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Income Growth of New Immigrants in Canada: Evidence from the Survey of Labour and Income Dynamics

Rupa Banerjee

Abstract

The present study examines the income growth of newly arrived immigrants in Canada using growth curve modeling of longitudinal data. The results from this study indicate that recent immigrants, regardless of visible minority status, face initial earnings disadvantage. However, while immigrants of European origins experience a period of “catch up” early in their Canadian careers, which allows them to overcome this earnings disadvantage, visible minority immigrants do not enjoy such a catch-up. This racial difference in recent immigrants’ income growth is found to be caused by the fact that visible minority immigrants receive lower returns to education, work experience and unionization. Furthermore, visible minority recent immigrants face greater penalties for speaking a non-official first language than do their white counterparts.

Keywords: immigration, visible minority, wages, labour market, SLID

Résumé

La croissance du revenu chez les nouveaux immigrants au Canada : ce que l’Enquête sur la dynamique du travail et du revenu révèle

Au cours de la dernière décennie, des études ont démontré que les immigrants entrés au Canada après les années 1970 ont fait face à des inconvénients plus grands sur le marché du travail que les cohortes antérieures (Bloom et Gunderson, 1991; Baker et Benjamin, 1994; Bloom, Grenier et Gunderson, 1995). Deux facteurs importants contribuent au succès des nouveaux immigrants sur le marché du travail. Le premier est leur niveau de rémunération au début de leur carrière au Canada et le deuxième est leur habileté à rattraper avec le temps les salaires de leurs homonymes nés au pays. Puisqu’on sait que les nouveaux immigrants débutent leur carrière au Canada à un salaire plus bas que leurs homonymes nés au pays, la croissance de leur rémunération plus élevée que la moyenne au cours des premières années de leur séjour semble cruciale pour eux s’ils veulent atteindre la parité avec les Canadiens nés ici.

Les immigrants récemment arrivés peuvent s’attendre à une croissance de leur rémunération plus élevée que celle de leurs homonymes nés au pays pour plusieurs raisons. Premièrement, les nouveaux immigrants investissent dans leur capital humain par le biais d’une formation institutionnelle, un apprentissage de la langue, la constitution d’un réseau social, etc. En ce faisant, ils améliorent leur connaissance et leur compréhension du marché du travail local (Borjas, 1994; Chiswick et Miller, 1994; Duleep et Regets, 1999; Friedberg, 2000; Bratsberg et Ragan, 2002). Deuxièmement, plusieurs nouveaux immigrants peuvent se retrouver sans emploi au cours de leur première année au Canada (Chiswick et Miller, 2007). Au fur et à mesure que les nouveaux immigrants acquièrent une expérience particulière au Canada et que les employeurs reconnaissent leurs habiletés et leurs aptitudes, ils vont possiblement obtenir des emplois qui conviennent à leurs capacités; ils vont aussi connaître une croissance rapide de leur rémunération. Quoique les nouveaux immigrants puissent s’attendre à une augmentation de leur revenu plus élevée que la majorité de ceux qui sont nés ici, le statut de minorité visible peut en retour entraîner une diminution de la croissance du revenu chez eux. Presque toutes les études faites sur les gains des immigrants au Canada ont démontré que les immigrants, qui ne sont pas d’origine européenne, doivent faire face à des inconvénients plus grands sur le marché du travail que ceux qui le sont. Cela peut être attribuable à leur formation ou à leur expérience qui serait de moindre qualité, ou bien à des difficultés plus grandes au plan de l’usage de langue officielle, ou encore au comportement discriminatoire des employeurs.

Jusqu’à maintenant, la plupart des études sur la progression des gains chez les immigrants étaient basées sur des données provenant d’un croisement de profils. Dans ces études, la progression des gains futurs des nouveaux immigrants est évaluée en partant des profils de gains de cohortes antérieures d’immigrants. C’est une méthodologie qui a fait l’objet de critiques puisque ces profils ou tendances peuvent bien ne pas refléter dans l’avenir la progression des gains attendue chez les nouveaux immigrants (Borjas, 1985). Un autre inconvénient inhérent à l’emploi de profils croisés de données réside dans le fait qu’on ne peut pas apporter des corrections pour tenir compte de l’hétérogénéité individuelle inobservée, cette dernière pouvant générer des résultats biaisés (Hum et Simpson, 2000). À cette fin, la présente étude retient l’enquête longitudinale de Statistique Canada sur la dynamique du travail et du revenu (EDTR) (1999-2004), afin de vérifier si les nouveaux immigrants connaissent ou non une période de croissance accélérée de leurs gains ou s’ils effectuent un rattrapage dès le début de leur emploi au Canada. Cette étude veut aussi vérifier si le statut de minorité visible exerce une influence sur la croissance des gains des nouveaux immigrants. Enfin, elle veut également identifier les facteurs qui affectent la progression des gains chez les nouveaux immigrants.

