Accueil » 61-3 ( 2006) » Making a Difference: Knowledge Activism and Worker Representation in Joint OHS Committees

Making a Difference: Knowledge Activism and Worker Representation in Joint OHS Committees

Alan Hall, Anne Forrest, Alan Sears et Niki Carlan

Abstract

This article elaborates the concept of knowledge activism as a way of understanding effective health and safety representation within the current Ontario legal regime of internal responsibility. Based on interviews with unionized health and safety representatives in the auto industry, we suggest that knowledge activism is a form of political activism by worker health and safety representatives that is organized around the strategic collection and tactical use of technical, scientific and legal knowledge. We argue that knowledge activism is more effective with reference to larger scale changes in work processes, workplace organization and technologies, and with reference to occupational health issues. Knowledge activism is conceptualized as an effective adaptation to a legislative regime which involves worker representatives in decisions without providing substantive power or proactive enforcement support.

Résumé

L’activisme de la connaissance et la représentation des travailleurs sur les comités de santé et de sécurité au travail

Cet essai signale des occasions qui se présentent aux représentants syndicaux en matière de santé et de sécurité au travail d’améliorer leurs conditions de travail au sein du climat économico-politique actuel. Nous sommes d’accord avec ceux qui voudraient une meilleure protection étatique des droits des travailleurs, mais qui sont bien conscients que des changements de cette envergure sont peu probables dans le contexte de néo-libéralisme et de mondialisation actuel. Dans la même foulée, notre objectif consiste à identifier et à étudier des situations dans lesquelles les représentants des travailleurs et les comités mixtes ont pu réaliser des améliorations significatives des conditions de travail en dépit des limitations et des contraintes apparemment insurmontables. Notre but est donc de chercher à savoir pourquoi et comment quelques représentants des travailleurs ont réussi à apporter des améliorations significatives aux conditions de travail, alors que d’autres ont moins bien réussi.

Le cadre théorique se situe dans la perspective de la « politique de production », c’est-à-dire que nous étudions le recours stratégique aux appareils politiques de production par les parties dans la relation d’emploi (Burawoy, 1985; Russell, 1999; Walters, 1985). De nombreux chercheurs ont identifié les paramètres de l’efficacité des comités mixtes et de la représentativité des travailleurs, peu cependant ont analysé les façons concrètes dont les changements surviennent dans un contexte de production et de comités mixtes. Pour ce faire, nous étudions les politiques et les stratégies que mettent de l’avant les représentants syndicaux pour améliorer les conditions de travail, en tenant compte de la dynamique du pouvoir à laquelle ils font face sur le plancher de l’usine.

Nos données proviennent d’entrevues qualitatives menées auprès des représentants de travailleurs syndiqués dans vingt-sept usines de pièces d’automobiles de taille petite à moyenne (50–500 employés) et dans quatre usines d’assemblage de taille plus grande. Toutes les usines de notre échantillon étaient représentées par des sections locales des Travailleurs canadiens de l’automobile en Ontario et toutes les personnes interviewées avaient suivi une formation syndicale en santé et sécurité au travail. De plus, la plupart avaient bénéficié d’une formation additionnelle conçue pour des représentants désignés et certifiés sur les lieux de travail. Nous avons demandé aux participants de décrire comment ils identifiaient des enjeux en matière de santé et de sécurité, comment ils abordaient ces enjeux et ce qu’ils pensaient être en mesure d’instaurer à titre de changements. En posant ces questions, nous voulions comprendre les méthodes, les stratégies et les tactiques que les représentants des travailleurs identifiaient comme des approches propices aux changements. Les entrevues étaient semi-structurées, enregistrées sur bande et transcrites.

En nous basant sur ces données, nous avons conclu que certains représentants étaient plus efficaces que d’autres sur trois dimensions : 1) une préoccupation à l’endroit d’enjeux visibles et imminents en sécurité versus une attention plus large aux enjeux liés à la sécurité et à la santé au travail; 2) une attention centrée sur des enjeux de moindre importance ayant des effets limités sur la production ou les coûts versus des interventions à grande échelle, marquées par des différences au plan des coûts, du temps exigé pour effectuer des changements, un besoin de modifications d’ingénierie, ou bien une reconfiguration du processus de production; 3) enfin, un accent sur les enjeux de surface ou de conséquences au lieu de la recherche de causes fondamentales sous-jacentes. Les perceptions que les interviewés se faisaient de leur degré de succès nous informaient sur leur position dans l’échelle mais ne la déterminaient pas.

