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Union Structure and Rank and File Revolt : The Israeli Experience

Abraham Friedman

Abstract

The high rate of unauthorized strikes in Israel can be attributed to the structural dualism of the largest and most important trade union in Israel— the Histadruth. In structural dualism a reference is made to the incompatibility between the organizational characteristics of the upper echelons of the union, i.e., the trade union department and those of the lower echelons, i.e. the workers' committees. Their goals and relationship with their constituency and political parties are incongruous. While the trade union department adheres to the prescriptions of the national economic policies as put forward by the Labor Alignment party, workers' committees are committed to the short run economic goals of their members at the shop level.

Résumé

Structure syndicale et révolte de la base : l’expérience d’Israël

Pendant les derniers dix ans, la plupart des grèves qui se produisirent en Israël n'étaient pas autorisées.

C'est là le résultat des tensions entre des différents niveaux d'autorité au sein de Histadruth. L'Histradruth (la Fédération générale des travailleurs en Israël) est la seule centrale syndicale importante en ce pays. Elle compte dans ses rangs 74 pour cent de l'ensemble des salariés, alors que d'autres syndicats en groupent 8 pour cent. Ces tensions sont attribuables à la structure dualiste du mouvement ouvrier en Israël, c'est-à-dire à l'antagonisme qui existe entre les caractéristiques d'organisation des échelons supérieurs, la centrale elle-même, et celle des échelons inférieurs, les comités de travailleurs. Le type absolu de syndicalisme d'affaires convient parfaitement auxcomités de travailleurs, alors que l'on peut considérer la centrale comme une organisation politique. Leurs buts et les rapports qu'ils ont avec leurs commettants et les parties politiques se contredisent. Cependant que la centrale endosse les directives de la politique économique nationale du parti travailliste, les comités de travailleurs recherchent les objectifs économiques à court terme de leurs membres au plan de l'usine. Cette divergence entre les buts des deux niveaux d'organisation favorise la multiplication des grèves non autorisées de la part des comités de travailleurs.

Les grèves non autorisées sont l'unique moyen laissé aux travailleurs d'exprimer leur opposition aux objectifs recherchés par la centrale. Historiquement, les comités de travailleurs étaient des syndicats politiques. Leurs buts ne différaient pas de ceux de la centrale. Leurs chefs étaient désignés par la direction des partis politiques. Enfin, les suffrages donnés étaient exprimés en faveur des partis politiques. Mais parce que, depuis un certain temps déjà, les travailleurs n'adhèrent plus aux syndicats pour des raisons d'ordre politique, mais en vue d'améliorer leurs conditions économiques, il s'exerce beaucoup de pressions à la fois sur l'Histadruth et les comités de travailleurs pour modifier les objectifs du syndicalisme. Ces pressions se sont manifestées à l'usine par l'établissement de comités d'action institués par les travailleurs partout où les comités de travailleurs ont adopté la politique salariale de l'Histadruth. Dans les usines où les comités de travailleurs sont devenus sensibles aux revendications de leurs commettants, comme ils n'ont pas le droit de participer aux négociations collectives, ils ont manifesté leur force en essayant d'intervenir dans l'aménagement des processus de fabrication ou autres domaines connexes qui étaient auparavant considérés comme des chasse gardée de la direction. Ainsi pouvaient-ils, du moins partiellement, servir la cause de leurs membres. Le résultat concret de ces tactiques qu'on acceptait comme des tensions « normales » entre employés et dirigeants d'usine se sont-elles graduellement transposées en tensions « contre nature » entre le travailleur et son syndicat.

Au cours des deux dernières décennies, la plupart des comités de travailleurs ont changé d'objectifs. Malheureusement, ceci ne fut pas suivi d'un examen formel et d'une définition nouvelle de leurs rôles, de leurs obligations et de leur autorité. La centrale resta centralisée, du moins théoriquement, n'assignant aucun rôle aux comités de travailleurs dans la négociation collective. La seule issue qui était laissée aux comités de travailleurs, c'était de s'engager officieusement dans la négociation collective, c'est-à-dire de débattre avec les employeurs salaires et conditions de travail au-delà des accords conclus entre la centrale et le patronat. À l'occasion de nombre de ces négociations officieuses, les comités de travailleurs furent forcés de déclencher une grève qui, dans les circonstances, n'était pas autorisée par la centrale.

Cet exposé nous incite à conclure qu'il s'impose d'une manière urgente de changer les structures de la centrale. Et le seul changement qui puisse être acceptable pour la base syndicale, c'est que l'Histadruth soit plus réceptive à leurs revendications, en augmentant le rôle et l'autorité des comités de travailleurs dans le processus des négociations collectives et en formulant une politique salariale indépendante. Plusieurs de ces modifications furent réalisées au cours des dernières années. On peut ainsi les énumérer: la démocratisation des centrales, principalement en ce qui concerne la tenue des élections aux échelons supérieurs, l'établissement par la centrale d'un comité spécial chargé d'étudier les questions qui se rattachent à la structure de la centrale et la mise au point d'une politique salariale plus indépendante que celle qui fut adoptée par l'ancien secrétaire et le secrétaire général actuel de l'Histadruth. C'étaient là autant de pas dans la bonne voie. Mais il est encore besoin de changements plus radicaux en vue de transformer la structure de l'Histadruth de façon qu'elle devienne une véritable centrale syndicale plus qu'une organisation politique.