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The Dimension of Canadian Younth Unemployment : A Theoretical Explanation

Fred Lazar et Arthur Donner

Abstract

This paper looks beneath the national unemployment numbers to examine in detail the dimension of Canada’s youth unemployment problem. After an outline of the empirical dimensions of youth unemployment in Canada, a theoritical framework is set out to explain the particular characteristics of youth unemployment. Finally, some policy recommendations are presented.

Résumé

L’importance du chômage des jeunes au Canada

Le chômage des jeunes au Canada a toujours été très élevé depuis la fin de la dernière guerre. Au cours de cette période, le tiers des sans-travail au Canada provient du groupe d'âge de 14 à 24 ans, même si ceux-ci ne forment que vingt-six pour cent de la main-d'oeuvre. De plus, la tendance est à la hausse. Dans une certaine mesure, on peut expliquer ce phénomène par l'augmentation du taux de natalité pendant les années qui ont suivi la guerre, mais ce n'est pas là une explication globale ; il s'agit d'une caractéristique permanente du marché du travail au Canada. Pendant trois ans seulement, au cours des dix-huit dernières années, le taux de chômage des adolescents de 14 à 19 ans a été inférieur à 10 pour cent. De même, pour le groupe d'âge de 20 à 24 ans, hommes et femmes, il n'y eut également que trois années pendant lesquelles le taux de chômage dans cette catégorie n'a pas dépassé sept pour cent.

Autre fait : pour l'année 1968, par exemple, aucun pays industrialisé de l'Europe, à l'exception de l'Italie, n'a connu un problème de chômage des jeunes aussi aigu que le Canada et les États-Unis, ce qui indique qu'un taux de chômage beaucoup plus élevé chez les jeunes que chez les adultes n'est pas un mal inévitable de la société industrialisée.

Devant cette toile de fond, cette étude a pour objet d'exposer l'étendue du chômage des jeunes au Canada, d'expliquer brièvement les caractéristiques propres du chômage des jeunes et d'offrir, enfin, quelques recommandations pratiques.

La complexité du chômage des jeunes conduit à formuler les quatre observations suivantes : le taux de chômage des jeunes est très élevé, même lorsque l'économie est proche du plein emploi ; la variation cyclique du chômage des jeunes dépasse celle de tous les autres groupes de travailleurs ; si l'on connaissait le nombre de jeunes qui, démoralisés, quittent le marché du travail, la gravité du problème serait beaucoup plus dramatique ; enfin, le rapport entre le taux de chômage des jeunes et le taux de chômage général n'a cessé d'augmenter au cours de la deuxième moitié de la dernière décennie, ce qui indique une détérioration générale des perspectives de l'emploi pour l'avenir.

À l'aide des statistiques relatives au chômage, l'auteur examine ensuite chacune de ces propositions d'où il tire, par exemple, les faits suivants :

Parmi les groupes d'âge 14 à 24 ans et 19 à 24 ans, le groupe des femmes de 19 à 24 ans est le seul dont le taux de chômage se rapproche de la moyenne générale, mais encore là, il faut tenir compte du fait que le taux de participation à la main-d'oeuvre, qui est assez faible, peut voiler le tableau du chômage. Il signale aussi que, même si le taux de chômage chez les jeunes demeure toujours élevé, celui-ci s'accroît considérablement en période de récession. En d'autres termes, de mauvaises conditions économiques ont beaucoup plus d'influence sur le niveau d'emploi des jeunes que sur le niveau d'emploi des adultes. Ceci se reflète nettement dans les statistiques pour la période 1966 à 1970. D'autre part, en dépit d'un niveau d'instruction plus élevé, ces faits ont tendance à indiquer que, dans une société technologique en expansion, les diplômés au niveau du collège, et même du baccalauréat deviennentapidement désuets. Les dépenses sans précédents faites pour stimuler toutes les formes d'instruction et hausser le niveau d'éducation de la jeunesse n'ont guère contribué à alléger le fardeau du chômage. Lorsque l'activité économique se contracte, un grand nombre de jeunes quittent le marché du travail et, si certains retournent aux études, la plupart cessent purement d'être en disponibilité, créant ainsi un fort taux de chômage camouflé ou caché.

