Accueil » 49-4 ( 1994) » NAFTA, Social Unionism, and Labour Movement Power in Canada and the United States

NAFTA, Social Unionism, and Labour Movement Power in Canada and the United States

Ian Robinson

Abstract

This paper considers how the North American Free Trade Agreement (NAFTA) is likely to affect labour movement power in Canada and the United States. The paper is divided into four parts. It first defines the concept of « labour movement power », breaking it down into its component parts. It next considers why we should care about what happens to labour movement power. It then outlines the principal negative and positive effects that the NAFTA is likely to have on labour movement power. Attention is also given to the beneficial consequences that the fight against the NAFTA has already had for the labour movement. It is argued that the NAFTA 's negative impacts are likely to outweight its positive ones in the short run and that the positive effects could substantially outweight its negative effects over the medium to long run. Whether it does will depend upon choices made in the next few years by labour movement leaders and activists.

Résumé

Cet article traite des effets de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) sur le pouvoir des mouvements syndicaux au Canada et aux États-Unis. La première section de l'article définit le concept de « pouvoir du mouvement syndical » et la seconde explique l'importance du sujet. Les deux autres sections considèrent les impacts négatifs et positifs de l'ALENA sur le pouvoir du mouvement syndical.

La définition du pouvoir du mouvement syndical utilisée ici est construite à partir des travaux des économistes en politiques comparatives dans les années 1980. Ces chercheurs se sont davantage penchés sur ce qu'ils pouvaient quantifier, telle la densité syndicale. Selon nous, les sources du pouvoir organisationnel proviennent de la capacité des syndicats de mobiliser leurs propres membres et ceux des partis politiques dans des actions collectives. En se référant aux études récentes, il appert que le pouvoir de mobilisation du mouvement syndical, comme celui de tout mouvement social, dépend de son habileté à impliquer ses membres et à obtenir l'appui du public en général. Pour ce faire, le mouvement syndical doit élaborer et communiquer efficacement une critique du système économique existant, une alternative au statu quo plausible et attirante, ainsi qu'une stratégie politique crédible pour l'atteinte d'une solution de rechange.

Il est important d'étudier le pouvoir du mouvement syndical car, à notre avis, il s'agit d'une variable déterminante permettant d'expliquer les modifications dans les politiques publiques et leurs effets dans les pays de l'OCDE. Par exemple, les pays où l'on trouve les mouvements syndicaux les plus forts semblent afficher des taux de chômage plus bas et de moindres inégalités de revenus. Les différences que l'on constate entre les États-Unis et le Canada en ce qui a trait aux niveaux de chômage et de pauvreté vont dans le sens de cette analyse.

Les effets les plus négatifs de l'ALENA sur le pouvoir du mouvement syndical viennent des nouvelles sources de pouvoir qu'il confère aux entreprises multinationales, plus particulièrement en protégeant les investisseurs étrangers. Cette protection augmente la mobilité des capitaux en réduisant les risques pour les investisseurs, surtout dans les pays moins développés où l'on a connu une réglementation étendue ou même l'expulsion des investisseurs étrangers. La mobilité accrue des capitaux augmente le pouvoir de négociation des multinationales vis-à-vis des syndicats et des gouvernements, qui eux ne sont pas mobiles.

Le pire effet de l'ALENA sur le pouvoir syndical risque d'être l'accélération du déclin de la syndicalisation dans le secteur privé. Ceci peut se produire en raison d'une augmentation des fermetures d'usines, d'un pouvoir réduit de négociation collective dans le contexte de menaces de fermeture de l'entreprise, et de résistance patronale accrue devant la syndicalisation, surtout en raison des pressions croissantes venant des entreprises locales et étrangères non syndiquées.

L'ALENA peut cependant être en bout de ligne positif pour les sources du pouvoir du mouvement syndical s'il augmente suffisamment la capacité de mobilisation des syndicats pour contrecarrer les effets négatifs mentionnés. Ceci peut être accompli de trois façons. Premièrement, l'ALENA, en exacerbant les inégalités de revenus et la pauvreté, peut rendre un plus grand nombre de personnes réceptives à la critique syndicale de la situation économique. Deuxièmement, en augmentant l'hostilité patronale envers les syndicats, l'ALENA va contribuer à favoriser une forme de syndicalisme plus sociale que d'affaires. Les mouvements syndicaux nationaux à caractère social sont en meilleure position pour répondre adéquatement à l'occasion politique créée par la désillusion croissante de l'opinion publique au sujet des politiques économiques néolibérales. Ils sont aussi plus ouverts envers l'alliance avec d'autres mouvements ou organismes progressistes. Nous croyons que de telles alliances sont non seulement importantes pour élaborer des solutions de rechange à la situation économique, mais aussi qu'elles constituent la meilleure stratégie politique pour atteindre avec succès les solutions proposées.

Troisièmement, l'opposition à l'ALENA a déjà favorisé l'émergence d'idées créatrices au sujet de la meilleure solution de rechange à 1 ' approche néo-libérale de globalisation au sein des mouvements sociaux qui ont coopéré en vue d'empêcher l'adoption de cet accord de libre-échange. En conséquence, l'ALENA a déjà contribué considérablement au pouvoir du mouvement syndical de cette autre façon. Le succès du front commun contre l'ALENA à influencer l'opinion publique sur les questions de libre-échange le prouve.

La formation d'alliances et la détermination des règles de fonctionnement qui vont guider leurs activités sont des questions de choix stratégiques pour les dirigeants syndicaux et leurs militants. Nous croyons qu'il existe de bonnes raisons de poursuivre ces stratégies de front commun et cette proposition est de plus en plus supportée par les syndicats canadiens et américains. Cependant, il y a aussi plusieurs obstacles au maintien et au développement de telles stratégies communes et certains dirigeants peuvent être réticents à poursuivre dans cette voie.

Finalement, l'effet net de l'ALENA sur le pouvoir du mouvement syndical dépend de la façon dont les dirigeants syndicaux et militants de chaque pays vont y réagir. S'ils saisissent cette occasion pour faire front commun et revitaliser le mouvement, l'ALENA peut jouer un rôle catalyseur positif semblable à celui de la Dépression des années 1930. Si, par contre, ils ne profitent pas de cette situation, il faut s'attendre à ce que les effets négatifs de l'accord dominent et ainsi que le pouvoir du mouvement syndical continue de décroître dans les deux pays.