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Les identités professionnelles des mineurs d’uranium au prisme des transitions industrielles : du régime d’exception au repli identitaire

Sophie Breteshé et Sylvain Le Berre

Résumé

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Du point de vue théorique, l’article examine le rapport à l’identité professionnelle dans des contextes de mutations de la filière nucléaire, ce qui requiert un regard rétrospectif sur ces transformations. Par ailleurs, il contribue à la connaissance empirique de la filière uranifère qui est restée pendant de longues années un secteur marqué du sceau du secret militaire. Cet article, qui s’appuie sur une enquête auprès de deux générations de mineurs de l’uranium de l’ouest de la France et l’étude d’archives, analyse l’évolution des identités professionnelles des mineurs d’uranium depuis l’après-guerre jusqu’à la fermeture des mines dans les années 1990. En effet, l’histoire des mines d’uranium n’est pas linéaire et la « mise en intrigue » (Ricoeur, 1983) du passé s’est faite tardivement autour des déchets laissés par l’exploitation, mais en omettant le travail à proprement parler de la mine. Depuis les témoignages d’époque qui présentent l’exploration puis l’exploitation sur le mode du développement économique, en passant par la fermeture puis l’oubli des mines, jusqu’à la prise en compte récente des risques inhérents, l’histoire se révèle plurielle et fragmentée (Brunet, 2004). Ce problème de linéarité repose en partie sur les discontinuités induites à la fois par l’oubli et le travail de mémoire partiel, fait très récemment. À partir de la question de la genèse des identités des mineurs, cet article montre, depuis l’exploration en 1945 jusqu’à la fermeture des mines en 1990, l’évolution de trois éléments structurants de l’identité professionnelle : le contexte institutionnel, le rapport au travail et la nature des relations professionnelles. Si le cas de mineurs d’uranium pose avec force la question du maintien d’une identité dans des contextes de transformation de la filière nucléaire, il met en perspective le rôle des contextes institutionnels sur la nature des relations professionnelles.

Abstract

From a theoretical point of view, this article analyzes the evolution of the professional identity of uranium miners in the light of changes in the nuclear industry, which requires a longitudinal look at these transformations. Moreover, it contributes to empirical knowledge of the uranium industry, which for many years remained a sector marked by the seal of military secrecy. This article, which is based on a survey of two generations of uranium miners in western France, analyzes the evolution of the professional identities of uranium miners from the post-war period until the closure of the mines in the 1990s. In fact, the history of uranium mines is not linear and the “plotting” (Ricoeur, 1983) of the past took place late around the waste left by the exploitation but omitting the actual work of the mine. From the period testimonies that present exploration and then exploitation in terms of economic development, through the closure and then oblivion of mines, to the recent consideration of the inherent risks, history has proved to be plural and fragmented (Brunet, 2004). This problem of linearity rests partly on the discontinuities induced both by oblivion and the work of partial memory, which has been carried out very recently. Starting with the question of the genesis of miners’ identities, this article shows, from the exploration in 1945 until the closure of the mines in 1990, the evolution of three structuring elements of professional identity : the institutional context, the relationship to work and the nature of professional relations. If the case of uranium miners forcefully raises the question of the maintenance of an identity in contexts of transformation of the nuclear industry, it puts into perspective the role of institutional contexts on the nature of professional relations.