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An Institutional Perspective on the Employment Position of Temporary Workers in the Netherlands

Jeroen P. de Jong, René Schalk et Tobias Goessling

Abstract

This article analyzes the complex employment position of temporary workers within organizations and on the labour market. Temporary employment is usually considered secondary to permanent employment. In recent years, the European Union and the Dutch government have attempted to change this situation by formulating several directives and labour laws. In this paper, we use institutional theory to discuss the institutional foundations and influences that shape the employment and labour-market conditions of temporary workers. The analysis shows that the core issues regarding temporary employment conditions include conflicting (legitimate) interests, socially constructed norms that favour permanent workers, and an uneven distribution of power. Our analysis further shows that institutional forces generate a structural justification for the disadvantaged position of temporary workers.

Résumé

Une perspective institutionnelle de la situation d’emploi des travailleurs temporaires aux Pays-Bas

Cet essai se veut une analyse de la situation d’emploi des travailleurs temporaires au sein des organisations et du marché du travail. Aux Pays-Bas, le travail temporaire s’est taillé une part considérable du marché du travail et près de quinze pourcent de tous les travailleurs hollandais occupent des emplois temporaires (par exemple, des emplois contractuels à durée déterminée et des emplois temporaires de sous-traitance). Cependant, l’emploi temporaire est considéré comme secondaire en regard de l’emploi permanent. Les conclusions de nos études qui comparent les travailleurs temporaires aux travailleurs permanents démontrent que les travailleurs temporaires gagnent des salaires plus faibles, ont accès à moins d’occasions de formation et reçoivent des avantages d’emploi moins nombreux que ceux qui ont des postes permanents. L’association de l’emploi secondaire au travail à court terme donne lieu à une sous-évaluation structurelle de l’emploi temporaire, quand on le place en regard de la norme de l’emploi permanent.

Dans cet essai, nous analysons les intérêts, les normes et le pouvoir des acteurs qui ont un rôle à jouer dans le domaine de l’emploi temporaire : les gouvernements, les syndicats, les entreprises d’embauche et les employés. La question principale de l’étude consiste à se demander comment des influences institutionnelles, formelles ou informelles, façonnent les conditions de travail et du marché du travail dans le domaine de l’emploi temporaire aux Pays-Bas.

La croissance des agences de travail temporaire et la manière dont l’emploi temporaire est devenu accessible par une adaptation des règles et des normes fournissent une illustration du processus par lequel le travail temporaire s’institutionnalise dans son rôle à titre d’emploi secondaire. Récemment, les droits fondamentaux des travailleurs temporaires sont devenus un enjeu principal dans les conflits du travail et les débats. En 1999, la Commission européenne a passé la résolution 70/CE, en complétant par le fait même la législation spéciale sur l’équité de traitement des travailleurs engagés pour une durée déterminée. Aux Pays-Bas, une loi s’appuyant sur la résolution de la Commission européenne a été adoptée en novembre 2002. Pour les travailleurs temporaires hollandais, cette loi venait étendre la protection existante contre un traitement inéquitable. La combinaison des incitations diverses (ou l’inverse) et leur interaction qui ressortent du cadre institutionnel et des intérêts légitimes, des besoins et des préférences des acteurs du système industriel façonnent l’appariement (ou l’absence d’appariement) des règles formelles et informelles. La partie analytique de cet essai aborde une discussion de l’alignement et de la légitimité des intérêts et des règles en opposition, et également des intérêts, du pouvoir et des normes qui influencent les acteurs individuels, incluant les gouvernements, les syndicats et les salariés.

Pour les gouvernements, la norme de non-discrimination a amené la mise en oeuvre de règles concernant la rémunération et les conditions de travail des travailleurs temporaires, de même que des règles élaborées de manière à améliorer la situation des travailleurs temporaires sur le marché du travail. Les salariés qui sont engagés dans des emplois temporaires sur une base structurelle et qui n’ont pas l’occasion de se déplacer vers un autre segment deviennent alors dépendants des aménagements temporaires qui s’en suivent pour leur emploi. Par contre, la flexibilité du travail est perçue comme nécessaire afin d’offrir des emplois de bas niveau qui deviennent des occasions pour les travailleurs d’intégrer ou de réintégrer la force de travail et d’acquérir de l’expérience et de l’expertise.

