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Union Discourse and Perceived Violation of Contract: A Social Contract-Based Approach

Dominique Peyrat-Guillard

Abstract

This article proposes a study of the violation of contract process through a case study. The study is based on a discourse of the union, SUD Michelin, which is contrasted both with those of another union, the CFE-CGC Michelin and of the senior management of the corporation. The results highlight the possibility of applying Morrison and Robinson’s (1997) Psychological Contract Violation model at the social contract level. The emotional reactions appearing in the literature, which are associated with contract violations, can be seen in the union discourse of the SUD. The other union does not perceive any breach of contract. These differences may be attributed to the very nature of social contracts—relational in the first case, and more balanced in the second.

Résumé

Discours syndical et perception d’une violation de contrat

Une approche par le contrat social

La relation d’emploi est affectée par les politiques de gestion des ressources humaines des grandes entreprises qui, en conduisant des restructurations, multiplient les cas de rupture et de violation du contrat psychologique. On peut en fait distinguer quatre types de contrat qui sont présentés. Le contrat psychologique se situe au niveau individuel. Il repose sur l’expérience directe de l’individu. Il est donc idiosyncrasique. Le contrat normatif relie les individus et leur donne une compréhension commune des évènements. Le contrat tacite fait référence aux observateurs extérieurs qui interprètent les contrats que d’autres ont conclu. Enfin, le contrat social représente le contexte sociétal qui permet de comprendre les contrats psychologiques individuels. Les influences entre ces différents types de contrat sont multiples. Les contrats psychologiques sont enracinés dans des principes universels compatibles avec la perspective du contrat social tandis que les contrats psychologiques contribuent à construire le contrat normatif et le contrat social. En étudiant le discours syndical, nous proposons une approche par le contrat social. En effet, le discours du syndicat d’une entreprise est aussi le reflet du discours plus général des syndicats dans la société. La vision idéalisée des relations (contrat social) est véhiculée notamment par le discours syndical et peut avoir une influence sur le contrat normatif et le contrat psychologique. La nature de ces contrats peut être transactionnelle (fondée sur l’échange économique) ou relationnelle (échange social). La nature de l’échange économique est spécifiée, tandis que celle de l’échange social ne l’est pas, ce qui confère un rôle important à la confiance dans ce dernier type d’échange, sachant que les deux termes transactionnel et relationnel peuvent être considérés comme aux deux extrémités d’un continuum contractuel.

Nous faisons l’hypothèse que le processus de violation de contrat, qui a été étudié au niveau du contrat psychologique, peut être transposé au niveau du contrat social. Ce processus, qui permet de distinguer la rupture de la violation de contrat, est présenté. La rupture du contrat intervient lorsqu’un employé perçoit que l’organisation a échoué dans l’accomplissement d’une ou de plusieurs obligations qui avaient fait l’objet d’une promesse préalable. Lorsque ces perceptions entraînent des réactions émotionnelles intenses, on parlera de violation de contrat. À partir des travaux sur les syndicats, les quatre réponses possibles à une violation de contrat sont examinées. L’option « exit » consiste pour les membres d’une organisation à la quitter, tandis que l’option « voice » se traduit par l’expression de l’insatisfaction directement auprès de la direction. Le silence est une forme de non-réponse. Il peut impliquer le pessimisme, le fait de croire qu’il n’y a pas d’alternatives crédibles. Mais le silence peut aussi être l’expression de la loyauté, « loyalty », le fait d’être optimiste et d’attendre que les conditions s’améliorent. Le manquement ou le désintérêt, « neglect », est une forme de réponse complexe. Elle peut inclure le fait de manquer à ses devoirs ou même correspondre à des comportements contreproductifs.

La partie empirique repose sur l’analyse du cas de l’entreprise Michelin, géant mondial du pneumatique. L’analyse est fondée sur le discours du syndicat SUD-Michelin, organisation qui s’inscrit dans la mouvance contestataire du paysage syndical français. Ce discours est mis en parallèle à la fois avec le discours d’un autre syndicat, la CFE-CGC Michelin, qui a un positionnement très éloigné, réformiste, et avec celui de la direction de cette entreprise. L’analyse documentaire porte sur l’ensemble des tracts diffusés en 2005, 2006 et au début de l’année 2007 par ces deux centrales syndicales, ainsi que sur un rapport d’activité de l’entreprise couvrant la même période. L’analyse statistique des données textuelles, à l’aide du logiciel WordMapper, a été utilisée en appui pour opérer une fouille approfondie des documents. Cette méthode a permis d’identifier les différents thèmes et sous-thèmes présents dans les documents analysés et a conduit à une focalisation sur un événement particulièrement important dans le discours du syndicat SUD : la restructuration de l’usine Michelin de Poitiers (France, département de la Vienne). Cet outil d’analyse textuelle a également permis la recherche des mots « signifiants », reflétant des réactions émotionnelles. Le champ sémantique de ces mots, qui renvoyait presque toujours à l’usine de Poitiers, a permis de mettre au jour des éléments relevant du processus de comparaison et du processus d’interprétation de la rupture puis de la violation du contrat. L’étude approfondie des tracts de SUD-Michelin fait apparaître une perception de violation de contrat qui est présentée en prenant appui sur des extraits de tracts. L’analyse intègre la chronologie des évènements et permet ainsi de faire apparaître la progressivité du processus de rupture du contrat. Les résultats soulignent la transposition possible du modèle de violation du contrat psychologique de Morrison et Robinson (1997) au niveau du contrat social. La violation de contrat n’est pas perçue par le syndicat CFE-CGC qui tient un discours plus proche de celui de la direction, conforme à son positionnement réformiste dans le paysage syndical français et aux résultats obtenus sur des corpus de discours syndicaux. Ces différences peuvent être expliquées par la nature du contrat social. Le contrat social du syndicat SUD-Michelin est relationnel, centré sur la sécurité de l’emploi. Le contrat social de la CFE-CGC semble moins relationnel, plus équilibré. Les spécificités positives (mots sur-employés) et les spécificités négatives (mots sous-employés) montrent que les différences de discours entre les syndicats au niveau de l’entreprise reflètent plus largement leurs différences de discours au niveau national. Ces éléments mettent en évidence le fait que le discours dépend du contrat social et peut contribuer à construire un contrat normatif qui pourra avoir une influence sur le contrat psychologique.

Resumen

Discurso sindical y percepción de una violación de contrato

Un enfoque según el contrato social

Este artículo propone estudiar el proceso de violación de contrato a través de un estudio de caso. El análisis se basa en el discurso del sindicato Sud Michelin, que es visto en paralelo a la vez al discurso de otro sindicato, la CFE-CGC Michelin y al de la Dirección de esta empresa. Los resultados enfatizan la transposición posible del modelo de violación del contrato sicológico de Morrison y Robison (1997) a nivel del contrato social. Las reacciones emocionales asociadas en la literatura a la violación de contrato se encuentran en el discurso sindical Sud. La violación de contrato no es percibida por el otro sindicato. Estas diferencias pueden ser explicadas por la naturaleza del contrato social, relacional en el primer caso, más equilibrada en el segundo caso.