Notre distinction initiale entre les enjeux, les stratégies et les résultats nous a révélé la présence de deux grands types de représentation dans le domaine de la santé et de la sécurité : une représentation d’ordre juridique et technique (N = 10) et une autre que nous qualifions d’activisme politique (N = 20). Elles étaient détectables par le recours chez le premier type aux règles et aux procédures établies servant à identifier les dangers et, chez le second, par la volonté de questionner les exigences et les contraintes imposées par la direction. Cependant, au sein de ce dernier groupe, nous avons détecté un sous-groupe plus efficace dont l’engagement politique impliquait la collecte stratégique, l’emploi et le déploiement de connaissances. En les comparant à leurs collègues moins efficaces, les activistes maniant les connaissances (N = 11) étaient plus susceptibles de recueillir leur propre information, de faire valoir la connaissance qu’ont les travailleurs des conditions dangereuses, de mobiliser les collègues en vue d’appuyer leurs demandes de corrections et de proposer des solutions de rechange. Ils s’avéraient aussi de meilleurs agents de changement que les représentants du groupe des activistes ou du groupe du type technique-juridique.

Le contrôle des connaissances constituait le noyau de l’activisme de ces représentants et était la raison première de leur degré plus élevé de succès. Ils se rendaient compte que, comme travailleurs, ils avaient besoin de démontrer leur compétence en « faisant figure de ceux qui savent », ce qu’ils faisaient en identifiant et en documentant les dangers, recueillant de l’information chez des sources médicales et scientifiques, ou bien en recourant à des experts indépendants. Les activistes de la connaissance étaient remarquables par leur capacité de contestation par la persuasion et l’argumentation. Tout en ne fuyant pas les tactiques politiques ouvertes telle que la mobilisation des travailleurs pour se plaindre et refuser le travail dangereux, ou bien le recours à des inspecteurs du gouvernement, ils utilisaient ces instruments de façon sporadique et seulement en ajout à des cas bien argumentés et appuyés, portés à l’attention de la direction aussi bien au sein des comités mixtes qu’à l’extérieur. La reconnaissance par la direction que ces représentants pouvaient recourir à la pression de nature politique au besoin pouvait aider à expliquer la volonté de la compagnie d’écouter et d’agir en se fondant seulement sur la persuasion, mais il devenait aussi évident en se fiant aux comptes-rendus des représentants que ces derniers pouvaient voir la puissance légale et scientifique de leurs arguments comme une partie intégrale de leur capacité d’obtenir, même face au travailleur moyen, l’appui du syndicat ou de l’État.

Nous avons conceptualisé l’activisme de la connaissance comme une réponse évolutive aux conditions contraignantes auxquelles font face les représentants dans leurs efforts en vue d’apporter des changements. En d’autres termes, à l’intérieur de notre cadre de référence, l’activisme de la connaissance se visualise mieux quand il est conçu comme une adaptation du travailleur, balisée par les contraintes et les occasions enchâssées dans le contexte politique et économique actuel. Plus précisément, nous reconnaissons les limites des pouvoirs des comités reconnus par la loi et l’effet négatif de l’absence de sécurité d’emploi, mais nous soulignons aussi qu’il s’est produit un certain nombre de changements positifs, tels que de meilleurs réseaux de formation et l’accès à l’information en ligne qui sont venus améliorer la connaissance des travailleurs et faciliter l’accès à l’information. De plus, nous voyons certaines réformes dans la législation et son application, en plus des développements dans la gestion des entreprises comme facteurs pouvant bonifier la capacité d’un représentant d’utiliser ses connaissances et cette information d’une manière plus efficace. Nous soutenons que l’activisme de la connaissance peut être une réponse stratégique devant être encouragée et apprise et, dans la même foulée, nous signalons le besoin de développer des mécanismes syndicaux en vue d’appuyer cette forme de représentation.

Resumen

Marcando la diferencia

Activismo cognitivo y representación laboral en los comités conjuntos de salud y seguridad ocupacional

Este artículo elabora el concepto de activismo cognitivo como una manera de comprender la representación eficaz en salud y seguridad dentro del actual régimen legal de responsabilidad interna del Ontario. Basado en entrevistas con representantes sindicales de salud seguridad ocupacional de la industria automotriz, se sugiere que el activismo cognitivo es una forma de activismo político de parte de los representantes laborales en salud seguridad ocupacional, activismo que es organizado en torno a la recopilación estrategia y al uso táctico del conocimiento técnico, científico y legal. Se argumenta que el activismo cognitivo es mas eficaz con respecto a los cambios de mayor amplitud que afectan el proceso de trabajo, la organización del lugar de trabajo y la tecnología, y, igualmente, con respecto a las alternativas en salud ocupacional. El activismo cognitivo es conceptualizado como una adaptación eficaz a un régimen legislativo que implica los representantes laborales en las decisiones sin proporcionarles poder sustancial o capacidad de ejercicio proactivo.