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Comparative Aspects of Labor Movements

Rodney F. White

Abstract

Although the volume of research in the labor field is increasing all the time, there is a pressing need for more studies using a comparative approach. In this article the author outlines what he considers to be a useful framework for making comparative studies of labor movements and illustrates it by applying it to an analysis of the American labor movement with some suggestions as to its application in other countries.

Résumé

Aspects comparatifs des mouvements ouvriers

La façon la plus logique d'aborder une étude comparative des mouvements ouvriers est de considérer ces derniers comme un aspect du mouvement social, et d'utiliser comme base d'analyse un code théorique destiné à l'étude des mouvements sociaux en général. Plusieurs de ces cadres ont déjà été présentés, mais ils s'appliquent difficilement aux mouvements sociaux actuels. Le cadre que nous utiliserons est plutôt basé sur l'évolution historique de ces mouvements, et nous ne prétendons pas qu'il soit universel.

LES MOUVEMENTS SOCIAUX EN GÉNÉRAL

Pour les sociologues, les mouvements sociaux sont une forme d'un comportement collectif qui cherche à changer l'ordre social existant. Au début ils sont pauvrement organisés, et leurs activités se situent à un niveau élémentaire. A mesure qu'ils se développent, ils deviennent mieux dirigés, mieux organisés, et leurs buts et leurs valeurs sont mieux définis. De plus, ils s'imprègnent d'une idéologie, leurs membres ont leur identification propre, et ils s'orientent vers une forme quelconque d'action.

Ces mouvements sociaux sont influencés dans leur nature et leur développement par une variété d'autres facteurs sociaux et culturels tels que les caractéristiques démographiques de la société dans laquelle ils apparaissent ainsi que par la « cultural ethos » de celle-ci.

MOUVEMENTS OUVRTERS COMME MOUVEMENTS SOCIAUX

Comme mouvements sociaux généraux, les mouvements ouvriers tendent à évoluer en réponse à un changement graduel du « sacré » au « profane » des structures des valeurs de leurs sociétés. Leur apparition est entièrement liée à la révolution industrielle et à l'essor du capitalisme moderne caractérisé par la division du travail et l'apparition du système de la manufacture. Au début, ils sont inorganisés, sans chefs et sans membres déterminés.

Les mouvements ouvriers naquirent de l'instabilité générale causée par l'industrialisation. Leur idéologie dépend de la hiérarchie des valeurs qui existait au pays lors de l'industrialisation ainsi que de l'arrière plan historique qui précédèrent ce développement.

LE MOUVEMENT OUVRIER AMÉRICAIN

a) Développement historique. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que le mouvement ouvrier américain apparût comme mouvement social spécifique, mais son développement le plus significatif se fit vers les années 1930. Avant cette époque, son développement fut lent et spasmodique, puis, à la suite de la dépression et d'une législation favorable, il prit une importance considérable.

Aujourd'hui, les unions sont des institutions acceptées par tous les secteurs de la société, y compris la direction d'entreprises, et elles ont largement contribué à améliorer le fonctionnement des entreprises elles-mêmes.

b) Environnement socio-culturel. Le mouvement ouvrier américain a été fortement influencé par les caractéristiques sociales et économiques de la communauté américaine ainsi que par son système de valeurs.

Les États-Unis forment un pays grand, neuf, isolé et riche en ressources naturelles. Son potentiel économique est considérable et sa population s'est accrue rapidement en peu de temps. Il devint indépendant très tôt et son gouvernement est fortement démocratique. La majorité des travailleurs sont des employés dont l'origine, le milieu et la culture sont très diversifiés. Le standard de vie s'est accru constamment pour la majorité de la population.

Le système de croyances de la société s'appuie sur les principes de l'« éthique » protestante. Tous ont une chance égale et le système de classe n'existe pas. L'immigration a fourni continuellement des recrues au bas de l'échelle occupationnelle. Enfin, l'orientation pragmatique des unions vint de la société dans laquelle elles évoluaient.

c) Objectifs et idéologie du mouvement. Le mouvement ouvrier américain en est un de réforme, et il s'est employé à changer certains aspects du système sans chercher à reconstruire l'ordre social dans son entier. Quoiqu'il accepte le système de la libre entreprise, il s'est surtout appliqué à protester contre certaines de ses caractéristiques et à manifester contre la plupart de ses « modus operandi ».

