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Unions and Tangible Investments: A Review and New Evidence in France

Hristos Doucouliagos et Patrice Laroche

Abstract

A number of conflicting theoretical hypotheses have been advanced regarding the impact of unions on investment behaviour. The net impact of unions on investment is thus an empirical issue. In this article, the available empirical literature is reviewed. In addition, new evidence of the impact of unions on investment is presented using French data. In contrast to previous studies, both aggregate and disaggregate measures of union activity are used. The results indicate that French unions, in general, have not had a negative impact on investment behaviour. However, there is some evidence that the more militant unions have a negative impact on investment.

Résumé

Présence syndicale et investissements en capital : le cas français

L’influence de l’action syndicale sur le comportement d’investissement des dirigeants d’entreprise est un sujet controversé qui a fait l’objet de nombreuses discussions entre les chercheurs. Les modèles théoriques disponibles ne permettent pas de conclure clairement et définitivement en faveur ou à l’encontre de la présence syndicale. En effet, pour la théorie économique néoclassique, l’action syndicale peut à la fois nuire à l’investissement et susciter celui-ci. La présence syndicale peut, d’une part, freiner l’investissement de l’entreprise en raison du caractère réversible des négociations salariales et, d’autre part, inciter les entreprises à investir davantage en favorisant la substitution du travail par le capital. L’influence des négociations salariales sur les décisions d’investissements peut engendrer une inefficacité provenant de l’irréversibilité de l’investissement. Le caractère irréversible des décisions d’équipement incite l’entreprise à sous-investir lorsque le syndicat ne peut s’engager de manière crédible à ne pas renégocier le salaire une fois que les investissements auront été réalisés. En effet, lorsque l’entreprise réalise un investissement, les salariés sont tentés de renégocier leur salaire, compte tenu de l’amélioration des gains de productivité permis par les nouveaux équipements. Les économistes évoquent le problème du « hold-up ». Dans le cas contraire, les entreprises auront tendance à investir davantage, et tous les agents économiques devraient bénéficier de ce surplus d’investissement. Il est également possible d’envisager une autre approche en considérant que la présence syndicale conduit les employeurs à privilégier l’investissement en capital, étant donné la hausse des coûts salariaux. Depuis une vingtaine d’années, des études empiriques, principalement anglo-saxonnes, ont commencé à étudier l’impact de la présence syndicale sur les décisions d’investissement des entreprises. Les résultats de ces travaux concluent généralement à l’influence négative de la présence syndicale sur l’investissement bien que certains travaux soient plus contradictoires.

L’objet de cet article est de proposer, dans un premier temps, une synthèse de la littérature empirique existante portant sur la relation entre la présence syndicale et le volume des investissements des entreprises. Contrairement aux revues traditionnelles, l’état de la littérature s’appuie ici sur une synthèse quantitative de la littérature dont l’objectif principal est d’étudier la force de la relation (ou la grandeur de l’effet) entre le syndicalisme et le niveau d’investissement des entreprises, en considérant l’ensemble des résultats empiriques existants. Dans un second temps, cet article présente les résultats d’une étude statistique menée à partir d’un échantillon représentatif d’entreprises françaises. Alors que la plupart des études empiriques existantes portent sur des données anglo-saxonnes, cette recherche vise à confronter les résultats obtenus en France à ceux obtenus dans les pays anglo-saxons.

Une recherche bibliographique extensive a permis de collecter 11 études empiriques, explorant le lien entre le syndicalisme et l’investissement en capital des entreprises. Toutes ces études utilisent des méthodes de régression traditionnelles (OLS). Les principales différences entre ces études résident dans la mesure de la variable dépendante et dans le choix des variables indépendantes et de contrôle. L’agrégation des résultats a nécessité de traduire la relation selon un même indicateur. La grandeur d’effet est estimée par le biais du coefficient de corrélation partielle r, en raison de sa facilité d’accès et d’interprétation. Le coefficient de corrélation partielle mesure la liaison entre deux variables, lorsque l’influence d’une ou des autres variables explicatives est retirée.

Finalement, les corrélations partielles calculées à partir des études varient de –0.36 à +0.05. Ainsi, la plupart des études mettent en évidence une association négative entre la présence syndicale et le volume d’investissements en capital. La seule étude qui affiche un lien positif entre le syndicalisme et l’investissement est celle de Coutrot (1996) réalisée dans le contexte français. Selon Coutrot (1996), les gestionnaires français auraient tendance à investir plus que ne l’exige le strict calcul économique. Ce constat viendrait confirmer le fait que le syndicalisme français ne s’oppose pas à l’investissement matériel comme le laisse supposer certaines théories économiques mais, au contraire, inciterait les employeurs à investir davantage dans les équipements.

Après avoir identifié la tendance générale des résultats de la littérature empirique et souligné les résultats contradictoires obtenus par Coutrot dans le contexte français, nous proposons une nouvelle analyse statistique du cas français à partir de données plus récentes issues de l’enquête REPONSE, menée par la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité en 1998.

Les résultats obtenus mettent en exergue l’absence d’influence (positive ou négative) de la présence syndicale sur l’investissement en capital. Ce résultat est sensiblement différent de celui obtenu par Coutrot en 1996 à partir de la première enquête REPONSE menée en 1992. En effet, Coutrot (1996) observait un effet nettement positif de la présence syndicale sur le taux de croissance de l’investissement. Toutefois, nos résultats renforcent la présomption d’une nette différence entre la France et les États-Unis en ce qui concerne l’effet du syndicalisme sur l’investissement. Cette différence peut s’expliquer par les caractéristiques propres à chaque système de relations professionnelles. Le système français des relations professionnelles se caractérise notamment par la faible influence des organisations syndicales sur le lieu de travail.

Resumen

Sindicatos e inversiones tangibles: una compilación cuantitativa y nuevas constataciones en Francia

La literatura teórica ha avanzado un cierto número de hipótesis contradictorias respecto al impacto de los sindicatos sobre el comportamiento de las inversiones. En este artículo, revisamos los argumentos teóricos claves y usamos técnicas cuantitativas para evaluar la literatura empírica disponible. Además, son presentadas nuevas constataciones del impacto de los sindicatos sobre la inversión en el sector manufacturero francés. Los nuevos resultados indican que los sindicatos franceses no tienen ningun impacto sobre el comportamiento de las inversiones.