Dans la deuxième partie de son article, l'auteur se met à la recherche des facteurs qui sont responsables de cet état de choses. Il note d'abord que le marché du travail au Canada se subdivise en plusieurs groupes hétérogènes, selon la position géographique, la compétence professionnelle, la condition démographique des participants servant de frontières entre les différents groupes, Les jeunes font rarement concurrence aux gens de quarante ans pour des emplois de même nature. Le marché du travail se subdivise également selon l'âge, le sexe et le degré d'instruction. Les occasions d'emploi qui s'offrent aux diplômés d'université diffèrent beaucoup de celles qui se rapportent aux drop-out.

Il faut noter aussi que les demandeurs d'emploi ne postulent qu'un nombre limité de postes, ceux qui sont vacants ou nouvellement créés. Les travailleurs adultes ne sont pas tellement des chasseurs d'emploi, mais au contraire, il y a toujours un nombre considérable de jeunes en quête de travail, d'où une part considérable de chômage frictionnel dans cette catégorie. Aussi la plupart des personnes qui pénètrent pour la première fois sur le marché du travail sont-elles durement touchées pendant la période d'adaptation. Il n'est pas étonnant que l'on trouve chaque mois nombre de jeunes inscrits aux centres de main-d'oeuvre. Rien de tel parmi les groupes plus âgés. Aussi, la période de transition entre l'école et l'usine ou le bureau expli-que-t-elle dans une bonne mesure le taux élevé du chômage chez les adolescents. Le temps moyen que ceux-ci consacrent à la quête d'un emploi est de huit semaines, alors qu'il s'établit à deux pour les autres catégories. Il y a aussi nombre de jeunes qui sont à la recherche d'emplois à temps partiel. Ceux-ci font nombre dans les statistiques sur le chômage. De même, le taux d'abandon est-il élevé chez les jeunes travailleurs. Il s'agit pour eux en quelque sorte d'une période d'expérimentation, et ce n'est qu'en ce faisant qu'il leur est possible de dénicher des emplois satisfaisants. Au fond, ils manquent de contacts et de l'expérience qui leur permettraient de décrocher un emploi plus rapidement. Enfin, étant donné la hiérarchie verticale des postes, les nouveaux employés sont-ils assignés à des tâches secondaires, ce qui est une explication valable du taux d'abandon. Même en période de croissance, les jeunes ont tendance à abandonner leur emploi beaucoup plus que les adultes. Si le taux de chômage chez les adultes est de trois pour cent, il sera au minimum de 1.5 de plus chez les jeunes. Donc, quatre caractéristiques à retenir : le grand nombre des nouveaux venus sur le marché du travail, la recherche d'emplois à temps partiel, un taux d'abandon élevé et des techniques de recherche d'emploi inefficaces.

L'objet principal de cet article a donc été de faire ressortir le problème du chômage des jeunes, problème qui a persisté tout au long de la période d'après-guerre. Il s'agit là d'une question qui n'est pas propre au Canada, mais tout autant aux États-Unis. On ne peut pas attribuer le taux élevé de chômage uniquement au roulement de la main-d'oeuvre. La mobilité d'une région à l'autre ne peut pas non plus être une solution valable pour ces groupes de travailleurs, parce que, dans leur cas, il y a partout excédent.

Donc, les jeunes gens semblent vouer à souffrir du chômage chronique même lorsque l'économie fonctionne à plein rendement. On ne peut pas cependant ignorer ce malaise à cause des coûts personnels et sociaux qui accompagnent ce chômage. Il n'est pas impossible d'atteindre les mêmes objectifs qu'en Europe où les jeunes, grâce aux régimes d'apprentissage, entrent tout naturellement sur le marché du travail. Même si un certain virement de main-d'oeuvre est compréhensible et acceptable au sein de ces groupes, il faut prendre les moyens de réduire la durée du chômage entre chaque changement d'emploi. Ce sont là des responsabilités incombant à la fois aux pouvoirs publics et aux entreprises privées. On doit éviter une politique économique fondée sur l'alternance de la pression sur le frein et sur l'accélérateur, ce qui est très dommageable pour les jeunes travailleurs, parce qu'ils sont les derniers à être embauchés et les premiers à être mis en disponibilité. Enfin, on insistera jamais assez sur la nécessité de la formation en atelier qui permettra aux jeunes de prendre plus rapidement leur place sur le marché du travail.