La philosophie de la majorité des dirigeants du mouvement ouvrier est essentiellement pragmatique, et, pour eux, il est important de diriger l'union comme on dirige une entreprise. Les membres appuient cette philosophie parce qu'ils veulent réaffermir leur position dans leurs négociations et qu'ils croient que les unions sont des mécanismes capables d'atteindre ce but. Les moyens utilisés par les dirigeants syndicaux pour satisfaire les membres sont le contrôle des tâches et le maintien des conditions permettant une négociation véritablement collective.

Les unions ont aussi des objectifs plus généraux et une idéologie sociale. Les besoins sociaux, psychologiques et économiques des ouvriers ont priorité sur la productivité accrue et l'expansion de l'entreprise.

Quant à leurs activités politiques, les unions prenaient une attitude de laissez-faire à l'égard du Gouvernement, mais, en se développant, elles ont trouvé nécessaire de s'engager dans des activités politiques pour présenter les conditions favorables à leurs opérations. Mais leurs intérêts et leur philosophie ne sont pas assez différents des autres groupes pour former un parti politique ouvrier.

Leur contribution la plus significative fut dans le relèvement du status, du respect personnel et de l'indépendance des travailleurs, et dans leur influence sur l'opinion publique.

d) Les membres. Les organisations ouvrières se sont développées considérablement depuis les années 30. Les premiers membres venaient de métiers très spécialisés, puis s'organisèrent les moins spécialisés et finalement les non-spécialisés. Les membres sont généralement à l'aise et ont une bonne éducation.

e) Les dirigeants. Au début, les dirigeants étaient idéalistes, souvent socialistes dans leurs croyances et militants dans leur approche. Ils sont maintenant conservateurs dans leurs points de vue et ont une orientation pragmatique. Ils s'identifient avec les problèmes des ouvriers.

Les dirigeants tendent à être choisis plus jeunes, mieux éduqués, avec des aptitudes plus « professionnelles »; et le fait que l'autorité se centralise et que les décisions se prennent à des échelons supérieurs ont amélioré leur sélection.

f ) Organisation et tactiques. Les efforts des unions se sont surtout centralisés sur les relations patronales-ouvrières. Le passage de l'antagonisme à la négociation collective s'est fait selon un processus d'accommodation dans lequel les ajustements sociaux ont été appliqués à une situation de conflit.

Une tactique générale utilisée par les ouvriers a été de réduire le domaine des prérogatives patronales et d'incorporer dans le secteur de la négociation phis d'aspects des relations du travail.

Quoiqu'il existe certains problèmes qui touchent de près les dirigeants ouvriers, les membres deviennent plus apathiques maintenant que les conflits se règlent souvent sur une base industrielle, que les négociations se font selon un mode défini et que la direction s'occupe de faire adhérer les membres et retient les cotisations.

On constate une plus grande participation des unions à la chose politique et on peut se demander où elles s'orientent une fois atteint le stage de l'institutionnalisation.

APPLICATION AUX AUTRES MOUVEMENTS OUVRIERS

a) Environnement socio-culturel. Parmi les facteurs sociaux et culturels susceptibles d'affecter le caractère du mouvement ouvrier d'un pays, il y a la nature de l'économie, le système politique, le système social y compris le système de stratification, la structure de la famille et de la parenté, la hiérarchie des valeurs de la société et l'influence étrangère.

b) Objectifs et idéologie. Le caractère du mouvement ouvrier sera différent selon que ses buts seront ou l'amélioration des conditions de travail des employés à gages, ou d'ordre politique. Ceci en retour sera déterminé en grande partie par le mode de relations développées entre les organisations ouvrières du pays et le gouvernement, les partis politiques, les organisations nationalistes et les autres groupes politiques.

c) Les membres. Les membres affectent la nature du mouvement ouvrier selon qu'ils viennent d'un milieu pauvre et illettré ou d'un secteur dont la position économique est favorable. De plus, le mode de stratification de la société peut empêcher les activités du mouvement.

d) Les dirigeants. Quoique l'environnement peut avoir une influence majeure sur la formation du mouvement et sur la valeur des dirigeants, le caractère des dirigeants eux-mêmes peut être très important.

e) Organisation et tactiques. Le caractère du mouvement ouvrier est fortement influencé par les relations qui existent entre les organisations ouvrières et les autres institutions de la société, en particulier le gouvernement.

Les tactiques des unions seront déterminées en partie par la nature de la législation ouvrière existant dans le pays.

Les tactiques des travailleurs dans leurs rapports avec la direction sont en partie fonction des rôles de chacun dans le processus de production et non pas seulement de différences idéologiques.

A mesure que le mouvement ouvrier s'institutionalise, des pressions se font pour qu'il accroisse ses responsabilités, et ses activités tendent à prendre un caractère plus routinier.