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Factors Behind the Changes in Canada's Family Income Distribution and the Share of the Middle Class

Catherine J. McWatters et Charles M. Beach

Abstract

This paper seeks to examine whether there have been noticeable changes in the main features of the Canadian distribution of family income over the last two decades, in particular to examine what changes have occurred to the middle-class income share in Canada, and thence to identify possible determinants of these changes among a number of alternative hypotheses in the literature.

Résumé

Cet article vise à identifier si des changements évidents sont survenus dans les caractéristiques principales de la répartition des revenus des familles canadiennes au cours des deux dernières décennies, et plus particulièrement dans la part des revenus détenus par la classe moyenne. Après avoir passé en revue les explications possibles et les déterminants de ces changements selon les différentes hypothèses qui ressortent de la littérature sur le sujet, les auteurs se proposent de vérifier plusieurs de ces hypothèses au moyen d'un modèle d'analyse de régression.

En dépit de plusieurs similitudes entre les marchés du travail canadien et américain, les changements dans la répartition des revenus des familles canadiennes présentent certaines différences notables quand on les compare à ce qui s'est passé outre-frontière. La part des revenus familiaux de la classe moyenne au Canada a augmenté au cours des décennies 1960 et 1970 pour atteindre le sommet de 56,0 pour cent en 1977, mais, dans les dix années qui suivirent, elle a diminué de 1,8 pour cent.

Aux États-Unis, la part des revenus de la classe moyenne avait atteint son maximum dix ans plus tôt, soit en 1967, et, en 1986, celle-ci avait laissé de 2,6 pour cent. Dans aucun des deux pays, la part des revenus de cette classe n'a repris le terrain perdu depuis la récession de 1981-1982; au contraire, elle a continué de baisser.

L'ampleur des modifications survenues tant au sommet qu'à la base de la répartition des revenus au Canada reste bien inférieur, d'au plus la moitié, de ce qu'ont connu les États-Unis et la part du quintile inférieur a augmenté ces dernières années au Canada, tandis qu'elle diminuait aux États-Unis. D'une façon générale, les changements survenus dans les parts des quintiles sont moins prononcés au Canada qu'aux États-Unis, et affichent davantage de points de redressement.

Dans la littérature, on relève plusieurs hypothèses qui essaient d'expliquer ces modifications. Celles-ci comprennent l'accroissement du taux d'activité des femmes dans la population active; des changements dans la structure de la famille; la retraite plus hâtive, surtout chez les hommes; le transfert de la croissance des emplois vers le secteur de services; la variation des classes d'âge au sein de la population totale et les effets normaux du cycle de l'activité économique.

En utilisant les données de l'enquête sur les finances des consommateurs de Statistique Canada pour la période 1965-1987, les auteurs ont estimé les modèles de régression pour les parts des quintiles des revenus familiaux de manière à vérifier ces hypothèses. On y a trouvé que les taux d'activité des hommes et des femmes exercent des effets déséquilibrants non négligeables et qui se renforcent mutuellement sur toute la structure des revenus familiaux. Bien que le changement marginal dans le taux d'activité soit plus élevé chez les hommes que chez les femmes, la hausse extraordinaire des taux d'activité féminins pendant les deux dernières décennies a produit, sur la répartition des revenus, un effet cumulatif beaucoup plus grand que l'effet produit par le déclin dans les taux masculins. L'effet net de la tendance vers une plus grande égalité de la répartition des revenus, suite aux changements dans la démographie et les structures familiales, reste dominé par l'effet déstabilisant des changements dans les taux d'activité. La diminution des prestations d'assurance chômage favorise les quintiles inférieurs et supérieurs de la répartition des revenus mais, à un degré moindre que les changements dans les taux d'activité. L'inflation et les transferts d'emplois du secteur de l'industrie à celui des services n'ont eu qu'un effet limité, quoique la valeur estimée dans le dernier cas indique un léger recul dans la part de la classe moyenne.

Que signifient ces constatations en regard des diverses hypothèses testées? Les effets des taux d'activité (en hausse chez les femmes et en baisse chez les hommes) semblent très significatifs sur l'ensemble de la répartition. La part de la classe moyenne, particulièrement, serait réduite par l'effet de l'un et de l'autre. Sur l'ensemble de la période étudiée, toutefois, le premier effet l'a nettement emporté sur le deuxième en amplitude. Dans la mesure où les modifications dans les structures de la famille et les changements dans les classes d'âge sont prises en compte par la variable de tendance, ces effets indiquent une augmentation de la part des revenus de la classe moyenne. Les effets de la conjoncture économique, représentée par la variable de taux de chômage, sont présents mais ceux-ci restent plus faibles que ceux engendrés par les taux d'activité et les effets de tendance. Il est manifeste jusqu'à un certain point que l'effet des transferts d'emplois vers le secteur des services est de nature à diminuer la portion des revenus échéant à la classe moyenne.