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Perceptions of Trade Union Members and the Social Action Perspective

Michael Poole

Abstract

This paper aims at presenting the results of a study of trade union members in the United Kingdom and at establishing a central theoretical framework which will facilitate a systematic accumulation of knowledge on this subject.

Résumé

Comment le syndiqué perçoit l’action sociale

Cet article a pour objet de présenter les résultats d'une enquête visant à connaître la perception qu'ont de l'action sociale les syndiqués tout en établissant un cadre théorique qui soit de nature à favoriser une accumulation systématique de connaissances sur le sujet. Le cadre choisi pour l'enquête se fonde sur les quatre catégories de l'action sociale établies par Max Weber, celles-ci étant modifiées de manière à tenir compte de certaines dimensions nouvelles.

L'enquête s'est faite auprès des membres d'un syndicat britannique dans le secteur des transports et les répondants étaient au nombre de soixante-six.

On pose d'abord une première question en demandant à ces syndiqués du rang pourquoi ils ont adhéré à un syndicat. Les réponses données sont les suivantes: l'adhésion est une condition préalable d'emploi: 32; le salarié a été vu par un délégué syndical: 11 ; le salarié a adhéré de son propre gré: 11 ; l'employé a adhéré à la suite du règlement d'un grief: 2; enfin, 10 n'ont pas répondu à la question. Le résultat de l'enquête confirme sur ce point les découvertes de certaines autres enquêtes. Toutefois, on peut en retenir qu'un grand nombre de membres n'ont pas donné volontairement leur adhésion, mais qu'ils ont agi ainsi en vue d'obtenir leur emploi.

Ceci n'empêche pas, cependant, qu'une fois l'adhésion donnée, les membres recherchent des objectifs divers: sécurité, santé, bonnes conditions de travail, meilleurs salaires, vacances plus longues, durée du travail plus courte, contrôle sur l'emploi. Ainsi, 64 sur 66 syndiqués veulent que le syndicat protège leur santé et veulent que le syndicat protège leur santé au travail; 63 estiment qu'il doit viser à leur procurer de meilleures conditions de travail; 63, qu'il s'efforce d'accroître leur traitement; 54, qu'ils obtiennent des vacances plus longues; 50, que la durée du travail soit plus courte, etc.

Il est clair que la recherche de ces gains est considérée par les syndiqués comme un objectif légitime. Toutefois, le désir de gains plus élevés n'est pas le seul but recherché par les syndiqués. Ceux-ci se préoccupent de bien d'autres choses, notamment de la santé au travail.

Ceci ne veut pas dire que les syndicats sont considérés par les membres uniquement comme les défenseurs de leurs intérêts immédiats, mais ils tiennent également à ce que ceux-ci soient des agents de changement dans la société, ce qui se manifeste en Grande-Bretagne par la fidélité des membres au parti travailliste. 4 travailleurs donnent leur appui à cette formation politique contre 1 au parti conservateur. Sur les 66 membres, 34 estiment que l'impopularité du parti travailliste est attribuable à la presse tory; 45 s'opposent à ce que les syndicats rompent les liens avec le parti travailliste; 38 veulent qu'il y ait plus de députés patronnés par les syndicats; 37 ne veulent pas qu'il y ait divorce entre eux et le parti travailliste, même si ce dernier n'agit pas toujours favorablement aux travailleurs.

D'autre part, ce ne sont pas tous les syndiqués, loin de là, qui adhèrent aux syndicats par militantisme ou pour des raisons affectives. En effet, l'intérêt des membres pour les fonctions syndicales est plus que mitigé. Sur les 66 répondants, il n'y en a qu'une quinzaine qui soient disposés à accepter cette responsabilité. Ce fait est confirmé par une autre constatation: les membres, en majorité, ne croient pas que le délégué syndical doive inévitablement se ranger du côté du réclamant en matière de griefs.

Les membres des syndicats sont cependant attachés aux orientations traditionnelles du syndicalisme. Ceci ressort nettement lorsqu'on leur demande ce qu'ils pensent de l'apprentissage et de l'ancienneté. Par exemple, 37 estiment que le syndicat doit favoriser le contrôle de l'apprentissage et de l'ancienneté. Ceci montre que, parmi les membres du syndicat, les anciennes préoccupations du syndicalisme de métiers prédominent encore.

En résumé, on peut retenir de cette enquête que la conscience politique et l'activisme des syndiqués du rang se sont accrus en Grande-Bretagne au cours des dernières années. Ainsi, malgré l'impact limité des orientations de solidarité et d'émotivité, les aspirations des syndiqués du rang ont pris de l'ampleur et elles embrassent maintenant, non seulement un grand nombre d'objectifs « discontinus », mais aussi des principes de justice social associés à la volonté de maintenir un ensemble de coutumes et de pratiques traditionnelles en milieu de travail.

En dépit des signes apparents d'une escalade dans les conflits industriels durant la dernière décennie, les données recueillies ne confirment en aucune façon l'opinion que la conscientisation politique manifeste et l'activisme du syndiqué du rang ont pris de l'ampleur au cours de cette période. Au contraire, le degré de solidarité dans les syndicats est très restreint étant donné que le caractère valable de cette analyse fut mis en lumière par la volonté du syndiqué du rang de fonder les objectifs du syndicalisme sur des politiques industrielles encore enchâssées dans la notion d'une conscience syndicale qui va s'accroissant. Bien qu'il n'y ait pas d'indice d'un déclin quelconque dans l'appui accordé par les syndiqués au parti travailliste non plus que de la volonté de mettre fin au lien entre les ailes syndicale et politique du mouvement ouvrier, il y a à la fois des signes d'opposition à un accroissement de la propriété publique et d'antipathie à l'égard des activités politiques à l'intérieur des syndicats.

En autant que les mouvements économiques, politiques et sociaux à long terme sont concernés, les attitudes des syndiqués du rang ne constituent qu'une partie de variables complexes qui incluent non seulement les changements de structure à l'intérieur des syndicats, mais aussi le partage du pouvoir et la possession de ressources par les syndicats et les patrons au niveau de l'entreprise, de l'industrie et de l'économie.

Ce phénomène a été capital pour justifier la répugnance des syndiqués de la base à appuyer des formes de contrat social dans lesquelles l'espérance d'objectifs immédiats est sacrifiée à l'action politique en faveur de sécurité et d'avantages sociaux en retour de la possibilité pour les dirigeants syndicaux d'exercer une influence directe sur les décisions gouvernementales. Ceci indique que, dans un état d'économie à faible croissance, la multiplication des conflits industriels sera une caractéristique permanente des relations professionnelles durant la décennie 1980.

Mais cette enquête a aussi mis en lumière une série de considérations techniques. Il en ressort d'abord que, si les orientations des « acteurs » ont beaucoup de signification, elles ne sont pas le guide exclusif pour juger le comportement des salariés en milieu du travail et délaisser les autres forces de changement social. De plus, le contexte dans lequel les membres se trouvent ne repose pas sur des événements ou des incidents qui se produisent par hasard, mais ils sont façonnés profondément par une série de forces provenant à la fois du milieu socio-culturel au sens large et de rapports ou relations au niveau de l'entreprise. Ces faits, enfin, ne sauraient donner ouverture à une interprétation unilatérale des sociétés et de l'histoire.