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Resources and Results in Union Rivalry: A Case Study

Joan Mount et Jacob P. Siegel

Abstract

This paper shows the asymetric disequilibrium between available resources and results in the course of a union recruiting campaign in a case study of an experience of CUPE and LUSSA at Laurentian University.

Résumé

Ressources et résultats dans une lutte syndicale : analyse d’un cas à l’Université laurentienne de Sudbury.

L'Association des employés de soutien de l'Université Laurentienne (AESUL) s'est méritée le titre de premier syndicat indépendant d'un groupe d'employés de soutien à être accréditée sous la Loi des relations du travail dans une université d'Ontario, et ce après un conflit de rivalité syndicale fort coloré avec le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Certains estiment que l'organisation est un processus par lequel on s'efforce d'abord de vendre l'idée du syndicalisme pour ensuite vanter les avantages d'un syndicat en particulier. Quand il s'agit d'une bataille entre syndicats concurrents, il est loisible d'examiner les moyens utilisés par chacun d'eux pour prôner leurs avantages respectifs.

La présente analyse rétrospective et approfondie permet de mettre en relief trois points qui ont concouru à l'obtention du résultat final: le rôle des facteurs non économiques reliés au travail, l'idée que l'on se fait du syndicalisme et les moyens d'influer sur les décisions à prendre.

Les données de cette étude ont été tirées des dossiers des deux syndicats en présence, de ceux de la Commission des relations du travail de l'Ontario ainsi que de ceux de l'Université Laurentienne. Le représentant régional du SCFP, des membres du comité de direction de l'AESUL, de l'ancien recteur de l'Université ainsi que du directeur des services à l'époque ont été longuement interviewés.

L'AESUL doit son existence à l'Association des employés de bureau de l'Université qui, à ses débuts en 1970, n'était pas accréditée et qui comptait dans ses rangs des employés du bureau, des dactylos, des expéditeurs et des receveurs, les techniciens en bibliotechnie, les employés des presses universitaires et les perforatrices. À ce moment, le SCFP commençait à faire du recrutement dans le secteur des employés de bureau et, pendant les premiers mois de 1973, il s'est efforcé d'obtenir l'adhésion de ce groupe d'employés à l'Université Laurentienne. Les effectifs y étaient assez nombreux pour retenir l'attention d'un syndicat aussi important. Le comité exécutif de l'AESUL a jugé que la tentative du SCFP était en quelque sorte une effraction.

La tension était considérable. Les partisans des deux camps s'affairaient à poser des affiches, à arracher celles de la partie adverse peu de temps avant l'heure de la fermeture des bureaux afin de s'assurer que les employés en prendraient connaissance avant l'heure de la sortie du travail. L'administration de l'Université fermait les yeux sur cette activité. Les partisans de l'AESUL faisaient valoir les avantages suivants: pouvoir accru de négociation, statut juridique reconnu, autonomie de l'association et protection contre l'intervention d'un tiers en cours de convention collective. De son côté, le SCFC insistait sur le pouvoir de négociation.

En juillet 1973, quand l'AESUL a demandé l'accréditation, le SCFP s'y est opposé en accusant l'Université de favoriser l'association. Un mois plus tard, après une deuxième audition devant la Commission ontarienne, cette dernière décréta un vote qui donna lieu à une nouvelle campagne de propagande. Le vote fut tenu en octobre.

Il est bon de signaler que, en aucun temps, l'AESUL n'a parlé ouvertement de syndicat. Il était question d'accréditation, mais non de syndicat. Même s'il existait beaucoup de relations entre les employés de l'Université et ceux del’INCO et de laFalconbridge qui sont syndiqués, le personnel de bureau de l'Université ne trouvait pas convenable de former un syndicat. L'idée de syndicat détonnait dans un milieu universitaire. La communauté de Sudbury avait toujours considéré l'Université comme une institution de haut savoir. Le concept syndicat ne pouvait s'appliquer ni à l'endroit ni au milieu de travail. C'est pourquoi les responsables de la campagne de recrutement se sont gardés d'utiliser le terme « syndicat », et ceci en dépit du fait que le syndicalisme est une institution bien connue à Sudbury.

Il faut se demander pourquoi le SCFP, qui possédait ressources et compétence, a perdu cette bataille. C'est que l'AESUL a su miser sur les problèmes du travail. Eneffet, sur les vingt-trois points que cette dernière a touchés, dix-huit portaient sur les problèmes inhérents au travail et cinq seulement se rapportaient aux salaires et aux avantages sociaux. Au contraire, le SCFP a mis presque exclusivement l'accent sur ces deux points.

Ce qui ressort de cette étude, c'est que l'AESUL doit son succès en grande partie à sa situation de premier occupant et à la facilité de persuader des gens qu'elle connaissait bien. Les dirigeants étaient au courant des problèmes de chaque petit groupe d'employés. Ces facteurs se sont avérés plus efficaces que les arguments de propagande directe, même si les derniers jours de la campagne furent marqués d'une chaude lutte. Quant à l'Université, elle s'est montrée très discrète tout au long du débat. En résumé, ce sont des motifs d'ordre pratique qui ont poussé les employés à favoriser l'Association plutôt que le syndicat.