Pour les syndicats, le travail temporaire présente un défi. D’un côté, les travailleurs temporaires, dont la plupart ne sont pas syndiqués, peuvent être perçus comme des concurrents aux travailleurs permanents syndiqués. D’un autre côté, les travailleurs permanents peuvent bénéficier de la présence de travailleurs temporaires dans l’entreprise, dans des situations où ces derniers servent de tampons en fournissant ainsi une protection aux travailleurs permanents contre une éventuelle mise à pied. De plus, il s’est avéré difficile pour les syndicats d’organiser les travailleurs temporaires. Cette situation limite évidemment le pouvoir tacite de négociation et l’accès à des droits pour les travailleurs temporaires. Elle vient également limiter la capacité des syndicats de négocier des conditions de travail et d’emploi équitables.

Pour les entreprises qui engagent des travailleurs temporaires, le fait d’investir dans un niveau élevé de motivation et d’engagement a moins d’attrait. L’engagement de salariés temporaires demeure actuellement et avant tout une stratégie managériale visant à créer une population marginale, qui peut être utilisée dans la création d’une flexibilité numérique servant de tampon, protégeant l’emploi des travailleurs permanents, qui forment le noyau de la force de travail et servant aussi à réduire les coûts d’opération.

De manière générale, les salariés préfèrent des emplois stables. Cela s’explique en grande partie par le fait qu’ils croient que les emplois permanents procurent de plus grands avantages. Plusieurs travailleurs temporaires cherchent à accéder à des postes permanents en acceptant d’abord des emplois temporaires. Quoiqu’ils ne préfèrent pas nécessairement des emplois temporaires, ils optent délibérément pour de tels emplois qui présentent des occasions de permanence. L’aspect instrumental (ou marchepied) ne s’applique pas à l’ensemble de la main-d’oeuvre temporaire. Pour d’autres travailleurs, l’emploi temporaire peut s’avérer un piège. Pour eux, un traitement équitable pourrait améliorer leurs chances de bonifier leur capital humain et leur situation sur le marché du travail.

Pour tous les acteurs, trois types principaux d’influence peuvent être identifiés qui viennent en conflit avec la règle formelle d’un traitement équitable : la flexibilité de l’économie, la protection de la situation des travailleurs permanents et la mobilité du marché du travail. De plus, les intérêts conflictuels au sein des acteurs reposent principalement sur deux normes qui agissent en même temps : la protection des normes du travail permanent et la maximisation des profits et du bien-être. À cause d’une répartition déséquilibrée du pouvoir entre les syndicats et les salariés, d’une part, et des entreprises, d’autre part, le pouvoir d’améliorer la protection des travailleurs temporaires dépend largement du gouvernement, qui alors détient la clef de la mise en oeuvre d’un traitement équitable.

Les règles instituées par le gouvernement peuvent jouer un rôle dans la création d’avantages à long terme pour les travailleurs temporaires. Cependant, à cause des conflits institutionnels et inhérents au système eu égard à un traitement équitable, de telles mesures devraient se centrer sur l’amélioration de l’avenir à long terme des travailleurs temporaires plutôt qu’une bonification de la situation à court terme. Les politiques devraient se préoccuper avant tout de créer des débouchés plutôt que de promouvoir l’égalité.

Resumen

Una perspectiva institucional sobre la situación de empleo de los trabajadores temporales en los Países Bajos

Este artículo analiza la compleja posición de los trabajadores temporales en las organizaciones y en el mercado laboral. El empleo temporario es considerado usualmente como secundario respecto al empleo permanente. En los últimos años, la Unión Europea y el gobierno alemán han intentado cambiar esta situación formulando así diversas directivas y leyes laborales. En este documento, nosotros utilizamos la teoría institucional para discutir los fundamentos e influencias institucionales que configuran las condiciones de empleo y de mercado laboral de los trabajadores temporales. El análisis muestra que los aspectos centrales respecto a las condiciones del empleo temporario incluyen los intereses en conflicto (su legitimidad), las normas construidas socialmente que favorecen los trabajadores permanentes y cierta distribución irregular de poder. Nuestro análisis muestra más adelante que las fuerzas institucionales generan una justificación estructural de la posición desventajosa de los trabajadores temporales.