La variable résultante soumise à l’analyse est bien celle du revenu d’emploi. La variable principale explicative reflète le statut d’immigrant et de minorité visible. Puisque les immigrants récents (ceux qui sont au Canada depuis dix ans ou moins) font l’objet de cette étude, ce groupe est plus particulièrement analysé. Étant donné le caractère longitudinal des données, des calculs de régression selon la méthode habituelle des moindres carrés (OLS) n’est pas approprié ici. Par conséquent, les analyses effectuées ici utilisent une modélisation de la courbe de croissance. C’est une variante du modèle linéaire hiérarchique ou à niveau multiple, qui reconnaît et tient compte de la nature dissimulée des données longitudinales (Raudenbush et Bryk, 2002).

Les conclusions tirées de cette étude montrent qu’après avoir maintenu constants d’autres facteurs influençant la détermination des salaires, à la fois les immigrants récents de race blanche et ceux venant d’une minorité visible rencontrent des inconvénients majeurs au plan de leurs gains initiaux au cours de la première année de l’étude. Cependant, les immigrants récents de race blanche réussissent à surmonter un désavantage initial par le moyen d’une croissance accélérée de leur revenu. De fait, ces personnes connaissent une croissance de leur revenu annuel d’un pourcentage de 4,1 % plus élevé que des Canadiens nés au pays de race blanche. Les immigrants issus d’une minorité visible ne connaissent pas pour autant une croissance accélérée de leur revenu si on les considère au regard de leur groupe de référence. À la fin de la période de l’enquête, les immigrants récents de race blanche ont presque rattrapé le niveau de gains de leurs homonymes nés au pays, mais le décalage des gains demeure inchangé chez les immigrants récents issus d’une minorité visible.

De plus, pour apprécier l’influence des facteurs qui contribuent à un désavantage que rencontrent les immigrants récents, des modèles de croissance de revenu sont opérationnalisés de manière séparée : les immigrants récents venant d’une minorité visible, les immigrants récents de race blanche et pour des Canadiens nés au pays. Cette opération permet de conclure que, lorsque les années d’expérience exercent une influence semblable sur le revenu de tous les groupes, les immigrants récents issus d’une minorité visible sont rémunérés moins pour chaque année de leur expérience de travail que les deux groupes de race blanche. Une scolarité de niveau post-secondaire n’est pas appréciée à son mérite dans le cas des immigrants récents, plus particulièrement chez les immigrants récents issus d’une minorité visible. La syndicalisation apparaît comme un autre facteur qui semble affecter d’une manière différente les immigrants récents de race blanche et ceux issus d’une minorité visible. Alors que des immigrants récents issus d’une minorité visible retirent moins d’avantages de la syndicalisation que les Canadiens nés au pays de race blanche, les immigrants récents de race blanche semblent en retirer plus. Enfin, le fait de parler une première langue ayant un statut non officiel (autre que l’anglais et le français) a un impact différent pour chaque groupe. Lorsqu’une première langue non officielle apporte une légère amélioration du revenu annuel des Canadiens de race blanche nés au pays, elle a des effets néfastes sur le revenu des immigrants récents. Une première langue non officielle entraîne spécialement des inconvénients pour les immigrants issus d’une minorité visible.

Plusieurs études récentes ont analysé des profils croisés de données afin de vérifier les salaires d’entrée des immigrants et d’apprécier leur capacité à atteindre la parité avec des travailleurs comparables nés au pays. Cependant, très peu d’études ont retenu des données longitudinales et des instruments qui permettent de comparer directement la croissance des revenus des immigrants récents à ceux des travailleurs nés au pays sur une période de temps. À titre de premier essai, cette étude vient démontrer que les immigrants récents, plus particulièrement ceux issus de minorités visibles, doivent en effet faire face à des obstacles majeurs dans leur combat pour s’intégrer et réussir.

Mots-clés : immigration, minorité visible, salaires, marché du travail, EDTR

Resumen

Crecimiento del ingreso de los nuevos inmigrantes en Canadá: evidencia a partir de la Encuesta sobre la dinámica de la fuerza laboral y el ingreso

El presente estudio examina el incremento del ingreso de los inmigrantes recientemente llegados a Canadá y utiliza para ello una modelización de la curva de incremento a partir de datos longitudinales. Los resultados de este estudio indican que los inmigrantes recientes, sin tener en cuenta su estatuto de minoría visible, enfrentan una desventaja inicial de remuneración. Sin embargo, los inmigrantes de origen europeo experimentan un periodo de “nivelación” más temprano en sus carreras canadienses, lo cual les permite superar esta desventaja remunerativa, mientras que los inmigrantes identificados como minoría visible no disfrutan de tal “nivelación”. Esta diferencia racial en los ingresos de los inmigrantes recientes es explicada de manera confirmatoria por el hecho que los inmigrantes de minorías visibles reciben una compensación más baja a la educación, la experiencia de trabajo y la sindicalización. Es más, los inmigrantes recientes identificados como minoría visible enfrentan más grandes penalidades del hecho que su primer idioma no sea el idioma oficial como es el caso de la contraparte de raza blanca.

Palabras claves: inmigración, minoría visible, salarios, mercado de trabajo, SLID