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Hommage à Jean Sexton (1946-2018) / A Tribute to Jean Sexton (1946-2018)

Pier-Luc Bilodeau et Jean Boivin

Résumé

C’est avec grande tristesse que nous avons récemment appris le décès de notre collègue et ami Jean Sexton, professeur émérite de l’Université Laval et directeur de Relations industrielles/Industrial Relations de 1991 à 2000, qui s’est éteint le 25 décembre dernier, à 72 ans. 

Neveu de Jean Marchand, qui fut président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 1961 à 1965, ce n’est sans doute pas une coïncidence si Jean Sexton décide d’entreprendre des études universitaires au Département des relations industrielles de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval au milieu des années 1960. Au terme de sa maîtrise, il prend la route d’Ithaca pour effectuer ses études de doctorat à l’Université Cornell où il soutiendra, en 1975, une thèse sur les fermetures d’usines et le reclassement de la main d’oeuvre. Puis, il reviendra à Québec pour intégrer le corps professoral de son alma mater.


D’abord responsable des cours de politique de main-oeuvre, Jean est surtout associé, depuis les années 1990, à l’enseignement des relations du travail, plus particulièrement de la négociation collective. En plus de ses activités d’enseignement, qu’il poursuivit pendant 33 ans, il fournit une contribution exceptionnelle à la vitalité du Département des relations industrielles, ce à bien des égards.

Dès le début de sa carrière universitaire, il s’associe étroitement aux travaux de son mentor Gérard Dion, premier professeur régulier du Département des relations industrielles et directeur-fondateur de la revue Relations industrielles/Industrial Relations. Au cours des décennies 1970 et 1980, Jean collabore de façon significative et assidue à la revue, que ce soit informellement ou à titre de directeur-adjoint. Il est donc la personne toute désignée pour en assumer la direction au décès de l’abbé Dion, en 1990. Lui et sa conjointe Claudine Leclerc, qui assume les fonctions de Responsable de l’édition de la revue depuis les années 1980, forment alors une équipe de rédaction d’une efficacité remarquable. 

Sa contribution à la communauté de la recherche en relations industrielles se traduit aussi par une participation aux comités de rédaction d’autres revues scientifiques internationales telles que le Industrial Relations Journal et Négociations. Il siège également aux comités exécutifs de l’Association canadienne des relations industrielles (1988-1989) et de l’Association internationale des relations professionnelles (1989-1995), après avoir présidé l’organisation du 1er Congrès régional des Amériques de cette association, en 1988. Tout au long de sa carrière, Jean s’implique aussi beaucoup dans l’organisation du Congrès des relations industrielles de l’Université Laval, un évènement qui se tient depuis 1946 et contribue grandement au rayonnement du Département au sein de la société québécoise et au-delà. Il est non seulement membre de nombreux comités organisateurs, mais il fait aussi preuve d’une grande disponibilité pour recruter des conférenciers chevronnés sur des sujets d’actualité, tout en y participant activement lui-même. Ces congrès annuels sont également l’occasion de remettre des bourses d’études financées par de généreux donateurs, que Jean sollicite avec constance et énergie. Il s’agit là d’une réalisation sans doute plus discrète, mais tout aussi importante pour la vie interne du Département.


En plus d’oeuvrer à la mise en valeur et à la diffusion du travail de ses collègues, Jean publie, seul ou en collaboration, une soixantaine d’ouvrages, articles, chapitres et rapports de recherche, en plus de présenter de nombreuses communications sur les relations du travail et les politiques publiques de l’emploi. Il s’associe également au Dictionnaire canadien des relations du travail de Gérard Dion, publié en 1976 et réédité en 1986.

Hors des murs de l’université, Jean Sexton est connu, et reconnu, pour son travail d’arbitre de griefs et de différends, mais aussi, et peut-être surtout, pour sa connaissance approfondie de l’industrie de la construction, un secteur d’activité qu’il adore et considère mal connu ou méconnu. Impliqué dès 1967-1968, à titre d’assistant de recherche dans la préparation du volume dirigé par H. Carl Goldenberg et John Crispo sur les relations du travail dans la construction au Canada, c’est lors de sa participation à l’équipe de recherche de la Commission sur l’exercice de la liberté syndicale dans l’industrie de la construction (Commission Cliche), en 1974-1975, que naît sa passion pour le secteur. Au cours des décennies suivantes, il cumule ainsi les mandats de conseiller auprès du ministère du Travail, et de membre de nombreux comités d’experts et commissions d’enquête (Picard-Sexton, en 1989-1990 et Gaspésia, en 2004-2005), en plus de publier sur l’enjeu de la sécurité d’emploi et du revenu des travailleurs de cette industrie. Son expertise est aussi reconnue à l’extérieur du Québec, ce qui l’amène, notamment, à participer aux travaux sur l’industrie de la construction de la New York State Organized Crime Task Force (1987-1988).

Enseignant passionné, superviseur exigeant, lecteur redoutable, observateur attentif et conseiller avisé, Jean Sexton a été l’incarnation de la figure de l’universitaire-praticien : grand professeur et véritable artisan des relations du travail. Cette contribution a d’ailleurs été reconnue, depuis sa retraite, par l’Association canadienne des relations industrielles (Prix Gérard-Dion 2006), la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval (Médaille Georges-Henri-Lévesque 2013) et par l’Université Laval (professeur émérite 2015). Sur un plan plus personnel, Jean a toujours été fier de ses origines irlandaises et du fait qu’il était issu d’un quartier ouvrier de la ville de Québec. Souvent vêtu de vert et arborant parfois le trèfle à quatre feuilles sur un vêtement, il donnait aussi ses cours avec un crayon à mine sur l’oreille, par solidarité avec les gens de la construction qu’il côtoyait régulièrement.

