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Les intervenants sociaux à l’aune de la nouvelle gestion publique : difficultés émotionnelles, relations professionnelles sous tension et collectifs de travail fragilisés

Isabelle le Pain, Laurie Kirouac, Katharine Larose-Hébert et Dahlia Namian

Résumé

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L’article présente les résultats d’une étude qualitative menée auprès de 31 intervenants et intervenantes qui travaillent en protection de l’enfance au Québec. Elle porte sur les conséquences des difficultés émotionnelles des intervenants sur leurs relations avec les gestionnaires et les collègues de travail, dans le contexte de la réforme du réseau de la santé et des services sociaux (projet de loi 10). Les résultats montrent qu’une large majorité d’intervenants et intervenantes rapportent une ou plusieurs conséquences délétères dans les relations avec les gestionnaires (colère et frustration, méfiance à l’égard d’une possible instrumentalisation des difficultés émotionnelles, évitement et perte de confiance). Également, une proportion très significative d’entre eux font état de conséquences à l’échelle des relations avec les collègues de travail (isolement et retrait, effet boule de neige sur les collègues et l’équipe de travail et diminution de la collaboration et de l’entraide). L’analyse montre que l’intensification du travail et la dégradation des conditions de pratique des intervenantes et intervenants sociaux, qui ont résulté de la dernière réforme (projet de loi 10) instituée par le ministre Barrette (2013), ont significativement contribué à fragiliser les collectifs de travail. Ce faisant, les possibilités d’entraide et de coopération, pourtant nécessaires à la réalisation de leur mandat professionnel, ont tendance à s’effacer au profit d’une activité professionnelle pratiquée par des travailleuses et travailleurs isolés et en souffrance.

Abstract

Quebec’s child protection services were extensively restructured in the wake of the two latest reforms to the healthcare and social services system. Strongly inspired by the principles of new public management, the reforms, overseen successively by ministers Philippe Couillard (2004) and Gaétan Barrette (2013), were carried out to boost productivity and cut the costs of healthcare and social services. Today, studies show they also had several negative impacts on workers, notably in connection with the intensification of work and the degradation of working conditions. Analysis shows that the emotional difficulties of child protection workers are affecting their relationships on the job with managers and also with co-workers, the latter relationships being perceived as conflict-prone and lacking in cooperation and mutual assistance. This is typical of work groups that have become weaker and less able to protect worker health.