs peu qualifiés et faiblement rémunérés du secteur des services

On a récemment accordé beaucoup d’attention à l’inégalité croissante des gains et aux conditions économiques qui se détériorent chez les travailleurs à faibles revenus (Levy et Murnane, 1992; Johnson et Kuhn, 2004). En plus de faibles revenus, ces travailleurs doivent aussi affronter de mauvaises conditions de travail : insécurité d’emploi, traitement arbitraire et absence de représentation. De plus en plus, en relations industrielles, on cherche comment améliorer la vie au travail de ces travailleurs. La dignité au travail est devenue un sujet de ralliement, non seulement pour les syndicats, comme ce fut traditionnellement le cas, mais aussi pour les décideurs politiques et les intellectuels.

Dans cet article, nous avons voulu évaluer les effets de certaines caractéristiques des lieux de travail sur les perceptions que les travailleurs se font de la dignité au travail, en recourant à une enquête auprès des personnes occupant des postes peu qualifiés et peu rémunérés dans le secteur des services. De plus, nous nous sommes demandés si la représentation syndicale ou des changements dans l’organisation du travail associés à des pratiques de haut rendement au travail affectent ou non la perception de ces travailleurs de la dignité en emploi.

Les données proviennent d’une enquête effectuée dans quinze hôpitaux communautaires américains. Ce type d’hôpitaux constitue la majeure partie des hôpitaux aux États-Unis, et nous avons retenu le groupe le plus représentatif, c’est-à-dire ceux qui comptent entre 200 et 400 lits. Les hôpitaux sont répartis dans presque toutes les régions du pays. L’étude a débuté à l’été de l’année 2000 et elle s’est terminée au printemps de 2002.

Notre analyse s’appuie sur une enquête téléphonique auprès de 589 travailleurs, dans les quinze hôpitaux retenus, et comprend des questions sur tous les aspects du travail accompli et de la carrière. Nous avons aussi visité chaque hôpital où nous avons interviewés des gestionnaires, des surveillants et des représentants syndicaux. En recourant à l’analyse multivariée, nous avons ensuite analysé l’effet de la syndicalisation et des pratiques de travail sur la perception de la dignité au travail dans les établissements. Pour estimer la perception de la dignité au travail par les travailleurs, nous avons retenu trois variables dépendantes clés : la sécurité d’emploi, la satisfaction intrinsèque au travail et le traitement équitable de la part de l’employeur. Nos variables indépendantes incluent une mesure de l’enrichissement du travail, la participation à des comités de résolution de problèmes, la formation sur le tas ou d’ordre institutionnel, le champ d’action du syndicat, la perception de la suffisance du personnel et des ressources matérielles, la charge de travail ainsi que diverses variables de contrôle.

Nous avons posé l’hypothèse que le fait de bonifier le travail, soit par un élargissement des tâches, soit par un accroissement du niveau d’habiletés requises, par l’offre de participation à la solution des problèmes au travail, par l’offre d’occasions de formation et le fait de disposer d’une représentation syndicale sur le lieu de travail devraient être liés de façon positive à des niveaux plus élevés de perception de la dignité au travail. Nos données nous indiquent qu’à l’exception des effets positifs de la formation, ni la restructuration du travail, ni la représentation syndicale ne présentaient des effets dans le sens anticipé. Dans le cas de ces travailleurs du secteur des services, les emplois sont si faiblement rémunérés, si exigeants physiquement et si peu gratifiants que le fait de les redessiner n’améliore pas la situation. Ce qui semble améliorer la perception de la dignité au travail est plutôt lié à l’accès à la formation, au fait de pouvoir compter sur du personnel en nombre suffisant et sur du matériel adéquat et en quantité suffisante et aussi de ne pas se faire demander d’accomplir plus que ce qu’on peut faire.

Cependant, des modifications dans l’organisation du travail et la représentation syndicale ont été associées avec un niveau plus élevé de rémunération, une mesure de dignité particulièrement importante chez cette catégorie de travailleurs. Bien que la restructuration du travail, la formation et la représentation syndicale sont sources de hausses salariales, elles ne contribuent pas à l’ajout d’une valeur intrinsèque au travail, pas plus qu’à l’impression d’un traitement équitable de la part des employeurs. Ces deux effets sont plutôt liés à des enjeux inhérents au procès de travail, tels que la charge de travail, la présence d’un personnel suffisant et de ressources matérielles adéquates. Seule la formation demeure liée aux trois aspects de la dignité au travail.

Ainsi, les changements dans la nature du travail, comme les travaux sur la promotion de la dignité au travail en relations industrielles le laissaient entendre, présentent peu ou pas de relation avec cette dernière variable chez cette catégorie de travailleurs à faibles revenus et peu qualifiés. L’enrichissement du travail, de même que la participation à des comité de résolution de problèmes ou la représentation syndicale n’améliorent pas la perception de dignité au travail chez ces travailleurs. Cependant, des salaires plus élevés, du personnel en nombre suffisant et la formation contribuent à une meilleure perception de la dignité au travail. Par conséquent, les politiques axées sur la formation et les qualifications des travailleurs peu rémunérés sont plus susceptibles d’avoir un impact important sur leur emploi et leurs perspectives d’avenir. De plus, les syndicats pourraient davantage aider leurs membres en négociant non seulement des salaires plus élevés, mais aussi du personnel en nombre suffisant et des ressources adéquates pour que les travailleurs et les travailleuses puissent bien accomplir leurs tâches.

Resumen

A partir de una encuesta telefónica con 589 trabajadores hospitalarios de Estados Unidos caracterizados por sus bajos salarios y nivel bajo de calificación, los autores investigan las características del medio laboral que influyen las percepciones de dignidad en el trabajo. Tanto las variables relativas a la organización del trabajo como aquellas de la representación sindical son investigadas como factores potenciales que afectan las percepciones de los trabajadores a propósito de lo que es un tratamiento justo de la parte de su empleador, la satisfacción intrínseca en el trabajo y la seguridad económica. La organización del trabajo y la representación sindical tienen poco efecto sobre la dignidad en el trabajo excepto cuando está asociada con los salarios elevados y por tanto, con un nivel mas elevado de seguridad económica. Los resultados indican que las remuneraciones mas elevadas, los niveles adecuados de personal y de recursos así como el acceso a la formación, son las variables que están mas fuertemente asociadas con la dignidad en el trabajo.