Outre sa rigueur, son bon jugement et son érudition, c’est également pour son humanisme et sa personnalité colorée qu’il manquera à ses nombreux amis et anciens étudiants.

Pier-Luc Bilodeau, professeur
Jean Boivin, professeur retraité
Département des relations industrielles, Université Laval

Abstract

It is with great sadness that we recently learned of the death of our colleague and friend Jean Sexton, Professor Emeritus at Université Laval and Editor of Relations industrielles/Industrial Relations from 1991 to 2000, who passed away on December 25, 2018 at the age of 72. 

Nephew of Jean Marchand, who was president of the Confederation of National Trade Unions (Confédération des syndicats nationaux-CSN) from 1961 to 1965, it is probably no coincidence that Jean Sexton decided to undertake his studies in the Department of Industrial Relations of the Faculty of Social Sciences at Université Laval in the mid-1960s. At the end of his master’s degree, he took the road to Ithaca to pursue his doctoral studies at Cornell University where, in 1975, he defended his thesis on factory closures and the reclassification of the workforce. Following this, he returned to Quebec City to join the faculty of his alma mater

Being initially responsible for courses on labour policy, since the 1990s, Jean was above all associated with the teaching of labour relations, particularly collective bargaining. In addition to his teaching activities, in which he was involved for 33 years, he made an outstanding contribution to the vitality of the Department of Industrial Relations in many ways. 

From the beginning of his academic career, his work was closely associated with that of his mentor, Gérard Dion, the first professor in the Department of Industrial Relations and the founding editor of Relations industrielles/Industrial Relations. During the 1970s and 1980s, Jean collaborated significantly and diligently at the journal, either informally or as assistant editor. He was, therefore, the ideal person to assume the editorship after the death of Abbé Dion in 1990. He and his wife, Claudine Leclerc, who assumed the role of Managing Editor at the journal since the 1980’s, formed a remarkably effective editorial team.

His contribution to the industrial relations research community was also reflected in his participation on the editorial boards of other international journals such as Industrial Relations Journal and Négociations. He also sat on the executive committees of the Canadian Industrial Relations Association (1988-1989) and the International Industrial Relations Association (1989-1995), after having presided over the organization of this Association’s first Regional Conference of the Americas in 1988. Throughout his career, Jean was also very involved in the organization of the Industrial Relations Convention (Congrès des relations industrielles) at Université Laval, an event held since 1946 that greatly contributes to the profile of the Department within the province of Quebec and beyond. He was not only a member of numerous organizing committees, but was also very willing to recruit expert speakers on current topics, while being a very active conference participant himself. These annual conferences are also an opportunity to award scholarships financed by generous donors, which Jean constantly and energetically solicited. This was undoubtedly a more discreet, yet equally important contribution to the internal life of the Department.

In addition to promoting and diffusing the work of his colleagues, Jean published, either alone or in collaboration, some sixty books, articles, chapters and research reports, as well as presenting numerous papers on industrial relations and labour policies. He is also associated with Gérard Dion’s Canadian Dictionary of Labour Relations, published in 1976 and reissued in 1986. 

Beyond the walls of the university, Jean Sexton was known and recognized for his work as a grievance and interest arbitrator and, perhaps more importantly, for his deep knowledge of the construction industry, a sector that he adored and considered to be poorly understood. Involved as a research assistant in 1967-1968 in the preparation of the book edited by H. Carl Goldenberg and John Crispo on labour relations in the construction industry in Canada, it was during his participation in the research team of the Commission investigating the exercise of trade-union freedom in Quebec’s construction industry (Commission Cliche) in 1974-1975 that his passion for the sector was born. Over the following decades, he worked as an advisor to the Ministry of Labour and as a member of numerous expert committees and commissions of inquiry (Picard-Sexton, in 1989-1990 and Gaspésia, in 2004-2005), as well as publishing on the issues of job security and the income of workers in this industry. His expertise was also recognized outside of Quebec, which led him to participate in the work of the New York State Organized Crime Task Force on the construction industry (1987-1988).

A passionate teacher, a demanding supervisor, a formidable reader, a keen observer and a wise advisor, Jean Sexton was the epitome of the scholar-practitioner: an esteemed professor and a true artisan of industrial relations. This contribution has been recognized since his retirement by the Canadian Industrial Relations Association (Gérard-Dion Award, 2006), the Faculty of Social Sciences at Université Laval (Georges-Henri-Lévesque Medal, 2013) and by Université Laval (Professor Emeritus, 2015).

On a more personal level, Jean was always proud of his Irish origins and the fact that he came from a working-class neighbourhood in Quebec City. Often dressed in green and sometimes sporting a four-leaf clover, he also gave his lessons with a pencil behind the ear, in solidarity with the people in construction with whom he was in regular contact. In addition to his rigour, his good judgment and his erudition, it is also for his humanity and colourful personality that he will be missed by his many friends and former students.

Pier-Luc Bilodeau, professor
Jean Boivin, retired professor
Department of Industrial Relations, Université Laval