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Canadian Railways and Unions in the Running Trade, 1865-1914

J. H. Tuck

Abstract

This paper examines the history in Canada of the international unions for train and engine crews, from their entry into Canada until World War One. During this period, patterns of unionization and labour-management relations in this important sector of the Canadian railway industry were established which have persisted in large measure to the present.

Résumé

Les chemins de fer canadiens et les fraternités de cheminots, 1865-1914

Cet article traite des relations entre la direction des chemins de fer canadiens et les syndicats du personnel itinérant: ingénieurs, chauffeurs, chefs de train et serre-freins, depuis l’avènement du premier syndicat au Canada en 1965 jusqu'à la déclaration de la première guerre mondiale. Ces syndicats émanaient du syndicalisme américain et, pendant la plus grande partie de cette période, ils constituaient les associations syndicales les plus répandues et les plus puissantes au Canada. De plus, ce fut au cours de cette période également que le modèle de syndicalisation du personnel itinérant s'implanta dans notre pays où il s'est maintenu presque inchangé jusqu'à nos jours.

L'histoire de ces syndicats comprend quatre phases plus ou moins distinctes. La première, qui s'échelonne de 1865 à 1880, fut dominée par les efforts de la Fraternité des ingénieurs de locomotives et la Fraternité des chauffeurs de locomotives pour s'établir au Canada. Fondée en 1863 aux États-Unis, la Fraternité des ingénieurs de locomotives s'implanta au Canada en 1865. À la fin de 1876, elle était assez puissante pour l'emporter dans une grève contre leGrand Tronc. Cette victoire eut pour résultat la signature d'une première convention collective dans l'industrie ferroviaire canadienne et fut l'occasion de la fondation de la première section locale de la Fraternité des ingénieurs de locomotives au début de 1877. Des grèves importantes survinrent un peu plus tard en 1877 aux États-Unis et seule la Fraternité des ingénieurs réussit à se maintenir jusqu'à la fin de la décennie.

La phase capitale fut celle de la décennie 1880 alors qu'on assista à une expansion soutenue des fraternités d'employés de chemins de fer au Canada. L'Ordre des agents de train pénétra au Canada en 1880 et elle fut suivie de la Fraternité des serre-freins en 1885. Vers 1890, les quatre fraternités avaient réussi à établir de l'Atlantique au Pacifique des sections locales qui groupaient le personnel de toutes les sociétés ferroviaires importantes. Elles n'eurent d'ailleurs qu'à affronter peu de concurrence de la part de syndicats spécifiquement canadiens et il n'y eut à l'époque que deux conflits majeurs avec la direction des compagnies de chemins de fer. A l'occasion de l'un de ces conflits, la Fraternité des ingénieurs eut recours à la pression sur le gouvernement pour triompher de l'hostilité del' Intercolonial et une grève sauvage des mécaniciens du réseau duPacifique canadien fit peu de tort au syndicat, parce qu'elle fut désavouée par les quartiers généraux du syndicat.

La troisième phase, soit celle qui couvre les derniers dix ans du XIXesiècle, marque l'obtention de la reconnaissance formelle des syndicats. L'élément clé fut la grève de l'Ordre des agents de train et de la Fraternité des serre-freins contre lePacifique canadien en 1892. Déclarée spécifiquement afin d'obtenir la reconnaissance des syndicats, cette victoire ouvrit la porte à cette reconnaissance par les autres sociétés de chemins de fer pour les quatre associations du personnel itinérant.

La quatrième phase va de 1900 à 1914. Elle se caractérise par l'intervention accrue du gouvernement dans le domaine des relations de travail. En 1903, ce fut l'adoption de l'Acte d'arbitrage des chemins de fer qui fut suivi en 1907 de la Loi sur les enquêtes en matière de différends industriels. Pour les syndicats, l'événement le plus marquant de cette période fut la grève fortement controversée de l'Ordre des agents de train et de la Fraternité des serre-freins contre leGrand Tronc en 1910. Cette grève n'apporta que peu d'avantages aux employés et les gains du règlement de grève furent réduits presque à néant par la direction au cours des deux années suivantes. Néanmoins, l'existence des fraternités ne fut pas menacée comme cela avait été le cas lors de la grève auPacifique canadien en 1892. La puissance qui avait été acquise au cours des décennies précédentes apporta aux employés itinérants des chemins de fer la garantie que les fraternités étaient désormais en mesure d'obtenir leur reconnaissance des chemins de fer canadiens.

Pour conclure, l'on peut dire que, en 1914, les fraternités de cheminots étaient devenues des organisations stables qui avaient atteint la maturation, des associations assez fortes pour s'assurer le respect sinon l'admiration empressée des dirigeants de chemins de fer. Elles étaient bien placées pour affronter avec succès les difficultés de la première guerre mondiale et même en tirer les avantages que celle-ci pouvait leur offrir.