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Still ‘Regime Competition’? Trade Unions and Multinational Restructuring in Europe

Valeria Pulignano

Abstract

This article studies trade unions’ response to transnational change in a large multinational corporation within the motor industry in Europe. We show how the use of the European Works Councils (EWCs) as a forum for European negotiation did not counter the management’s effort to whipsaw trade unions, such as to play off workers against each other in local negotiations. This seems to suggest that the effort to network and coordinate between employee representatives, and to negotiate with management through ‘active’ EWCs is ineffective at controlling inter-union competition in cases of transnational restructuring. Hence, research outcomes illustrate that an analysis of the impact of European-level agreements on plant level is requested in order to assess the effectiveness of ‘active’ EWCs in forging cross-national links.

Résumé

Les syndicats et les restructurations dans les multinationales en Europe

La concurrence entre les régimes nationaux est-elle inévitable ?

Cet essai analyse la tentative des organisations syndicales de recourir aux comités d’entreprise européens (CEE) comme un instrument efficient en vue d’exercer un impact sur le résultat d’un processus de restructuration transnationale dans une multinationale de l’industrie de l’automobile en Europe. Plus particulièrement, il s’inspire d’une analyse de cas d’une restructuration transnationale au sein de General Motors-Europe (GM). L’objectif comporte deux volets. D’abord, il cherche à comprendre et à évaluer l’habileté des comités « actifs » (par exemple, ceux qui participent à la négociation d’accords au niveau européen) à développer des moyens efficaces pour le mouvement syndical européen d’influencer la prise de décision managériale, tout en arrêtant la surenchère des employeurs auprès des syndicats locaux dans le cas d’une restructuration transfrontalière. La surenchère se présente habituellement comme une tentative de la direction d’opposer les travailleurs les uns aux autres dans des négociations locales. Ensuite, cet essai analyse les conditions liées à la capacité ou au manque de capacité des comités à contenir la surenchère syndicale.

La recherche révèle que les pratiques des comités et leur impact sur la prise de décision managériale varient fortement. L’éventail se présente de la manière suivante : à un bout du continuum, on retrouve des comités de nature « symbolique », impliquant un faible niveau d’information et aucune consultation formelle, peu ou pas de contact entre les représentants des salariés ou avec la direction, dont le rôle se limite alors largement à une rencontre rituelle annuelle; ensuite, on constate la présence d’organismes plus actifs impliquant une action de réseautage continue de la part des employés et une liaison régulière avec la direction. À la fin de ce continuum, on peut identifier ceux qui exercent une certaine influence sur la prise de décision managériale et même ceux qui s’engagent dans une négociation de textes conjoints tenant lieu d’accord-cadre avec l’entreprise. Plus précisément, on soutient que les variations dans la capacité d’agir des comités sont reliées à des éléments de structure (Marginson et autres, 2004) ou de représentation (Lecher et Rub, 1999; Lecher et autres, 2001). Au cours des dernières années, des études ont tenté de rattacher ces recherches au thème plus large de la coordination et du réseautage transfrontaliers des syndicats. Comme résultante, l’habileté des comités à aider les syndicats à exercer une influence sur la prise de décision des entreprises a été analysée en centrant l’attention sur leur capacité de créer des liens transnationaux.

Cette étude comprend donc deux volets : elle cherche à connaître les facteurs qui influencent la capacité des comités d’entreprise « actifs » d’exercer un impact sur les restructurations transfrontalières des entreprises et dans quelle mesure ces facteurs agissent, cela en coordonnant les stratégies des syndicats nationaux et les intérêts des syndicats locaux au passage d’une frontière à l’autre. Elle s’intéresse au cas de GM-Europe, où le Forum européen des travailleurs, qui a été mis sur pied en 1996 pour être connu comme l’un des plus actifs des comités en négociant sur des enjeux liés à une restructuration transfrontalière, négociait en 2004 un accord-cadre à l’échelle de l’Europe avec la direction centrale de GM, qui garantissait qu’on n’assisterait pas à des fermetures d’usine ou à des réductions forcées d’effectif excédentaire. Les conclusions de cette étude laisse croire que des facteurs d’ordre structurel ou de représentation ont eu un impact sur la capacité des représentants des salariés au sein des comités d’exercer une influence sur la prise de décision managériale transnationale, cela par l’obtention d’une promesse de la part de l’entreprise qu’il n’y aurait pas de fermeture d’usine, ni de réduction forcée de personnel. Cependant, le maniement du processus de restructuration dépendait fortement de l’aptitude d’un syndicat local à contrôler la concurrence sur les salaires et les conditions de travail à travers les frontières. En d’autres termes, la négociation d’accords à l’échelle européenne avec la direction n’arrivait pas à contenir et à prévenir la concurrence intersyndicale dans le cas de restructuration transnationale. Ceci est illustré par la diversité des négociations locales qui étaient parachevées par les syndicats locaux et les comités d’entreprise dans les usines européennes impliquées dans le processus de restructuration. Alors, la structure à l’échelle européenne, qui prenait la forme d’un accord-cadre, montre qu’elle a apparemment peu d’effet sur les règlements à survenir au niveau d’une usine et également sur la capacité d’établir une coordination efficace transnationale des enjeux de négociation. En bref, l’effet consistait à faire des différents accords locaux des points de repère, au lieu d’intégrer ces enjeux dans un effort de coordination efficace.

