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La reconnaissance de représentativité comme source d’intégration ? L’Union syndicale Solidaires à la recherche d’un positionnement original

Sophie Béroud, Jean-Michel Denis

Résumé

Constituée à la fin des années 1990, l’Union syndicale Solidaires a pris une part importante dans les mobilisations sociales. Au travers de ses syndicats SUD, elle apparaît comme l’une des composantes radicales du mouvement syndical en France, tout comme l’un des acteurs majeurs dans la contestation des effets de la crise économique et des politiques de rigueur. Cet article montre que, tout en jouant un rôle important dans la contestation sociale, l’Union syndicale Solidaires (USS) est également engagée dans un processus de reconnaissance de sa représentativité et de sa place dans le système de relations professionnelles. Pour faire vivre le syndicalisme combatif qu’elle entend défendre, l’organisation est, en effet, obligée de gagner en audience et en visibilité. Tout en contestant les règles du système de relations professionnelles, tel qu’elles bénéficiaient aux acteurs dominants au sein de ce dernier, Solidaires réclamait un changement de celles-ci. La réforme des règles de représentativité, lancée en 2008, a été de ce point de vue plutôt positive pour l’Union. Cependant, elle a engendré des dynamiques ambivalentes en son sein : elle a facilité les conditions d’implantation de ses syndicats dans le secteur privé, tout en l’obligeant à rationaliser ses structures, mais aussi ses pratiques, dans un souci d’efficacité. Une tension existe ainsi entre, d’un côté, une stratégie de développement syndical pensée d’une certaine façon « à froid », non plus dans les phases de mobilisation sociale, mais davantage en lien avec les opportunités créées par le nouveau régime de représentativité et, de l’autre, l’importance de certains référents identitaires très présents dans l’organisation (reconnaissance de l’autonomie des structures de base, refus de toute centralisation, critique des permanents syndicaux).

Mots-clés: réforme de la représentativité syndicale, développement syndical, syndicalisme radical, démocratie industrielle.

Abstract

Established at the end of the 1990s, the Union syndicale Solidaires (USS) has played an important role in social conflict in France. Through its SUD unions, it appears to be one of the components of the radical labour movement in France, and a major player in the protest movement against the effects of the economic crisis and austerity policies. This article shows that, while playing an important role in social protest, USS is also engaged in a process of recognition of its representativeness and its place in the industrial relations system. To support the radical unionism that the organization aims to defend, USS needs to obtain a wider audience and greater visibility. While challenging the rules of the industrial relations system, which were benefiting the dominant players, USS demanded a change in these rules. The reform of the rules of representativeness, through a law adopted on August 20, 2008, was positive for this Union. However, the reform has generated ambivalent dynamics inside the organization, having facilitated the implantation conditions of its unions in the private sector while forcing USS to rationalize its structures, but also its methods for the sake of efficiency. A tension exists between a development strategy in connection with the opportunities created by the new union representativeness scheme and the importance of some identity referents that are very active in the organization (recognition of the autonomy of the basic structures, refusal of any centralization, criticism of union officials).

Keywords: reform of union representativeness, union development, radical unionism, industrial democracy.

Resumen

Fundada a finales de la década de 1990, la Unión sindical Solidaires ha jugado un papel importante en las movilizaciones sociales. A través de sus sindicatos, llamados SUD, aparece como uno de los componentes de la rama radical del movimiento sindical en Francia y como un actor importante en la protesta contra los efectos de las políticas de crisis y austeridad económica. Este artículo muestra que mientras juega un papel importante en la protesta social, Solidaires también está involucrada en un proceso de reconocimiento de su representatividad y de su lugar en el sistema de relaciones laborales. Para apoyar el sindicalismo radical que quiere promover, es necesario para la organización ganar audiencia y visibilidad. Mientras contestaba las reglas del sistema de relaciones laborales, ya que beneficiaban a los actores dominantes de este, Solidaires exigió desde su nacimiento un cambio en ellos. La reforma de las normas de representatividad, puesta en marcha con la ley del 20 de agosto del 2008, ha sido en esta perspectiva muy positiva para la unión. Pero ha generado dinámicas ambivalentes en su seno: facilita las condiciones de implantación de sus sindicatos en el sector privado, mientras que le obliga a racionalizar sus estructuras, así como sus prácticas con la idea de tener más eficiencia. Una tensión existe ahora entre, por un lado, una estrategia de desarrollo de la unión pensada sin tener en cuenta los momentos de movilización social y más bien en concordancia con las oportunidades creadas por el nuevo régimen de representatividad y, por otra lado, la importancia de ciertos componentes de su identidad (fuerte reconocimiento de la autonomía de las estructuras básicas, rechazo de cualquier centralización, críticas de los puestos de dirigentes “permanentes”).

Palabras claves: reforma de la representatividad sindical, desarrollo sindical, sindicalismo radical, democracia industrial.