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Qualité du travail et de l’emploi et nature de la mobilité professionnelle : quels liens en France entre 2006 et 2010 à partir de l’enquête Santé et itinéraire professionnel ?

Camille Signoretto

Résumé

À partir de l’enquête Santé et itinéraire professionnel (SIP) retraçant la trajectoire de salariés français entre 2006 et 2010, cet article étudie les liens entre la qualité des conditions de travail et d’emploi, et la forme prise par la mobilité professionnelle : volontaire, subie ou négociée. D’un côté, les enquêtes sur les conditions de travail en France montrent que l’intensité du travail demeure à un niveau élevé, le travail répétitif augmente et l’autonomie des salariés diminue; et, de l’autre, les succès de la rupture conventionnelle — modalité de rupture négociée du contrat à durée indéterminée, introduite en 2008 —, et des plans de départs volontaires dans des entreprises en difficultés économiques, interrogent dans un contexte économique peu favorable ces dernières années. L’un des facteurs pouvant conduire un salarié à décider ou accepter de quitter son emploi peut alors renvoyer à la manière dont s’est déroulée cette relation d’emploi, et, en premier lieu, au niveau de qualité de ses conditions de travail.

Pour tester cette hypothèse, l’article propose, à l’aide de modélisations logistiques multinomiales, d’estimer les corrélations statistiques entre plusieurs indicateurs de conditions de travail et caractéristiques de l’emploi, et cinq types de mobilité (fin de contrat, licenciement, démission, rupture conventionnelle, autres).

Les résultats montrent une corrélation positive entre des conditions de travail difficiles et des départs négociés via la rupture conventionnelle, ainsi que subis via des licenciements et fins de contrat. Par ailleurs, de faibles salaires ou un temps partiel sont des caractéristiques de l’emploi reliées positivement avec les mobilités volontaires. Cela mène à trois conclusions : 1- la rupture conventionnelle constituerait une voie supplémentaire de sortie pour des salariés mécontents de leurs conditions de travail; 2- des conditions d’emplois peu favorables inciteraient les salariés à démissionner; et enfin, 3- certaines entreprises pratiqueraient des modes de gestion de la main-d’oeuvre peu soucieuses de la fidélisation des salariés, associant précarité du travail et précarité de l’emploi via les mobilités et non seulement le type d’emploi.

Mots-clés : conditions de travail, qualité de l’emploi, rupture conventionnelle, licenciement, enquête Santé et Itinéraire professionnel, SIP.

Abstract

Based on the French survey Santé et Itinéraire professionnel (SIP), which follows the career paths of employees between 2006 and 2010, this article deals with the relationships between the quality of working and employment conditions and the nature of job mobility, i.e. voluntary, negotiated or enforced. On the one hand, French working conditions surveys show that work intensity remains high, repetitive work has increased and the autonomy of employees has decreased. On the other, the success of the rupture conventionnelle—termination of the permanent contract by mutual agreement, introduced in 2008—and the “plans for voluntary departures” in firms in economic difficulties, raises questions in a recently depressed economic context. One of the factors that can lead an employee to decide or accept to leave his/her job can be linked to the nature of the employment relationship and, primarily, to the quality of working conditions.

To test this hypothesis, using multinomial logistic models, the article estimates correlations between several indicators of working conditions and employment characteristics, and five types of mobility (end of contract, dismissal, resignation, rupture conventionnelle, others).

Results show a positive correlation between difficult working conditions and negotiated departures via the rupture conventionnelle, as well as enforced departures through dismissals and end of contract. In addition, low wages or part-time work are employment characteristics positively correlated with voluntary mobility. This suggests three conclusion : 1- the rupture conventionnelle would be an additional “exit” for employees dissatisfied with their working conditions; 2- bad employment conditions would encourage employees to resign; and finally, 3- some firms would develop human resource management practices that are not concerned with employee loyalty, combining precarious working conditions and job insecurity through the type of mobility and not only the employment contracts.

Keywords: working conditions, job quality, rupture conventionnelle, dismissal, Santé et Itinéraire Professionnel Survey, SIP.