Cet essai fournit une explication à la faible influence que l’accord à l’échelle européenne eût pu avoir sur le besoin d’arrêter la surenchère de la part de la direction par le truchement de ses liens avec les comités et par son fonctionnement en réseau. On soutient que cela est attribuable aux comités, qui n’ont pu développer une capacité de négociation collective formelle à l’échelle de l’entreprise, laquelle est habituellement laissée à la direction locale et dans les mains des représentants des salariés. Ceci implique que les négociations à l’échelle européenne, lorsqu’elles sont conduites à l’intérieur d’un accord-cadre européen par les conseils, prennent une allure facultative et se tiennent sans un impact formellement coordonné des syndicats à l’échelle européenne. Alors, les syndicats doivent encore exercer leur action à l’intérieur de la scène nationale, où se déroule le processus de négociation formelle et où les différences des structures de négociation, les politiques du marché du travail et les traditions syndicales reflètent la diversité des stratégies syndicales et des intérêts locaux. Ceci contribue à créer une situation où la surenchère due à la concurrence est facilitée et où la pression exercée par la direction en faveur d’une négociation de concession se trouve renforcée.

À la lumière de ces observations tirées de la recherche, il se dégage des pistes de réflexion et des trajectoires possibles pouvant servir à des travaux subséquents sur les comités d’entreprise en général. Elles portent sur la nécessité d’aller au-delà d’un cas unique et simple, celui d’un rapport unidirectionnel entre une direction d’entreprise et un partenaire, au moment où l’on propose d’expliquer la capacité des comités à agir de façon efficace dans les cas de restructuration transnationale. Comme l’illustre cette étude de cas, la capacité d’agir efficacement des comités dépend aussi de la manière dont ils seront capables de déboucher sur des résultats qui seraient le fruit d’une certaine coordination. Cela dépend aussi du contexte. On observe des différences significatives entre les syndicats, les institutions de relations du travail et la stratégie transfrontalière des entreprises. D’autres recherches devraient étudier ces différences et évaluer leur impact sur la nature des facteurs qui exercent une influence sur les pratiques des comités. Ceci implique que, d’une manière plus générale, des recherches futures sur les comités devront s’accompagner d’une étude de l’influence du sommet vers la base des institutions à l’échelle européenne et d’approches qui se préoccupent de l’impact des effets de la base vers le sommet. Il ressort de ce raisonnement qu’il faut apprécier dans quelle mesure la capacité des syndicats européens d’utiliser à l’avenir les comités comme instrument d’influence sur la prise de décision des entreprises découlera d’un produit intégré de ces forces en présence.

Resumen

¿ Existe aún « la competencia entre regímenes » ?

Sindicatos y reestructuración multinacional en Europa

Este artículo estudia la respuesta sindical a los cambios transnacionales en las grandes corporaciones multinacionales en la industria automotriz de Europa. Se muestra cómo el uso de los Consejos laborales europeos (European Works Councils – EWCs) en tanto que foro de negociación a nivel europeo no contrarresta el esfuerzo de la dirección por fustigar los sindicatos, por ejemplo enfrentando los trabajadores entre ellos durante las negociaciones locales. Esto parece sugerir que el esfuerzo por establecer una red y coordinar entre representantes laborales y por negociar con la dirección a través los EWCs « activos » resulta inadecuado para controlar la competencia inter – sindical en caso de reestructuración transnacional. Por ende, los resultados de la investigación ilustran que es necesario un análisis del impacto de los acuerdos de nivel europeo en el plano local (la fabrica) a fin de evaluar la eficacia de los EWCs « activos » para forjar vínculos transversales supra-nacionales.